Farines animales, lasagnes de cheval : les délices néolibéraux de l'UE

Publié le par Yohann Duval

La Commission européenne vient d'autoriser l'utilisation de farines animales. En dépit de l'opposition de la France, Bruxelles a annoncé le 14 Février que les poissons d'élevage pourraient à nouveau être nourris avec des farines de porcs et de volailles à compter du 1er juin. Un joli cadeau de Saint-Valentin à tous les amoureux de l'Union Européenne, qui n'avaient peut-être pas saisi tous les risques encourus par notre pays lorsqu'il devient minoritaire sur des sujets aussi importants.

 

 

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Les dérives mercantiles et immorales du marché néolibéral ont été mises en évidence par le triste épisode des lasagnes de cheval. La mention "origine Union Européenne" permet toutes les dérives dans un marché où règnent libre circulation et concurrence libre et non faussée et il aura fallu attendre ce scandale pour voir les choses bouger.

 

Les citoyens veulent savoir ce qu'ils mangent et espèrent voir apparaître à l'avenir l'origine précise des produits qu'ils consomment, mais l'UE traîne des pieds : le commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs, Tonio Borg, estime qu'il est "prématuré d'envisager un étiquetage obligatoire sur les produits transformés en ce qui concerne la viande". Pendant ce temps, les industriels sont épargnés par les contrôles, la malbouffe prolifère, et on ne s'étonne guère de retrouver des choses bien curieuses dans nos assiettes, comme une grenouille morte dans le Buffalo Grill de Lomme.

 

Alors que les rebondissements dans l'affaire des lasagnes s'accumulent, Bruxelles a décidé de prendre une décision pour le moins surprenante : la levée de l'interdiction concernant les farines animales, pourtant à l'origine du drame sanitaire de la vache folle dans un passé proche. "Nourrir le turbot à la poussière de poulet et la daurade à la poudre de lapin, après la lasagne au cheval roumain, l’époque appréciera", note avec un humour mordant Périco Légasse dans Marianne.

 

Cette décision, prise sous la pression du lobby agro-alimentaire, a choqué la classe politique française. Ainsi, pour Delphine Batho, ministre de l'écologie, "ce n'est pas dans la logique de la chaîne alimentaire que de donner de la viande à manger à des poissons". On pourrait légitimement penser que le gouvernement socialiste d'un pays réputé pour sa gastronomie aurait toutes les raisons d'engager un bras de fer avec les technocrates non-élus à l'origine d'une telle folie.

 

C'est sans compter sur le manque de courage des socialistes, qui, comme les UMPistes avant eux, tremblent devant l'ogre bruxellois. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, doit ainsi faire preuve d'imagination pour contourner l'obstacle : "sans remettre en cause la décision européenne" (serait-ce un crime ?), il estime que notre pays, "avec un label", peut limiter l'utilisation de ces farines. Mais pourquoi vouloir à tout prix s'accommoder d'une décision aussi ubuesque ? Sur Europe 1, il finit par lâcher le morceau : la France se plie à la décision européenne car elle a été minoritaire sur ce dossier.

 

 

 

 

Une France mise en minorité, à laquelle on impose des décisions. Cela ne vous rappelle rien ?

 

 

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