Ayrault - Hollande, deux bien piètres négociateurs

Publié le par Yohann Duval

Que s'est-il vraiment passé à Florange ? C'est la question que nous pouvons nous poser, au vu des derniers évènements concernant les négociations engagées entre le numéro un de l'acier et le gouvernement. L'accord présenté par Jean-Marc Ayrault se voulait rassurant pour les salariés : l'emploi devait être préservé et des investissements engagés en échange de l'abandon de la piste de la nationalisation temporaire. Hélas, depuis que les termes du document signé par Lakshmi Mittal sont connus, les syndicats déchantent et l'opinion publique s'émeut : il semblerait bien que l'État ait, au final, tout perdu.

 

 

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Pas de nationalisation

 

L'État a renoncé à nationaliser ArcelorMittal. Arnaud Montebourg, qui s'était prononcé en faveur de cette idée, a été désavoué par Jean-Marc Ayrault. Cette solution, qui avait le soutien d'une large majorité de Français et qui rassemblait derrière elle des personnalités aussi diverses que Jean-Luc Mélenchon, Jean-Louis Borloo, Henri Gaino ou Nicolas Dupont-Aignan, n'était "pas efficace pour une entreprise en panne de débouchés ou en manque de compétitivité", selon le premier ministre. Ce dernier a donc préféré faire confiance au numéro un de l'acier, connu pour n'avoir respecté aucun de ses engagements précédents.

 

Le plan du ministre du redressement productif était pourtant limpide : une nationalisation temporaire aurait pu permettre à un repreneur de faire perdurer l'activité sur le site. Contrairement aux rumeurs qui ont circulé, cette solution n'était pas qu'un mirage : le républicain lorrain nous apprend ainsi qu'une offre très sérieuse, émanant de deux poids lourds de la sidérurgie (le belge CMI et le russe Severstal), était sur la table.

 

Dans les faits, par pur dogmatisme, Jean-Marc Ayrault s'est une fois de plus plié aux injonctions du MEDEF qui considérait que cette idée de nationalisation était "scandaleuse". S'il est difficile de parler de panacée, il s'agit pourtant d'un outil qui peut s'avérer utile : les États-Unis (qui n'ont pas spécialement la réputation d'être un enfer bolchévique) n'ont ainsi pas hésité à y recourir lorsque General Motors a connu quelques difficultés en 2009. Par ailleurs, outre les motivations d'ordre idéologique, nous pouvons également penser que la complexité du droit européen en matière de nationalisation a probablement pesé lourd dans la balance au moment de prendre la décision.

 

Comme le notait Éric Zemmour face à Nicolas Domenach, cette histoire de nationalisation aura été l'occasion de "faire tomber les masques".

 

 

 

 

Un problème de chiffrage

 

Le premier ministre avait aussi tenu à annoncer que Mittal s'était engagé à injecter 180 millions d'euros d'investissements dans les 5 prochaines années. Nous savons désormais que ce chiffre est largement surestimé : seuls 53 millions concerneront des "investissements stratégiques". Tout le reste fait partie d'un "vaste fourre-tout où à peu près tout et n'importe quoi peut être comptabilisé, et notamment les frais de maintenance", pour reprendre les termes de l'article du Monde.

 

Autrement dit, le gouvernement nous rejoue l'épisode du pacte budgétaire européen et de son "volet croissance" qui avait été largement critiqué (à raison) à l'époque. Derrière l'annonce de la renégociation et des concessions des partenaires européens se cachait en effet une série de dépenses en majorité déjà prévues.

 

Par ailleurs, l'accord précise que "l'activité amont de Basse-Indre sera mise en arrêt temporaire" et laisse planer le doute sur l'avenir des emplois ailleurs en France, notamment à Dunkerque. Mercredi sur Europe 1, Édouard Martin, le délégué CFDT de Florange, qualifiait l'accord de "foutage de gueule" et ne cachait pas sa colère : "J'ai une forte crainte qu'à travers cet accord, on ait signé l'arrêt de morts des hauts-fourneaux". Selon lui, l'entreprise "déshabille Pierre pour rhabiller Paul et tout ça pour ennuyer Henri".

 

Et si Mittal ne tenait pas parole ? Interrogé à ce propos hier, Claude Bartolone s'est montré particulièrement peu décidé à agir : "Mittal a pris des engagements il devra les respecter à l'euro près" et "s'il ne devait pas y avoir ce respect, nous verrons ce que nous ferons". Devant une telle fureur, nul doute que le géant de l'acier devait trembler de peur...

 

C'est sans doute la raison pour laquelle l'un des autres points de l'accord, le projet Ulcos, vient d'être purement et simplement abandonné par ArcelorMittal à Florange. À peine signé, le document est donc déjà caduc ; un revers terrible pour le gouvernement socialiste.

 

Devant une telle incapacité à défendre les intérêts du pays, certains économistes se montrent impitoyables. Jacques Sapir considère ainsi que "la nouvelle social-démocratie, si bien représentée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault, s'est aujourd'hui couverte de honte" et que le premier ministre, qui s'est fait "rouler dans la farine", doit en tirer "la conclusion logique" : choisir de démissionner. Il serait peut-être effectivement temps de mettre un terme à une farce qui n'a que trop duré...

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Jardidi 06/12/2012 23:12

Ne faites-vous pas votre latin? Qui va mettre fin à la farce qui dure? Personne, et, face à la possible décomposition de l'UMP, vous allez réélire François Hollande en 2017. Les Franzosen, c'est
que de la gueule!

Yohann Duval 07/12/2012 09:56



Je ne crois pas que les rapports de force sont figés pour l'éternité, en politique.


 


Les choses et les électeurs évoluent. C'est à nous de les convaincre. Le combat est difficile, mais ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas le mener.