Bic et les briquets chinois, ou le symbole de l'Europe passoire

Publié le par Yohann Duval

L'Union Européenne est régulièrement accusée d'être "naïve" dans la mondialisation. Incapable de protéger ses industries face à la concurrence déloyale des pays à bas coûts, elle prendrait des décisions en dépit du bon sens au nom d'une véritable idéologie consistant à glorifier la libre circulation des biens et des services et à éliminer toute trace de protectionnisme, quel qu'en soit le prix à payer. Cette accusation est-elle fondée ? La triste affaire Bic semble le prouver.

 

 

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La fatwa libre-échangiste des ayatollahs de Bruxelles

 

La commission européenne s'est prononcée contre le renouvellement de la taxe anti-dumping sur les briquets à pierre d'origine chinoise. La décision définitive sera prise en Décembre, mais les États, qui ne disposent que d'un avis consultatif, ne semblent pas en mesure de convaincre Bruxelles de revenir sur sa décision.

 

Créée en 1991 pour lutter contre une concurrence déloyale, cette taxe visait à compenser l'écart de coût de production entre les fabricants de briquets de l'Union Européenne, qui sont contraints d'utiliser des normes de qualité et de sécurité très strictes, et ceux de la Chine. Pourquoi donc priver nos entreprises d'un moyen de lutter à armes égales (si tant est que cela puisse être possible) contre leurs concurrents extra-communautaires ?

 

Pour la commission, le principal défenseur de cette taxe, l'entreprise Bic, n'a "fourni aucune preuve qu'il existait un dommage". En d'autres termes, c'est parce que Bic se porte bien – probablement en partie grâce à l'existence de cette taxe – qu'il faut la supprimer. Vous ne saisissez pas la logique ? Le président Bruno Bich non plus :

 

"Nous ne comprenons pas la recommandation de la Commission Européenne, qui va, sans raison valable, à l’encontre des intérêts de l’industrie Européenne."

 

Une décision d'autant plus incompréhensible qu'une procédure consistant à étendre cette mesure est à l'étude, les producteurs chinois n'hésitant pas à utiliser de fausses déclarations pour faire passer leurs briquets pour des marchandises issues de Taïwan, de Malaisie, d'Indonésie ou du Vietnam.

 

Les salariés de Bic en France, à Redon, peuvent être inquiets. Si Bruno Bich a annoncé ne pas remettre en cause la pérennité des emplois du site, les investissements n'y seront pas aussi importants que prévu. "La Commission européenne incite à la délocalisation" affirme ainsi le président de l'entreprise, considérant qu'en supprimant cette taxe, "on fait un cadeau aux tricheurs".

 

Une décision qui en rappelle d'autres...

 

Cette situation n'est pas sans précédent. En 2011, toujours guidé par la religion du libre-échange et de la "concurrence libre et non faussée", Bruxelles n'avait pas hésité à supprimer les droits de douane sur les décodeurs numériques. Le résultat ne s'était pas fait attendre : la production, réalisée à l'origine par Technicolor (ex Thomson) à Angers, avait alors été délocalisée vers le Vietnam.

 

Le 11 Octobre 2012, l'usine d'Angers était placée en liquidation judiciaire. Plusieurs centaines d'employés se retrouvaient alors sur le carreau. Leurs témoignages déchirants laissaient transparaître colère et désespoir. La même colère que chez les ouvriers de PSA à Aulnay. Le même désespoir que chez les travailleurs de Continental avant eux. Ou chez ceux de Magneti-Marelli, de Whirlpool, de Caterpillar, de Nestlé, de Molex, de Moulinex...

 

Nous le voyons, l'Union Européenne est devenue non seulement inutile, mais aussi chère et nocive. Ce n'est pourtant pas une fatalité. Il n'y a pas de solution miracle, mais la mise en œuvre d'un protectionnisme intelligent permettrait de rééquilibrer quelque peu la balance et de donner un bol d'air à nos entreprises. Pour cela, il faudra bien entendu rompre avec les traités européens en vigueur. Rien ne sera possible sans cette étape préalable.

 

Publié le 30/11/2012 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Protectionnisme

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vincent 18/06/2014 06:28

un petit lien de briquet français
http://briquet-usb.eu

bic 28/10/2013 15:21

Certains consommateurs sont attachés à la marque Bic. Il y en a même qui les collectionne. Je ne suis pas sûr qu'ils préfèrent acheter chinois.

Yohann Duval 30/10/2013 17:55



Je doute qu'ils soient si nombreux. Nous verrons...



Florent 02/12/2012 00:58

@gidmoz
évidemment que ça va profiter à l'actionnaire de BIC, son entreprise sera protégé, son chiffre d'affaire sera meilleur, mais du même coup ça va profiter aux employés de BIC en France, qui ne seront
pas virés parce qu'ils sont en concurrence avec des chinois. Le prix du briquet ne changera pas, je ne crois pas que les gens soient mécontents des prix des briquets. (Pour faire baisser son prix,
agissons plutôt sur les charges, le coût travail, faisons baisser la fiscalité chez nous).

Et pour enlever la taxe, déjà commençons par imposer aux chinois de faire des produits aux normes de chez nous sous peine de renvoyer leurs produits. C'est tout à fait normal. L'entreprise
française paye en plus la mise aux normes sécuritaires, ce que ne fait pas le concurrent chinois bien souvent (et particulièrement dans cet exemple de briquets.)

L'argument libre-échangiste qui consiste a dire que ça profite au consommateur car il paye son produit moins cher est vrai, jusqu’à un certain point, quand il n'y aura que de gens au chômage ça
leur fera une belle jambe d'avoir des produits moins chers dans les rayons s'ils ne peuvent plus les acheter. Tout les français ne vont pas bosser chez LVMH ou la haute-technologie.

J'ai envie de dire, avant même de poser la question du protectionnisme comme pure arme de protection contre la concurrence, commençons déjà par exiger au minimum la réciprocité de l'échange (pas de
raisons que nous soyons ouverts et pas eux!) et exigeons le respect des normes européennes (pas de raisons d'accepter des produits pas aux normes).

Magali 01/12/2012 21:56

Pour en savoir plus sur l'application des mesures antidumping:
http://contrelacour.over-blog.fr/article-libre-echange-l-union-europeenne-se-protege-de-l-asie-mais-s-ouvre-aux-etats-unis-112576011.html

Yohann Duval 04/12/2012 22:43



Intéressant, merci.



gidmoz 01/12/2012 21:07

Cette taxe va profiter au directeur de BIC au détriment des acheteurs de briquet. L'acheteur préfère se faire un cadeau à lui-même en achetant chinois, plutôt que d'enrichir l'actionnaire de BIC.
Cette taxe appauvrit les acheteurs d'un montant supérieur au gain de BIC. L'actionnaire de BIC est surement étranger en plus. Il faut supprimer cette taxe.