Jean-Pierre Chevènement invité de "C'est arrivé cette semaine" sur Europe 1

Publié le par Yohann Duval

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Dominique Souchier sur Europe 1, dans l'émission "C'est arrivé cette semaine". Vous pouvez trouver le podcast de cet entretien ici.

L'échange avec l'ambassadeur d'Allemagne qui suivait son intervention est également très intéressant car il montre que si les allemands sont prêts à se montrer solidaires, cette solidarité a des limites. J'en ai fait un petit résumé.

 

 

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Résultat des sénatoriales et élection du président

 

"J'ai déclaré dimanche soir que l'alternance était en marche et qu'elle devait se produire. L'honnêteté, la clarté, la transparence veulent que la formation qui a gagné le plus de sièges, le Parti Socialiste (25 sièges), accède au plateau, c'est la démocratie. J'ai lancé une boutade, qui était celle d'Edgar Faure : "Il ne faut jamais être candidat à un poste qu'on ne vous propose pas" et j'ai ajouté qu'il ne faut jamais dire qu'on ne sera jamais candidat. Cela a entraîné des commentaires, il faut bien que vous puissiez alimenter le système."

 

"Je trouve tout à fait normal que Jean-Pierre Bel devienne le président du Sénat. Sous réserve qu'il y ait naturellement une concertation avec les autres sensibilités de gauche : communistes, verts, radicaux, mouvement républicain et citoyen. Il y a eu des contacts toute la journée d'hier, nous avons une réunion dans quelques minutes. Donc, je répète que sous réserve de ces concertations avec les différentes sensibilités qui permettent à la gauche d'être majoritaire au Sénat, et ça se joue à 3 voix, il faut voter Jean-Pierre Bel."

 

"La clarté et la démocratie exigent que ce qui s'est passé dans les urnes se traduise au niveau de l'élection du président."

 

Sur les primaires socialistes et l'Europe

 

"Ce qui m'a frappé dans ces deux débats, c'est que l'on n'a pratiquement pas abordé la question de l'euro, de l'avenir de l'euro, de la manière dont on allait redynamiser l'Europe pour en faire une zone de croissance. Et là-dessus, je n'ai pas dit que Monsieur Sarkozy était à la remorque de Madame Merkel pour, en quelque sorte, entériner des positions qui ne seraient pas conformes à nos intérêts. Je pense que la France et l'Allemagne continueront ensemble leur histoire, ou alors elles en sortiront ensemble, chacune de son côté. Non, j'ai dit qu'il fallait donner à la Banque Centrale Européenne (B.C.E.) des attributions qu'aujourd'hui elle n'a pas, en vertu des textes d'ailleurs, pour soutenir la croissance et l'emploi, racheter les titres de dette publique, casser la spéculation, améliorer le taux de change qui aujourd'hui est surévalué et favorise la désindustrialisation du pays, et que cela, c'est un débat qu'il faut avoir ! On parlait croissance parce qu'on ne sortira pas de la crise de la dette sans croissance, sans plus-values fiscales."

 

"Je rappelle que l'Allemagne apporte 220 milliards à la caisse commune, la France, on l'oublie, 159 milliards et je dis simplement que le montant du Fonds Européen de Stabilité Financière n'est pas suffisant pour venir au secours de pays qui pourraient être attaqués, comme l'Espagne ou l'Italie. Voilà ce que je dis, je ne dis rien de plus. Par conséquent, j'évoque les possibilités de démultiplication des effets du Fonds par recours à la Banque Centrale sous des formes à imaginer."

 

Sur l'aide à la Grèce

 

"Il est normal que, chaque pays ayant sa responsabilité, les pays qui vont recevoir de l'argent satisfassent à un certain nombre de critères de gestion. Mais je ne pense pas que l'on puisse aller vers une conception purement coercitive de l'Europe. L'Europe ne peut pas être un mécanisme de coercition, il faut que l'Europe soit identifiée au progrès."

 

"Les allemands, pour des raisons historiques, sont très attachés à une conception de la Banque Centrale non seulement indépendante, mais qui lutte exclusivement contre l'inflation. Et c'est d'ailleurs cela qui a été repris au moment du traité de Maastricht pour la B.C.E. Je discute souvent avec Monsieur Schäfers, ambassadeur d'Allemagne, il connait très bien ma position : je pense qu'il faudrait élargir les missions de la B.C.E. pour que nous ayons une sortie de crise concertée des deux côtés de l'Atlantique, fondée sur ce que l'on appelle "quantitative easing", la relance monétaire. Je rappelle que la banque centrale américaine a dans son bilan 1640 milliards de dollars de bons du Trésor américain. La B.C.E. a racheté pour 150 milliards, peut-être, de titres de dette publique, ce n'est quand même pas grand chose."

 

"Je lis les déclarations d'un certain nombre d'hommes et de femmes politiques allemands, la ministre du travail, Monsieur Fischer, les gens du SPD. Avec tout le respect que j'ai pour Angela Merkel, sa capacité de travail, son sérieux, son souci d'aller au fond des dossiers... et je dirais même pour les principes qu'elle défend, car je pense que l'Europe doit reposer in fine sur la responsabilité des États : j'ai toujours été partisan de construire l'Europe à partir des nations, les nations ont une responsabilité, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas une certaine solidarité européenne, mais la solidarité européenne ne sera jamais aussi grande que la solidarité nationale. Les budget européen, c'est 1% du PIB. Les prélèvements obligatoires dans toute l'Europe c'est 40%. Donc on voit bien que la solidarité européenne c'est 2,5% et la solidarité nationale c'est 97,5%. Vous avez fait la règle de trois, vous avez compris mon raisonnement. Il faut quand même que cette solidarité nationale joue d'abord, et l'Allemagne a fait beaucoup pour les länder de l'Est : elle ne peut pas faire pour le Péloponnèse, l'Algarve, la Calabre et d'autres l'effort qu'elle a fait pour le Mecklembourg, le Brandebourg, la Thuringe, la Saxe, etc. C'est tout à fait compréhensible."

 

Sur la règle d'or

 

"Les allemands l'ont décidée sans nous en parler. Il faut le dire, mais c'est la vérité, je le dis devant Monsieur l'ambassadeur, il faut que nos relations soient tout à fait claires et franches. Maintenant, quel est le mix de politiques budgétaires et de politiques monétaires que nous devons employer pour ressuciter la croissance en Europe ? Je dis que sans croissance, nous ne pourrons pas relever nos finances publiques, parce que pour rembourser la dette, il vaut mieux avoir des plus-values fiscales que des moins-values. Or, la récession, comme en Grèce qui aura perdu 10 points de son PIB, creuse le déficit et accroît l'endettement. C'est une spirale négative. Il faut imaginer un cercle vertueux."

 

Résumé de l'intervention de Reinhard Schäfers, ambassadeur d'Allemagne

 

"Il ne s'agit pas de sauver la Grèce, il faut le faire afin de stabiliser la zone euro et l'euro en tant que tel."

 

"L'État est toujours égoïste, comme ça a été défini il y a des siècles déjà. Un État n'est pas l'armée du salut."

 

Vous trouvez qu'on demande trop à l'Allemagne d'être l'armée du salut en Europe ?

"Absolument. Nous sommes des partenaires, il y a une solidarité qui règne entre nous. Monsieur Chevènement a fait référence au fait que l'Allemagne, sans se plaindre, pendant des décennies, a été contributeur net au budget de l'Union Européenne. Cette sorte de solidarité a quand même fait ses preuves pendant des décennies et on va continuer de le faire. Ce dont on parle aujourd'hui, c'est d'un autre ordre de magnitude."

 

"La sortie de la Grèce dans ces conditions aurait entraîné le risque grave de contagion à d'autres pays de la zone euro, ce qui aurait mis en péril immédiatement l'euro en tant que tel. Il ne faut pas faire le choix entre la solidarité en tant que tel et le calcul froid d'un État. Il faut voir que la raison l'a emporté."

 

Sur la question des garanties à apporter : "Il faut en débattre en transparence et en public. Et chez nous, ça se fait."

 

"On a compris, je crois, des deux côtés du Rhin, que notre destin est lié. Inextricablement. Cette crise, qui dure depuis 3 ans, l'a quand même prouvé. Tout le monde le ressent. Si ce pont entre Berlin et Paris n'était plus là, ce serait la fin de l'Europe."

 

Sur les récentes interventions de Jacques Delors, qui dit qu'il n'y a plus d'esprit collégial en Europe par la faute d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy : "Je crois que mon ami Monsieur Delors exagère un tout petit peu. Il y a cet esprit de solidarité. Regardez le calibre des défis auxquels nous sommes confrontés : on a bien fait, jusqu'ici. Avec peine, parfois, depuis 3 ans, tout le monde a fait des compromis. Nos points de départ, très souvent, à cause de nos attitudes générales, sont très différents quand même. Le président et la chancelière ont respectivement dû parcourir un chemin énorme, il faut s'en rendre compte. Le monde a changé, les marchés financiers nous chassent un peu d'une étape à l'autre, et avec ça, il faut en finir. Là, je suis absolument d'accord avec Monsieur Chevènement, il faut réfléchir là-dessus."

 

"On ne peut pas prévoir l'avenir. À mon avis, il faut un peu rompre la logique consistant à accumuler encore plus d'argent, plus de garanties. C'est un peu la panacée américaine qui n'a pas fonctionné chez eux. Là, je suis absolument franc : j'émets quelques doutes."

Publié dans Entretiens

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