Après avoir insulté les grecs, qu'allons-nous devoir dire des portugais ?

Publié le par Yohann Duval

La saignée de la Grèce n'est pas encore terminée que le Portugal se retrouve déjà sur la sellette.

 

eurogreceport.jpg

 

L'agence de notation Moody's a décidé, Mardi 6 Juillet, d'abaisser de 4 crans la note du Portugal. Prêter de l'argent à ce pays est désormais considéré comme un investissement risqué et spéculatif. Le nouveau gouvernement de centre-droit de Pedro Passos Cœlho vient à peine d'annoncer les mesures envisagées pour apaiser les marchés que les agences de notation considèrent que les efforts qui seront consentis par le peuple portugais seront insuffisants. Il s'agit pourtant d'un véritable depeçage des service publics (accompagné de privatisations massives) et d'une attaque en règle contre le droit du travail. Jamais rassasiés, les investisseurs exigent toujours plus de garanties.

Nombre d'experts européistes nous ont expliqué que les grecs étaient les seuls responsables du drame en cours actuellement à Athènes. Décrite comme une nation de fainéants, de fraudeurs, de voleurs, de corrompus, d'incompétents par des dirigeants tels qu'Angela Merkel et une grande partie du monde médiatique, comme le journaliste Jean Quatremer, la Grèce a été clouée au pilori et ensevelie sous des torrents d'insultes. Pourquoi une telle avalanche de poncifs et de stéréotypes essentialistes ? Tout simplement car décrire les grecs comme des moutons noirs évitait à nos élites de se remettre en question, elles qui sont actuellement aux premières lignes pour défendre l'euro et derrière lui l'Union Européenne libérale dans laquelle nous vivons.

Hélas, la réalité de l'échec de la politique économique et monétaire européenne vient de rattraper ceux qui essayaient de la fuir. Les problèmes insolubles posés par l'euro, monnaie inadaptée aux besoins de trop de pays membres et qui étouffe la croissance comme un corset, ainsi que le cavalier seul égoïste de l'Allemagne, rendent vulnérables les pays du Sud. C'est désormais le Portugal qui est attaqué : sa note est abaissée, et c'est une fois de plus le peuple va devoir régler l'addition. Comme en Grèce, le plan d'austérité sera un échec : injuste socialement, dangereux politiquement, inefficace économiquement, il ne servira qu'à provoquer la récession, diminuer les rentrées fiscales et creuser encore les déficits.

Confronté à cette soudaine poussée de fièvre, le docteur Barroso, plutôt que de remettre en cause son remède de cheval suicidaire, n'a d'autre idée que de casser le thermomètre en dénonçant les mauvaises manières des agences de notation et en proposant de réguler leurs activités. Un tel entêtement pourrait porter à sourire s'il n'impactait pas dramatiquement la vie de millions de citoyens européens, d'Athènes à Lisbonne, de Madrid à Dublin et s'il ne se traduisait pas par la perte de souveraineté démocratique de grandes nations.

Pendant combien de temps encore l'Union Européenne fuira-t-elle la réalité et ses responsabilités ? Nos dirigeants oseront-ils employer les mêmes techniques de dénigrement que face aux hellènes pour faire accepter aux autres nations la mise sous tutelle des lusitaniens ? Qu'allons nous cette fois inventer pour faire porter la faute au peuple portugais ? Quels ragots allons nous devoir propager, et que finirons nous ensuite par dire des irlandais, des espagnols, des belges, des italiens puis des... français ?

 

Publié le 07/07/2011 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Europe

Commenter cet article