Indéfendable Mélenchon

Publié le par Yohann Duval

Le 15 Juin 2011, le peuple Grec et les manifestants de la place Syntagma défilaient contre les ravages des plans d'austérité qui leur étaient imposés au nom de la sauvegarde de l'euro. Nicolas Dupont-Aignan était sur place, pour leur apporter un soutien symbolique. Il s'agissait du seul homme politique Français présent.

 

Lundi 13 Février 2012, à la suite des nouvelles coupes sombres décidées la veille par le Parlement Grec, toujours au nom de la défense de la monnaie unique, une manifestation de soutien était organisée devant l'ambassade de Grèce à Paris. Le président de Debout La République s'y est naturellement rendu.

 

 

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Il est difficile de contester la légitimité de la présence de quelqu'un qui lutte depuis des années pour que les peuples d'Europe retrouvent la capacité de décider de leur destin... et pourtant, l'accueil n'a pas franchement été chaleureux. Le candidat à la présidentielle s'est fait insulter de "fasciste" et de "raciste" par des militants d'extrême-gauche dont la violence et l'agressivité n'honoraient pas la noble cause qu'ils prétendaient défendre.

 

 

 

 

Suite à cet accrochage imbécile dû à quelques énergumènes manifestement mal informés, nous pouvions nous attendre à une condamnation sans réserve de ces agissements par Jean-Luc Mélenchon. Raté : sur son blog, il vient en effet de donner son avis sur cette triste affaire.

 

"Je suis arrivé après que Nicolas Dupont-Aignan a été mal reçu, je ne sais par qui, ni de quel parti, ni comment. Je suis désolé qu’il ait été maltraité. Mais il lui revient de savoir que personne parmi nous n’aime la confusion des genres politiques. Il aurait dû y penser. Il aurait dû organiser sa présence de son côté avec les militants de son parti. Personne ne les aurait empêchés de le faire. Mais venir au milieu des nôtres, comme s’il était chez lui : non. Ce n’est pas raisonnable pour lui de ne pas l’avoir compris tout seul. Aucun de nous n’a envie de donner prise aux insupportables amalgames qui font les délices de la presse « oui-oui » qui met dans un même sac « souverainiste » ou « populiste », tout ce qui s’oppose à leur cruel aveuglement. Et devant le martyre des Grecs nous mettons en cause le capitalisme de notre époque, français, allemand et nord-américain en particulier. Pas les billevesées des frustrations nationalistes. Nous ne voulons pas être récupérés. Nous sommes internationalistes."

 

Un député, élu de la nation, ne serait donc pas "chez lui" en plein Paris ? Est-il "raisonnable" pour le candidat du front de gauche de donner un blanc-seing à quelques excités au seul prétexte qu'ils font partie des "siens" ? Que penser de cette gauche qui se dit "internationaliste" mais qui refuse obstinément d'envisager les conditions d'une action commune (fut-elle sans lendemain) avec ceux qui défendent une même cause au sein d'un même pays ?

 

Comment ne pas être affligé par cette attitude sectaire, qui consiste à se barricader dans son coin, "entre rouges" (comme on me l'a dit sur Twitter), pour ne pas être "contaminé" par une doctrine différente du magma communautaristo-bobo des indignés de salon qui composent une partie des troupes du front de gauche ?

 

Je me refuse de faire un amalgame entre cette poignée de gens-là et les militants sincères, ceux qui oeuvrent pour faire émerger une autre Europe, plus humaine, plus sociale et plus démocratique. En revanche, il faut rester lucide et savoir dénoncer les paroles inutilement blessantes ou les actes indiscutablement scandaleux, surtout quand ils émanent directement du chef de file d'un mouvement.

 

C'est triste à dire car j'ai beaucoup de sympathie pour lui par ailleurs, mais cette fois, Jean-Luc Mélenchon s'est montré purement et simplement navrant. Une attitude que certains d'entre nous n'oublieront pas en Avril prochain...

Publié dans Présidentielle 2012

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jean 01/03/2012 20:05

Donc,si j'ai bien lu, Mélenchon, dans son billet, regrette que NDA ait été mal reçu, mais ça ne suffit pas!

Mélenchon n'est pas responsable des insultes et des agissements d'individus stupides, certes, mais libres, pourquoi faudrait-il qu'il exprime autre chose que des regrets?
De plus, il précise qu'il ne veut pas savoir de quel parti étaient ceux qui l'ont insulté, ce qui est tout à son honneur,vu que ces derniers sont militants du NPA.
Enfin, il explique la colère desdits énergumènes par le fait qu'il y a un malaise à organiser un rassemblement de gens de gauche, donc anticapitalistes et voir débarquer et profiter de l'effet de
masse, un procapitaliste nationaliste.
Cet opportunisme à de quoi agacer. ceci voulant donc dire, monsieur Dupont-Aignan, nous regrettons que vous ayez fait l'objet de violences,mais,comprenez-vous,notre cause n'est pas commune,vous
représentez ce que nous combattons, vous voulez donner une chance au capitalisme français dans la compétition entre les nations, nous voulons dépasser le capitalisme et si possible en coopérant
avec nos frères des autres nations...

Tu dois avoir de bien faibles convictions pour t'arrêter à cela...en espérant que tu te sois forgé une opinion plus construite sur le contenu de "l'humain d'abord" d'ici au 22 avril et aux
législatives. Si tu es gaulliste,alors vote gaulliste, mais ne t'étonnes pas que des CRS viennent te matraquer ensuite quand tu réclameras tes droits...

Yohann Duval 01/03/2012 21:08



Comment peut-on qualifier la démarche de NDA d'opportuniste alors qu'il est le seul à s'être rendu à Athènes l'an passé pour protester contre les plans d'austérité ? Le militantisme ne consiste
pas seulement à être borné et aveugle : il n'y a aucun déshonneur à savoir reconnaître que les autres ont parfois raison. Il a toujours soutenu la Grèce, toujours dénoncé l'austérité. Il avait
parfaitement sa place dans cette manifestation de soutien aux Grecs, aux côté des gens du Front de Gauche qui luttaient, sur ce point, pour la même cause.


J'ai lu le livre à 2 euros du Front de Gauche, j'en avais même parlé ici. Il y a du bon et du moins bon. C'est quoi qu'il arrive insuffisant pour me faire voter pour son candidat. Je peux en
revanche vous conseiller de lire le programme de NDA, puisque manifestement vous le
connaissez mal si vous le considérez comme un "procapitaliste nationaliste". Vous serez probablement étonné de la similitude de certaines des propositions.


J'ai de la sympathie pour Mélenchon, malgré son européisme borné. Il a fait des progrès en reconnaissant que Chevènement avait raison sur Maastricht. Peut-être que dans 20 ans il renoncera au
fédéralisme ? J'en ai en revanche beaucoup moins pour une petite partie de ses militants, friands de "pureté idéologique" et dont le sectarisme a été très bien décrit par Yann sur son
blog. J'ose espérer que vous ne faites pas partie de ces gens-là.


Je ne me définis pas particulièrement comme gaulliste. En revanche, je sais que le clivage gauche-droite est très largement surfait. Il n'y a pas le camp du bien d'un côté et le camp du mal de
l'autre. J'écoute les idées, j'observe les actes. J'analyse et je choisis. Sans sectarisme. Et ce que je constate, c'est que quoi que vous puissiez en penser, il y a bien plus de proximité
idéologique entre Mélenchon et NDA qu'entre Mélenchon et Hollande.



LL 17/02/2012 12:40

Votre point de vue est juste bien-sûr, mais reconnaissez qu'il était délicat pour Mélenchon de dire autre chose. Que croyez-vous? Qu'il va déclarer publiquement que la façon dont a été traîtée NDA
est indigne de son parti, alors que la masse de ses militants et sympathisants considère NDA comme une espèce de Villiers, un Le Pen soft? Croyez vous que rentrer dans ce genre de polémique qui
aurait pour effet de troubler son électorat et qui serait sans doute repris avec malveillance par les médias (j'entends déjà les "Mélenchon au secours des souverainistes") à deux mois de l'élection
soit une chose crédible? Oui NDA a commis une erreur en se rendant à cette manifestation, on peut certes être convaincu de l'archaïsme de la division gauche droite d'un point de vue des idées et de
leur compatibilité avec le monde. Mais il est naïf de ne pas prendre en compte cette division du point de vue des représentations collectives. La masse des gens se situe encore dans cette
représentation gauche/droite et c'est avec cette donnée qu'il faut agir sur le monde. C'est pourquoi il est impossible d'imaginer Mélenchon avoir une autre position que le silence, sans doute
respectueux, sur NDA. En dire du bien, ou le défendre, serait une faute de sa part, dans la situation actuelle. NDA a fait comme si on pouvait l'ignorer. La réponse de Mélenchon, qui malgré tout le
ménage, en est l'inévitable conséquence.

Yohann Duval 27/02/2012 22:26



NDA était tout à fait à sa place dans cette manifestation. Je vois très bien les raisons pour lesquelles Mélenchon a soutenu les imbéciles qui ont insulté un député, mais cela n'enlève rien au
fait que c'était particulièrement malvenu. On ne fait pas de la politique pour un clan. Je ne comprends pas ce sectarisme.


Pour le reste, je ne nie pas l'existence d'un clivage gauche-droite sur certains points, mais une chose est certaine : il est désormais secondaire, subordonné à celui qui s'est matérialisé en
1992 et 2005.