Chypre : pour sauver l'euro et les banques, ils volent les épargnants

Publié le par Yohann Duval

Samedi 16 Mars, l'Eurogroupe (c'est à dire les ministres des finances de la zone euro), la Banque Centrale Européenne (BCE) et le FMI se sont mis d'accord pour accorder à Chypre une aide exceptionnelle de 10 milliards d'euros. L'île était le 5ème pays de la zone à formuler une demande d'aide, après la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne. Les efforts demandés en contrepartie sont comme toujours considérables, mais cette fois, les "sauveurs de l'euro" ont innové : ils ont décidé de s'attaquer à tous les épargnants.

 

 

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Un prélèvement sur tous les comptes bancaires

 

Pour générer de nouvelles recettes, l'accord prévoit effectivement d'instaurer un prélèvement minimum de 6,75% sur tous les dépôts du pays (9,9% pour les comptes de plus 100 000 euros). Cette décision scandaleuse a été mise en application avant même le vote du Parlement chypriote : les montants correspondants ont été gelés sur les comptes des clients concernés et la réouverture des banques n'aura pas lieu avant Jeudi au plus tôt.

 

En d'autres termes, cela signifie que chaque citoyen chypriote, même le plus modeste, verra ses économies amputées d'au moins 6,75% lorsqu'il aura de nouveau accès à ses comptes. Inutile de dire que cette mesure a suscité incrédulité, incompréhension et colère à Nicosie. Du côté des dirigeants européens, le sentiment du devoir accompli était perceptible. Pierre Moscovici déclarait ainsi, juste après la réunion, que l'Eurogroupe avait "rempli sa mission".

 

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Certains journalistes (dont l'inénarrable Jean Quatremer) ont tenté de minimiser la portée du mécanisme en le comparant à une dévaluation. Mais comme le rappelle Jacques Sapir, "cette taxe ne va pas provoquer une baisse des prix des produits faits à Chypre et une hausse du prix des produits qui sont faits à l'extérieur de Chypre", ce qui est le principal intérêt d'une dévaluation. Il faudrait davantage le comparer à un impôt sur le patrimoine dont la particularité serait d'être "très mal conçu et très inégalitaire".

 

 

 

 

Un début de panique ?

 

À Chypre, l'annonce du plan de sauvetage (qui s'apparente plutôt à un véritable braquage) a provoqué une ruée vers les banques : les épargnants qui voulaient récupérer une partie de leurs économies se sont dirigés vers les distributeurs automatiques, qui ont été vidés en quelques heures. Une panique bancaire qui pourrait se reproduire dès la réouverture des établissements en fin de semaine.

 

Ailleurs, ce précédent pourrait également avoir de lourdes conséquences : les déposants des pays en difficulté (Italie ou Espagne, par exemple) seront certainement eux aussi tentés de vider leurs comptes bancaires avant de subir une éventuelle ponction, qui n'a désormais plus rien d'impossible : pour sauver l'euro et les banques, l'Union Européenne, le FMI et la BCE ont montré qu'ils étaient prêts à tout, même à aller se servir directement sur les comptes des citoyens des pays en danger.

 

La promesse européenne de sanctuariser les 100 000 premiers euros ne tient manifestement plus et comme le note Seb Musset sur son blog, "c'est aussi la preuve supplémentaire que l'UE, non seulement ne perd jamais une occasion de jouer contre les citoyens qu'elle était supposée protéger, mais que, de surcroît, elle ne répond économiquement de rien".

 

La presse française, qui était peut-être convaincue comme François Hollande que la crise de l'euro était derrière nous, a mis du temps avant de s'emparer du sujet. Mais s'il est possible que certaines des mesures du plan soient adoucies sous la pression de la rue ou des politiciens chypriotes, désormais, plus personne ne pourra ignorer que l'un des arguments des partisans de la monnaie unique (la protection de l'épargne) n'était qu'une tromperie honteuse : c'est bien l'euro qui met en péril nos économies, dans tous les sens du terme.

Publié dans Europe

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Jard 20/03/2013 11:46

L'Italie a donné le premier coup mortel à l'UE. Ne faut-il pas déjà penser l'après? Le FN est-il acceptable, quoi, sinon le FN, le PS et l'UMP vont-ils menacer ouvertement la démocratie, quelle
politique...

Yohann Duval 21/03/2013 22:12



L'avenir s'annonce à la fois inquiétant et passionnant.



Jard 18/03/2013 22:38

Je parie que cela est relativement normal pour l'Allemagne alors que ça nous rappelle l'arbitraire de la royauté. Toute l'élite européenne ou presque semble s'être soumise à l'Allemagne, petit pays
de 82 millions d'habitants. Je ne comprends pas, étant donné, en plus, que nous savons que les peuples finiront par se réveiller.

Yohann Duval 18/03/2013 22:43



Reste à savoir quand... le supplice peut encore durer un moment, hélas.



Monsieur Gédécé 18/03/2013 22:30

un article si bon qu'il a été épinglé ici : http://gauchedecombat.com/2013/03/18/racket-mafieux-des-eurocrates-a-chypre-decision-demain/

Yohann Duval 18/03/2013 22:42



Merci beaucoup !