Jean-Luc Mélenchon : "C'est Chevènement qui avait raison !"

Publié le par Yohann Duval

Les campagnes électorales sont toujours pleines d'imprévus et d'événements exceptionnels. Mais s'il y a bien une chose rare, c'est de voir un homme politique de haut niveau reconnaître avoir eu tort. Dimanche soir, BFM TV recevait le candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon.

 

 

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Au détour d'une question sur le traité de Maastricht, ce dernier a fait un mea culpa dans les règles de l'art, alors qu'il était face à Mélanie Delattre (aux alentours de la 7ème minute, sur cette vidéo, si vous ne voyez pas l'extrait ci-dessous).

 

 

 

 

 

 

"- Cette Europe ranime les nationalismes. Cette Europe est une Europe des compétitions.

- Oui mais à l'époque, vous disiez : "On va mettre de la politique face au libéralisme, face à l'Europe des marchés". Vous n'avez pas l'impression que c'est un échec ? Et aujourd'hui comment on va mettre de la politique ?

- Là, vous touchez juste. C'est un échec absolu. Tous ceux qui, comme moi, ont cru à l'époque qu'on allait mettre de la politique se sont fait rouler. C'est Chevènement qui avait raison ! C'est le contraire qui s'est passé. On a ouvert, en grand, le pouvoir absolu à la finance."

 

 

Voir un dirigeant politique de ce calibre reconnaître ses torts et louer les analyses de l'un de ses concurrents à l'élection suprême, voilà un geste d'une noblesse et d'une élégance rares. Une réaction qui mérite d'être saluée !

 

D'une manière plus anecdotique, nous noterons également qu'au cours de la même émission, c'est Christian Estrosi qui est venu rappeler que la crise que connaît actuellement la zone euro n'est pas tombée du ciel mais qu'elle n'est en réalité que la conséquence directe de la ratification du traité de Maastricht, qui a entériné la création d'une monnaie unique mal pensée dès le départ (aux alentours de la 5ème minute, sur cette vidéo).


 

"Vous abordez le cœur du problème. Pourquoi renégocie-t-on aujourd'hui un traité ? Parce que nous voyons que toutes les erreurs sont parties du même point. Le premier point, c'est Maastricht. Les autres traités ont découlé de Maastricht."

 

 

Cette analyse qui relève de l'évidence est désormais partagée par une large partie de l'échiquier politique, il est vrai. Bien peu peuvent cependant se vanter d'avoir eu la même constance dans les idées que le sénateur de Belfort.

 

Il aura fallu attendre 20 ans pour que les analyses de Jean-Pierre Chevènement soient reconnues à leur juste valeur. Combien de temps faudra-t-il pour que ses analyses et ses propositions actuelles, sur la surévaluation de l'euro qui nous pénalise considérablement et sur sa nécessaire mutation en monnaie commune au cas où l'Allemagne refuserait de transiger sur le rôle de la Banque Centrale Européenne, sur l'indispensable réindustrialisation de la France pour sauvegarder son système social, sur la reprise en mains des institutions bancaires et financières, sur la construction d'une Europe réaliste, qui ne nous offre pas pour seul horizon une austérité à perpétuité, qui respecte enfin les nations qui la composent et qui ne brade pas leur souveraineté, soient entendues à leur tour ?

 

Publié le 19/12/2011 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Front de gauche

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Un partageux 09/01/2012 22:47

Un acte de contrition qu'il faut d'autant saluer qu'il est bien rare chez ceux qui parlent dans le micro !

Mélenchon parle de "catastrophe sociale". Je vous invite à lire le blogue partageux qui se fait le chroniqueur de ce désastre où sombrent tant de personnes.

http://partageux.blogspot.com

Yohann Duval 11/01/2012 20:18



Intéressant blog, j'y passerai plus souvent.



L'espoir 30/12/2011 10:47

Il est suffisamment rare de voir des hommes politiques reconnaître leurs erreurs pour ne pas saluer une telle initiative lorsqu'elle se présente. C'est comme cela que j'envisage la politique.

Yohann Duval 02/01/2012 23:17



Tout à fait. Il a eu l'honnêteté de faire amende honorable, et on aimerait voir cela plus souvent !



tarmac 23/12/2011 20:57

Les turpitudes des journalistes n'excusent pas les privilèges dont a bénéficié Chevènement.
Je ne comprends pas comment il a le culot de présenter sa candidature. Dominique Voynet a raison, Chevènement ne pense qu'a assurer sa réélection au sénat, et pour cela il fait pression sur le PS
en présentant sa candidature...

Yohann Duval 02/01/2012 23:20



Je ne vois pas très bien le rapport entre sa candidature et son hypothétique réélection au Sénat : son mandat ne sera remis en question qu'en 2014. Par ailleurs, je rappelle qu'il a été élu en
2008... face à un candidat socialiste (Yves Ackermann).



Philippe B. 21/12/2011 18:18

Bonjour,

J'ai entendu dire que la directrice de cabinet de Pierre Aidenbaum, celui-là même qui avait honteusement voulu "dénoncer" Jean-Pierre Chevénement pour son logement RIVP, bénéficierait des largesses
de son patron en ayant obtenu un grand logement social dans le XVIe arrondissement. Avez-vous des informations à ce sujet ?
Il y en a marre des donneurs de leçons de morale publique incapables de balayer devant leur porte...
Encore bravo pour votre site et bonne chance à Jean-Pierre Chevènement.

Philippe.

Yohann Duval 02/01/2012 23:21



Je n'ai aucune information à ce sujet.



Yapiti 19/12/2011 22:48

Oui, c'est la grande classe. S'ils étaient plus nombreux à reconnaitre leurs erreurs, les français pourraient se réconcilier avec leurs élites et cela ferait un bien immense à la France. Cela
concerne les politiques mais aussi, mais surtout les intellectuels (BHL Finkelkraut Minc Attali...), les économistes et les JOURNALISTES!

Yohann Duval 02/01/2012 23:20



Totalement d'accord avec vous.