Constat d'échec pour l'Europe de Maastricht

Publié le par Yohann Duval

Il y a 20 ans, le principe de la création de la monnaie unique était approuvé d'extrême justesse (51.04%) après un débat tumultueux, où les promesses les plus fantaisistes furent utilisées comme arguments par les partisans du "oui". Le traité de Maastricht privait ainsi la France de sa souveraineté monétaire et l'entraînait dans une longue descente aux enfers. Aujourd'hui, alors que l'échec de cette Union Européenne est une évidence pour tous ceux qui n'ont pas été aveuglés par les fables de "l'Europe-qui-protège", tout porte à croire que les croisés de l'européisme sont désormais minoritaires. Tout, même les sondages de l'Ifop pour le Figaro...

 

 

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Nos éditorialistes ont beau piaffer d'impatience à longueur d'émission et prier le ciel sans relâche pour que nos dirigeants imposent une Europe fédérale contre le gré des peuples, ce sondage de l'Ifop semble montrer que nos concitoyens ne sont pas dupes : deux tiers des Français auraient désormais conscience que l'Europe va "dans la mauvaise direction". 64% de ceux qui ont voté en 1992 opteraient pour le "non". 45% des personnes interrogées voient l'euro "comme un handicap". Une nette majorité se prononce contre la création "d'un État européen unique" et 60% souhaitent "moins d'intégration et des politiques économiques et budgétaires propres à chaque État". Les partisans d'une sortie de l'euro sont désormais 35% (+ 9 points depuis Juin). Loin des 65% d'Allemands qui regrettent le deutschemark, reconnaissons-le, mais la progression est significative. Cerise sur le gâteau, 38% des sondés considèrent que la France est la communauté à laquelle ils se sentent "les plus attachés", devant la commune (32%), la région (23%) et... l'Europe, bonne dernière avec un score terriblement faible : 7%.

 

 

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Ces résultats sont un véritable camouflet pour nos élites médiatiques et politiques, qui ne jurent que par l'Europe et ne croient plus en la nation. Ils sont en revanche très rassurants pour celles et ceux qui aiment encore leur pays et qui ne souhaitent pas le voir se désintégrer dans un espace aux contours flous, géré de manière fort peu démocratique et ne bénéficiant même pas des prétendus avantages économiques qui avaient été tant vantés à sa création (souvenons-nous des millions d'emplois promis lors de la campagne de 1992 par Valéry Giscard d'Estaing, Martine Aubry, Michel Sapin ou Michel Rocard !). L'opinion semble prête à entendre un discours critique à l'égard de l'Union Européenne ; peut-être plus encore qu'en 2005.

 

Les Français ont tout simplement compris qu'il n'est pas possible de réussir à 27 ce qui ne fonctionne pas toujours très bien au sein des États membres eux-mêmes (comme en témoignent les conflits entre la Wallonie et la Flandre, entre la Catalogne et le reste de l'Espagne, ou les velléités indépendantistes de l'Écosse). Le sentiment d'appartenance à une nation est quelque chose de fort, qui résiste au temps et aux régimes les plus autoritaires : c'est ainsi que les "petites" nations baltes n'ont pas disparu, malgré des décennies de communisme et l'omniprésence de leur puissant voisin. L'Union Européenne a tenté de nier l'existence des nations qui la composent et l'Histoire millénaire de certaines d'entre elles : nous constatons jour après jour les conséquences dramatiques de cette folie.

 

Il ne s'agit pas que d'une question d'image, comme le pense l'euro-fanatique Sylvie Goulard, pour qui la nomination de femmes à la tête de la BCE est la priorité absolue pour redonner du lustre à l'idée européenne : il est illusoire de croire que le sentiment national disparaîtra en imposant une bannière étoilée, en célébrant un hymne à la joie, en créant un passeport européen et en gommant toute référence à la nation dans les programmes scolaires...

 

 

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Je vous recommande vivement la lecture de l'article du Figaro : il s'agit d'un grand moment d'humour (peut-être involontaire, il est vrai). Nous y apprenons ainsi que "le projet souverainiste" (lequel ?) d'un "retour à la France d'avant le traité de Rome" (une union démocratique et réaliste entre États libres, soit l'exact contraire de l'U.E. actuelle, semble trop difficile à imaginer, je suppose) n'est pas considéré comme "crédible". La caricature vire même au grotesque sur la fin :

 

"Le camp des partisans du franc a fait en trois mois un bond de 9% : en juin, ils étaient 26%. Historiquement, ce n'est pas le point le plus haut : ils étaient 38%, en mai 2010. Mais bien plus que les 18,3% de Marine Le Pen à la présidentielle."

 

C'est en effet bien connu : s'opposer à l'euro, c'est forcément être lepéniste. Dans l'esprit du Figaro, les partis comme Debout La République, le MRC ou le M'PEP et tous les économistes qui prônent une autre politique monétaire comptent comme quantité négligeable. Le réveil risque d'être rude !

 

Quoi qu'il en soit, au vu de ces résultats on ne peut plus clairs (bien qu'il ne s'agisse que d'un simple sondage), nous pouvons conserver l'espoir de voir cet euroscepticisme se manifester dans les urnes à brève échéance. Mais pour cela, il faudra s'unir : il ne sera pas possible de retrouver notre capacité à disposer de nous-mêmes si nous partons au combat en ordre dispersé. Comme le disait Jacques Sapir récemment, les partis et les individus qui veulent une politique républicaine, patriotique et au service de l'intérêt national doivent d'urgence discuter, tisser des liens, s'entraider voire s'allier. Les européennes de 2014 pourraient être l'occasion idéale pour tenter ce type de rapprochements.

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