Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Publié le par Yohann Duval

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Julien Arnaud sur LCI, ce matin.

La vidéo de l'entretien est disponible ici.

 

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Dominique Strauss Khan est rentré en France hier. D'après vous, est-ce que c'est un boulet pour le Parti Socialiste ou bien une bonne nouvelle ?

 

C'est une bonne nouvelle pour Dominique Strauss-Khan qui va pouvoir se reposer un peu. Je pense qu'il ne faut pas qu'il se précipite pour faire des déclarations s'il veut servir son parti.

 

Vous pensez qu'il peut reprendre des fonctions politiques importantes, nationales ? Qu'il devrait le faire, que la France en a besoin ?

 

Disons qu'il y a un moment où il faudra qu'il s'exprime. Peut-être sur "l'affaire", comme on dit, et ensuite sur la politique. Il a le droit d'avoir ses idées, même si ce ne sont pas forcément les miennes, je dois vous le dire. Mais il me semble que dans l'immédiat il vaudrait mieux respecter un peu son intimité. Cela a été une épreuve pour lui, on peut l'imaginer. Et pour d'autres, d'ailleurs.

 

Vous avez gardé des rapports avec lui, personnels, amicaux ?

 

Non. J'ai gardé le souvenir d'un ministre des finances agile intellectuellement, ayant beaucoup de facilités, avec la politique duquel - notamment industrielle : Alsthom à Belfort par exemple - je n'ai pas toujours été d'accord. Je pense qu'il se range parmi les fédéralistes à tout crin. Ce n'est pas vraiment mon cas. Je pense que l'Europe sera forte de ses nations, de l'entente de ses nations, et qu'on ne peut pas la coiffer par un mécanisme qui serait aux antipodes de la démocratie.

 

Une autre personnalité importante qui a marqué le week-end, c'est Jacques Chirac. On a appris plus précisément de quelle maladie il souffrait et c'est tombé à l'avant-veille de la reprise de son procès. Vous n'êtes pas un peu surpris par le côté tardif de cette annonce ?

 

J'ai eu l'occasion de voir Jacques Chirac il y a quelques semaines.

Ah oui ? Et comment vous l'avez trouvé alors ?

 

Sur le plan personnel c'est toujours un homme simple, très cordial. Je l'ai trouvé... peut-être un petit peu fatigué mais je pense qu'il y a de bonnes raisons de lui éviter cette comparution.

 

Il vous a semblé... pas en état de comparaître ?

 

Ce n'est pas à moi de me prononcer, je ne suis pas médecin.

 

On voit votre doute.

 

L'avis d'un médecin doit compter.

 

François Hollande s'est prononcé pour une modification du statut pénal du président, pour une fin de l'immunité complète. C'est à cause de cette immunité qu'on a attendu 12 ans pour faire comparaître Jacques Chirac. Est-ce que vous êtes favorable au changement de statut ?

 

Pas vraiment, parce que je pense que le président en exercice ne doit pas avoir de comptes à rendre à des juges. Sauf en cas de haute trahison, etc. Mais je pense qu'il faut savoir séparer le pouvoir durant la mandature du président. Et ensuite il peut rendre des comptes, ce procès se tient légitimement.

 

Donc il ne faut pas changer la règle ?

 

Même si Jacques Chirac ne comparaît pas, le procès peut se tenir.

 

Il faut qu'il aille à son terme, il ne faut pas arrêter les charges parce que c'était il y a trop longtemps ?

 

Non, non. Je pense que le procès doit avoir lieu. Il faut qu'il y ait une règle. Celle à laquelle on s'est arrêté, sur la base du rapport Avril, me parait tenir compte de toutes les nécessités.

 

Puisqu'on parle de règle, une autre règle dont on parle beaucoup en ce moment c'est la fameuse règle d'or. Ce week-end, Ségolène Royal et François Hollande ont dit qu'ils pourraient bien voter cette règle d'or mais après la présidentielle. Qu'est-ce que vous pensez de cette position qui dit qu'on ne la vote pas avant mais qu'on la vote après ?

 

Alors là je crois que c'est tomber dans le piège ouvert par Nicolas Sarkozy. Qu'est-ce que c'est que cette règle d'or ? C'est une programmation de l'austérité à perpétuité. Pour 3 ans, dans le cadre de lois cadres d'équilibre qui seront revues par le Conseil Constitutionnel... on n'y comprend pas grand chose, on devra donner à Bruxelles tous les éléments dès le mois d'Avril, et le Parlement qui, en principe, vote encore le budget, au mois de Décembre va se prononcer sur un texte qui aura été acté entre les oligarques de Bruxelles et les technocrates de Bercy. C'est la fin de la démocratie. Nous avons déjà perdu notre souveraineté monétaire avec le traité de Maastricht et maintenant, la suite logique c'est que nous perdions notre souveraineté budgétaire.

 

Ségolène Royal et François Hollande acceptent cette fin de la démocratie dont vous nous parlez ?

 

Je pense que même renvoyée à plus tard, la règle d'or est pernicieuse parce qu'elle désaisit le Parlement de son droit d'élaborer le budget, de son droit d'amendement, de proposition de lois, de son droit d'initiative, donc c'est vraiment rompre le fil ténu qui, comme le disait Hubert Védrine, relie encore l'Europe à la démocratie. Et puis la perspective, c'est la récession. Voyez la Grèce : produit intérieur brut, -5%. C'est la deuxième année de suite. La production grecque a diminué de 9%. L'Italie est stagnante. Regardez la contradiction des marchés : ils veulent serrer la vis, mais en même temps ils s'effrayent que la perspective de croissance ne soit pas au rendez-vous. L'incohérence est totale.

 

On voit bien que le sujet vous passionne, on voit bien votre opposition par rapport au P.S. là-dessus. Est-ce que cela veut dire que votre envie d'y aller vous-même à la présidentielle est en train de se renforcer ? Vous venez de dire que vous décideriez avant le 21 Décembre.

 

Absolument. Je reste fidèle à ce que j'ai dit : je me déciderai à l'automne. Mais moi cette règle d'or je l'appelle "règle d'airain". Règle d'airain parce qu'elle nous conduit au gouffre, qu'elle va dans le sens du triomphe des oligarchies financières et pas du tout de la démocratie, par conséquent j'aimerais que les candidats socialistes changent de logique. Pour rembourser la dette il y a deux méthodes. Soit vous serrez la vis et vous réduisez les budgets, soit vous avez un plan de croissance, vous avez des plus-values fiscales et à ce moment là vous pouvez réduire la dette.

 

En ce moment, la croissance on n'en parle pas trop.

 

C'est à cela qu'il faudrait réfléchir davantage. On peut imaginer un plan de croissance au niveau européen, vous savez il y a des marges pour les salaires. Même en Allemagne : c'est un pays où il y a beaucoup de pauvres, beaucoup d'inégalités. Donc on pourrait demander à l'Allemagne et à d'autres pays de faire un effort pour relancer la machine.

 

Il nous reste quelques secondes. Où en êtes-vous de vos parrainages ?

 

Eh bien, écoutez, ça monte. Trop doucement à mon gré mais ça monte quand même. Je vous renvoie à Jean-Luc Laurent, le président du Mouvement Républicain et Citoyen : c'est lui qui supervise tout cela.

 

En un mot est-ce que la présidence du Sénat pourrait vous intéresser, dans le cas évidemment où le Sénat passerait à gauche ?

 

Il faudrait que le Sénat passe à gauche et que les socialistes me le demandent. À ce moment là j'y réfléchirais.

 

Donc ça pourrait vous intéresser.

 

J'ai dit la condition, elle me parait... peu probable. Je vous rappelle que j'ai été élu sénateur contre un candidat UMP bien sûr, mais également contre un candidat socialiste qui s'est maintenu au deuxième tour.

 

Ils pourraient vous en tenir rigueur donc ?

 

Ah mais non. Ce qui est curieux c'est la rigueur qu'ils manifestent à mon endroit.

Publié dans Entretiens

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