Chômage, euro : gardons le sens des priorités

Publié le par Yohann Duval

Le chômage, qui atteint des niveaux sans précédent, est plus que jamais au centre de toutes les attentions de nos concitoyens. Quoi de plus compréhensible, quand des usines ferment tous les jours ? La parole politique est décrédibilisée par de fausses alternances qui ne changent rien et la colère monte, inévitablement. Difficile, dans ces conditions de faire passer certains messages. Protectionnisme ? Sortie de l'euro ? Tout cela semble bien loin des préoccupations du Français moyen.

 

 

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Pourtant, croire que l'on peut séparer ces questions est une lourde erreur. La désindustrialisation du pays et le chômage de masse ont des causes ; si les entreprises ferment ou délocalisent, ce n'est pas en vertu d'un incontrôlable hasard. Cette situation est le résultat de plusieurs décennies de mauvaises décisions politiques, prises en dépit du bon sens. Il serait vain de se focaliser sur les symptômes, aussi dramatiques soient-ils, sans essayer de traiter le problème à la racine.

 

Et les causes de ce désastre sont connues ! Il y a d'abord la démission de nos élites, qui ne croient plus en leur pays et qui l'ont livré aux puissances de l'argent. La politique de la France se fait désormais à la corbeille et nos ministres, les yeux rivés sur leur feuille de statistiques et sur le cours de la bourse, en arrivent à prendre pour exemple des dirigeants qui, comme Mario Monti, ont fait de l'austérité une religion alors même que l'inefficacité et la dangerosité de celle-ci est avérée. S'auto-administrer un remède pire que le mal, voilà une bien curieuse façon de guérir...

 

Et quand ce n'est pas la corbeille, c'est une tutelle étrangère qui guide la main de nos dirigeants. Prisonniers d'un ensemble de traités ineptes, ils contribuent à faire de l'Union Européenne "l'idiot du village global" pour reprendre une expression utilisée par Hubert Védrine et Arnaud Montebourg. Au nom du dogme de la concurrence libre et non faussée, l'UE ne contrôle rien, ne défend rien, ne protège rien. Et surtout pas ce qu'il reste de nos industries.

 

Pire : l'euro, monnaie politique (pour ne pas dire purement idéologique), construite en dépit de toutes les lois économiques, est un boulet que l'ensemble de la zone traîne à ses pieds. L'eurozone est la partie du monde qui connaît la plus faible croissance et qui offre le moins de perspectives pour le futur. Par ailleurs, loin de rapprocher les économies, cette monnaie a renforcé les forts et affaibli les faibles, comme le note Louis Gallois dans son rapport.

 

Comme si cela ne suffisait pas, nous avons une Banque Centrale Européenne indépendante dont le seul objectif est la lutte contre l'inflation, là où la plupart des banques centrales du reste du monde soutiennent également la croissance et l'emploi. La politique de change est inexistante, ce qui se traduit par une surévaluation chronique de la monnaie unique, qui pénalise nos exportations et accélère la saignée de notre industrie. Même les plus fanatiques des européistes, comme Pierre Moscovici, commencent à prendre conscience de l'étendue du désastre. Mais que proposent-t-ils, concrètement ? Quand parviendront-ils à accepter qu'il est peut-être temps de renoncer à ce qui n'est rien de plus qu'un symbole ?

 

Une monnaie doit correspondre à une économie. Des pays qui ne partagent aucun repère historique, culturel, politique, industriel, démographique ou linguistique ne peuvent partager une seule et même devise. Lors du débat concernant le traité de Maastricht, en 1992, des voix s'étaient élevées contre cette folie. Là où Michel Sapin - ministre de l'emploi, quelle ironie ! - prédisait "plus de croissance, plus d’emplois, plus de solidarité", d'autres, plus lucides, craignaient les déséquilibres, le chômage et la régression sociale. L'Histoire leur a malheureusement donné raison ; l'euro ne convient pas à tous et les pays du Sud en paient le prix.

 

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Selon une étude de Jacques Sapir, la monnaie unique serait responsable d'un tiers du chômage en France, si ce n'est davantage. Notre pays, privé de la maîtrise de l'outil monétaire, ne peut plus dévaluer pour retrouver sa compétitivité et relancer la machine. Dès lors, nos élites et nos fameux experts plaident pour une autre voie : la "dévaluation interne", c'est à dire la baisse des salaires et la destruction de notre système social. C'est le chemin emprunté depuis 2010 en Europe. Les salaires ont ainsi baissé en moyenne de plus de 20% en Grèce, de plus de 10% au Portugal et en Irlande, de 6% en Espagne. C'est évidemment ce qui attend la France, si elle s'acharne à vouloir s'accrocher à la zone euro : Renault a déjà commencé à faire pression en ce sens et Goldman Sachs conseille à la France de baisser ses salaires de 30%.

 

Ce scénario pervers et masochiste ne produirait d'ailleurs aucun effet positif sur l'emploi, contrairement aux dires des libéraux les plus fanatiques, qui voient dans la crise une aubaine pour en finir avec les acquis sociaux patiemment gagnés au cours du siècle dernier : il y aura toujours moins cher ailleurs. Il s'agirait d'une course sans fin vers l'abîme ; une condamnation à l'austérité à perpétuité. Heureusement, tout n'est pas figé pour l'éternité : si nous en sommes là par la faute de décisions politiques, nous pourrons nous en sortir par des décisions politiques.

 

L'UE est une passoire, une entité nocive pour les citoyens des nations qui la composent. L'euro nous pénalise et nous conduira tôt ou tard à choisir entre la dissolution de la zone et une diminution de notre train de vie. Personne ne dit que les lendemains chanteront lorsque nous aurons pris des mesures protectionnistes et quitté la monnaie unique, mais ces premières étapes sont nécessaires pour redresser le pays.

 

Retrouvons donc le sens des priorités : oui, la lutte contre le chômage est un impératif. Mais discourir sans analyser les causes du problème et sans proposer de solutions n'aurait aucun sens. Pour lutter efficacement comme ce fléau, il faut retrouver toutes nos armes. Monnaie, frontières, droits de douane. Nulle volonté de se couper du monde : il s'agit simplement de remettre un peu d'ordre et d'en finir avec la loi de la jungle. Voilà tout le sens de notre combat pour une France libre.

Publié dans Emploi

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