Colloque sur le libre-échange : un pas dans la bonne direction

Publié le par Yohann Duval

Le débat sur le libre-échange commence à s'installer dans le paysage politique français. Bien sûr, les détracteurs du protectionnisme, par réflexe pavlovien, continuent à crier à l'hérésie dès que cette idée est avancée : il suffit de voir comment les partisans de l'orthodoxie économique ont attaqué le projet de "démondialisation" d'Arnaud Montebourg. Quoi qu'il en soit, la réflexion sur ce sujet avance et le colloque organisé le 14 Septembre, qui réunissait Jean-Pierre Chevènement, François Loos, Arnaud Montebourg et Nicolas Dupont-Aignan, va dans le bon sens.

 

Les européens, protectionnistes ?

 

Un sondage nous apporte une première confirmation : les européens ne voient pas d'un mauvais œil une plus grande protection de leurs entreprises nationales. Damien Philippot, de l'IFOP, nous apprend ainsi qu'en France, en Espagne, en Italie et en Allemagne, le faible niveau des droits de douanes est "mal vécu" par une majorité de personnes interrogées. Elles estiment qu'il est nécessaire d'augmenter les barrières douanières pour lutter contre les effets négatifs d'une trop grande ouverture au commerce extérieur. Des 5 pays sondés, seul le Royaume-Uni se distingue à ce niveau : ils ne sont "que" 45% à demander une augmentation des droits de douane.

 

A quel échelon se protéger ? Sur ce point, le Royaume-Uni est une fois de plus en décalage : nos amis d'outre-Manche sont en effet légèrement plus favorables à une protection nationale (43%) qu'à une protection européenne (42%). Dans tous les autres pays, la protection à l'échelon européen est plébiscitée : de 80% pour les français à 67% pour les allemands. Au cas où un protectionnisme européen serait impossible, ils sont également une majorité à réclamer des mesures nationales. Beaucoup de personnes interrogées ne se prononcent pas, ce qui peut s'expliquer par le niveau de technicité élevé de ce débat, mais l'opposition à ce type de mesures est, quoi qu'il en soit, très faible.

 

Quelles sont les solutions proposées ?

 

Les économistes Jean-Claude Werrebrouck, Jean-Luc Gréau et Hervé Juvin ont proposé différentes pistes pour arriver à réarmer les entreprises européennes face à la concurrence et aux influences extérieures. L'objectif étant finalement de combattre les effets négatifs induits par la désindustrialisation et les délocalisations (en termes d'emplois et de cohésion sociale notamment), sans pour autant tomber dans la caricature de l'isolationnisme.

 

Outre une certaine forme de protectionnisme, la suppression de la loi du 3 Janvier 1973 (qui avait été instaurée pour éviter une trop grande émission monétaire) afin de revenir à un système où la banque centrale n'est plus indépendante du Trésor, le retour à une monnaie un peu plus faible car comme le dit Jean-Luc Gréau, "Nous avons un euro allemand mais il nous aurait fallu un euro portugais", ou encore la renationalisation de la dette pourraient nous permettre d'avancer dans ce sens.

 

 

nda_che.jpg

 

Au niveau politique

 

Les invités politiques se sont quant à eux tous accordés sur un point, exprimé par François Loos : "L'Europe est une machine à ne jamais soutenir ses intérêts industriels". Dans un commentaire du sondage présenté plus tôt, Jean-Pierre Chevènement s'étonnait d'ailleurs de l'intérêt des personnes interrogées pour un protectionnisme à l'échelon européen alors que, dans leur majorité, les pays qui forment l'Union Européenne sont dirigés par des partisans du libre-échange. Cette idée lui semble donc être une illusion, et plutôt que d'attendre un accord qui ne viendra probablement jamais, il propose de réfléchir en parallèle à des solutions nationales.

 

Pour relever les défis futurs, la question de la monnaie apparaît comme essentielle. À ce sujet, les convergences sont indéniables entre Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Pierre Chevènement : ils voient tous les deux la nécessité de faire passer l'euro d'une monnaie unique, ingérable et rigide, à une monnaie commune, souple et plus adaptée aux différentes économies. De la même façon, un consensus s'est établi autour de la critique de l'attitude allemande, qui, par son "cavalier seul égoïste" comme le dit Arnaud Montebourg, a déstabilisé la zone euro. Enfin, tous s'accordent pour remettre les décisions politiques au centre du jeu : il est indispensable de réaffirmer la priorité de l'intérêt général sur les intérêts particuliers, et cela passe notamment par un bras de fer avec le monde de la finance.

 

Un rassemblement est-il possible ?

 

Ce colloque nous aura permis de constater qu'en dépit de pedigrees et de parcours politiques radicalement différents, les analyses des différents invités sur les problèmes de fond sont sensiblement similaires. Si la stratégie et les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à lutter contre les effets pervers de la mondialisation sauvage divergent et qu'un rassemblement semble inenvisageable à court terme, élection présidentielle de 2012 oblige, l'obsolescence du simple clivage gauche-droite semble être devenu une évidence, au moins sur ce point.

 

Les crises et leurs conséquences sur la vie quotidienne des citoyens feront probablement évoluer les mentalités. La possibilité d'un rassemblement autour de la défense de nos intérêts nationaux et de l'intérêt général ne sera dès lors plus une chimère inaccessible : reste à savoir si le courage politique l'emportera sur les ambitions personnelles...

Publié dans Protectionnisme

Commenter cet article