Jean-Pierre Chevènement, invité d'Europe 1

Publié le par Yohann Duval

Ce matin à 7h40, Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Bruce Toussaint sur Europe 1.

Vous pouvez retrouver le podcast de l'émission sur le site d'Europe 1.

 

L'échange, bien que court, est intéressant et nous permet de voir que la question de l'euro semble être la priorité du président d'honneur du M.R.C. En voici la retranscription.

 

 

 

Êtes-vous toujours candidat à la présidentielle ?

 

Vous avez remarqué que je n'ai pas fait le voyage à La Rochelle. Ce n'était pas utile, d'ailleurs on a eu un très bon commentaire de ce qu'il s'y est passé, c'est à dire pas grand chose. On voit que cet exercice n'est quand même pas très convaincant puisqu'aucun des candidats n'a abordé la question centrale qui représente l'épée de Damoclès qui pèse sur tous les candidats et sur l'Europe : la question de l'euro. C'est ça le problème. On a vu que l'Espagne et l'Italie ne pouvaient plus emprunter à moins de 6% et on a assisté à quelque chose de nouveau : j'ai écrit au président de la République Nicolas Sarkozy pour lui demander d'encourager la Banque Centrale à acheter des obligations publiques, des obligations de la dette italienne et espagnole...

 

La crise de la dette vous préoccupe mais vous ne répondez pas à la question de votre candidature à la présidentielle ?

 

Mais parce que mon seul objectif est de peser et de mettre la France à la hauteur des problèmes qu'elle va devoir affronter. Je remarque qu'aucun des candidats à la candidature socialiste ne dit clairement qu'il faut renverser la perspective. On ne va pas éteindre la dette par une politique de rigueur qui conduira à la récession. On ne pourra éteindre la dette que si on retrouve au niveau européen...

 

C'est un combat, c'est un argument qui fait de vous aujourd'hui un candidat ?

 

C'est à dire que je me place dans une autre logique, j'ai écrit au président de la République et d'ailleurs il y a eu des suites puisque la Banque Centrale Européenne a maintenant dans son portefeuille 110 milliards d'obligations publiques. C'est beaucoup moins que la Banque Centrale Américaine, le Federal Reserve Board, qui a acheté 15,000 milliards de dollars de bons du trésor américain, mais j'essaie de montrer que par cette technique, qui au fond est une émission de monnaie par la Banque Centrale, on peut donner des marges à l'économie, retrouver une croissance un peu plus vive et changer la manière dont on conçoit l'avenir. Autrement dit, ne pas se battre sur le thème "Faut-il serrer la vis, fusionner l'impôt sur le revenu et la C.S.G., etc.".

 

Je ne sais pas si vous avez vu ce qu'a dit Laurence Parisot dans le Figaro ce matin. La patronne du MEDEF dénonce un complot américain. Vous y croyez à cette déstabilisation des Etats-Unis ?

 

Je n'y crois pas du tout. Je pense que l'euro est victime d'une erreur de conception. On a mis ensemble des pays dont les économies sont très différentes. L'Allemagne et la Grèce... même la France : l'industrie française pèse moins de deux fois l'industrie allemande. Ce sont des pays très différents, avec des mentalités très différentes, des repères culturels très différents, et avec ça on ne fait pas une zone monétaire homogène.

 

C'est quoi la solution la plus efficace, selon vous, pour régler cette crise ? Pour calmer les marchés, on attend dans un peu plus d'une heure l'ouverture de la bourse à Paris qui risque d'être un peu agitée à l'ouverture...

 

Pour moi, la solution la plus efficace, mais je constate qu'aucun des candidats socialistes sauf peut-être Monsieur Montebourg ne s'oriente dans cette direction, c'est changer l'architecture de la zone euro. Tout cela a été fait lors de la négociation du traité de Maastricht, même pour ce qui est des règles du jeu, en 1989. On a l'orthodoxie absolue, la Banque Centrale indépendante, une seule mission : lutter contre l'inflation, on ne s'occupe pas de la croissance, on ne s'occupe pas de l'emploi, on ne s'occupe pas de la politique de change. Mais vous savez que l'euro est une monnaie très surévaluée : 1,44 $ contre 1,16 $ au moment du cours de lancement, donc cela pèse sur l'activité économique. Cela favorise les délocalisations industrielles. Cela, personne ne le dit clairement et personne ne veut prendre les moyens de convaincre l'Allemagne, en s'appuyant sur les autres européens qui ont quand même tous des problèmes, qu'il faut changer la perspective.

 

Revenons quand même sur le P.S. : on a vu ce week-end que c'était assez tendu, qu'est-ce que vous vous dites ? C'est bon pour le débat ou c'est mauvais pour la gauche ?

 

Àpartir du moment où il y a plusieurs candidats, c'est normal qu'ils s'envoient des petites piques. Mais comme ils ont le même programme, on se demande à quoi sert l'exercice. C'est un peu funambulesque.

 

Il n'y en a pas un dans les six qui trouve grâce à vous yeux ?

 

Je ne dis pas que je ne trouve pas beaucoup de qualités à François Hollande, à Martine Aubry, à Ségolène Royal... je les connais tous personnellement, ce sont des amis. Mais ils n'ont pas posé ce qui serait l'équation de la réussite. Je crains qu'une victoire de la gauche - possible, probable, à laquelle j'entendrai contribuer en pesant dans la bonne direction - ne soit suivie d'une déception, car à ce moment là on aurait les conditions d'un rapprochement entre la droite radicalisée et le Front National. Ce ne serait pas bon pour le pays. Donc il faut élever le débat, il faut mettre la France à la hauteur des défis. Il faut poser la question de l'euro comme elle ne l'a jamais été. Les candidats socialistes, malheureusement, se laissent réduire à un débat qu'a voulu Monsieur Sarkozy sur sa soi-disant règle d'or qui n'est qu'une règle d'airain.

 

Vous n'avez pas été tenté comme Jean-Michel Baylet, le patron du P.R.G., de participer aux primaires ?

 

Écoutez, si vraiment il y avait quelque chose pour m'en dissuader, c'est le spectacle que cela peut donner aujourd'hui. Il n'y a aucune chance de faire passer ses idées dans ce contexte là.

 

Et Ségolène Royal, vous étiez à ses côtés en 2007 ?

 

Sur la base d'un accord politique. Notamment le fait que la Banque Centrale devait intervenir pour soutenir la croissance et l'emploi. Elle l'a d'ailleurs très loyalement proposé au congrès de Porto du Parti Socialiste Européen, en Janvier 2007 : ça a été un tollé. Tous ces gens là sont des religionnaires du traité de Maastricht. Ils l'interprètent à la lettre.

 

Dernier mot sur l'actualité : un nouveau préfet à Marseille. "Peur sur la ville" titre France Soir. Vous qui avez été ministre de l'intérieur, c'est la bonne solution de changer de préfet comme ça tous les 6 mois ?

 

J'avais créé une police de proximité dont l'idée était de faire travailler ensemble une police territorialisée et la population : les associations de commerçants, les bailleurs sociaux, les responsables d'établissements scolaires. Faire en sorte que tout le monde se mette à la tâche de la répression de la délinquance au quotidien, qui est insupportable. Cette réforme a été étouffée prématurément par Monsieur Sarkozy. C'est dommage.

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