Jean-Pierre Chevènement, invité de Public Sénat

Publié le par Yohann Duval

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Sonia Mabrouk, sur Public Sénat, Jeudi 8 Septembre.

La vidéo de l'entretien est disponible ici.

 

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On va commencer par l'actualité américaine, avec le discours à venir de Barack Obama sur l'emploi : 300 milliards de dollars devraient être annoncés pour relancer l'emploi dans une économie en panne. Est-ce qu'on a raison d'attendre religieusement en Europe le redémarrage de l'économie américaine ?

 

Religieusement... ça veut dire beaucoup de choses ! Je constate simplement que les américains relancent leur économie, 300 milliards de dollars, alors que partout en Europe, ce sont des plans d'austérité, des plans de rigueur, qui nous conduisent droit à la récession. Comment ne pas s'étonner de la différence entre ce qui se passe aux États-Unis, où naturellement il y a toujours la volonté de reprendre l'avantage sur une situation difficile, et en Europe où on serre la vis. On voit bien que cela ne conduit à rien sinon aux "indignados" dans la rue.

 

Question très difficile, en Grèce. Le plan d'aide à la Grèce justement vient d'être adopté par le Sénat tout à l'heure. Jean-Pierre Chevènement, en cas d'échec de ce plan de sauvetage, Jean-Pierre Jouyet, président de l'autorité des marchés financiers, juge envisageable la mise sous tutelle de la Grèce. Qu'en pensez-vous ?

 

J'en pense beaucoup de mal, quelque sympathie que j'aie personnellement pour Jean-Pierre Jouyet, parce que l'idée de mettre un peuple sous tutelle est une idée profondément réactionnaire, anti-démocratique. Je pense que le problème est celui de l'euro. Une monnaie unique mal conçue, dès l'origine. Une erreur de conception ! 17 pays très différents, hétérogènes, par leur structure économique, politique, culturelle, qu'on met ensemble, ça ne pouvait pas marcher. L'évolution a creusé les écarts, renforcé les forts, affaibli les faibles et nous nous trouvons dans une situation très difficile.

 

Est-ce que cette erreur de conception peut être fatale, est-ce qu'elle peut conduire à l'éclatement de cette zone euro ?

 

Malheureusement, oui. Alors je ne dis pas que c'est absolument inévitable : j'ai rencontré le premier ministre cet après-midi et je lui ai suggéré de regarder du côté de la Banque Centrale, qui a commencé à racheter des obligations italiennes et espagnoles pour faire tomber les taux d'intérêts auxquels ces pays sont obligés d'emprunter.

 

Il a été sensible à votre remarque ?

 

Il faut lui demander à lui. Disons que je lui ai donné les idées qui me venaient à l'esprit. J'ai répondu à ses questions : il m'a demandé quelles étaient les pistes qui pouvaient s'offrir dans mon esprit. Je pense que c'est un homme qui écoute, qui est attentif et je lui ai parlé évidemment du rôle de la Banque Centrale Européenne, qui est au coeur de l'architecture de la zone euro, puis d'autre part de la manière dont la dette est souscrite en France. Ce sont les banques qui ont le monopole de la souscription de la dette : ce qu'on appelle les obligations amortissables du Trésor. Pourquoi ne pas faire comme au Japon et offrir aux ménages la possibilité de souscrire des titres de dette de l'État ?

 

Vous lui avez donné beaucoup de conseils, vous lui avez peut-être aussi parlé de la règle d'or budgétaire...

 

Non ça c'est lui qui l'a posée, la question, mais il connaissait la réponse. Il savait que j'avais voté contre.

 

Vous ne l'avez pas convaincu des méfaits de cette règle budgétaire.

 

C'est à dire que je lui ai dit qu'elle était : 1- Récessionniste, 2-Anti-démocratique : elle prive le Parlement de son droit d'initiative, et qu'elle créé une rigidité tout à fait insupportable. Il aurait mieux fallu avoir un peu plus d'imagination. Donc nous n'avons pas perdu beaucoup de temps sur cette question. Nous avons parlé de choses plus sérieuses.

 

Vous donnez quelques pistes en étant dans l'opposition, peut-être que vous pouvez les donner en étant au pouvoir, d'ailleurs imaginons... vous avez dit que vous allez officialiser votre candidature à l'élection présidentielle d'ici à la fin de l'automne. Avant fin Décembre, je suppose. Qu'est-ce qui pourrait vous faire renoncer à y aller ?

 

J'ai toujours présenté ma candidature comme étant une candidature pédagogique, destinée à faire bouger les lignes, à mener en particulier des candidats qui se réclament de la gauche à prendre en compte la réalité. Je ne veux pas entendre parler de fédéralisme. Le fédéralisme ça veut dire quoi ? Ça veut dire coercition, ça veut dire fin de la démocratie, ça veut dire victoire des oligarchies de l'argent sur les Parlements, sur la démocratie, sur la volonté des peuples. Donc je pense qu'il y a de la part des socialistes, qui ne se sont pas encore prononcés, une mise à jour absolument nécessaire. Assez de psittacisme ! Le psittacisme, si vous l'ignorez, c'est le langage des perroquets, donc nous aimerions que Monsieur Hollande, Madame Aubry, Madame Royal... je fais une exception pour Monsieur Montebourg...

 

Ah, une exception ? C'est un coup de coeur, c'est peut-être votre candidat, d'ailleurs, au PS ?

 

C'est l'un des rares qui ait commencé à réfléchir.

 

C'est le candidat qui mène la meilleure campagne au Parti Socialiste selon vous ?

 

Je ne veux pas intervenir dans la campagne du Parti Socialiste. Vous savez que je pratique le principe de la non-ingérence. En tous domaines.

 

Non ingérence, mais peut-être votre réaction ce soir sur la mise en examen de Jean-Noël Guérini : quelle est votre réaction ? Est-ce que vous dites aussi, comme le dit Harlem Désir, que c'est la fin d'un système ?

 

Écoutez, c'est le système du Parti Socialiste. Il y a partout des baronnies.

 

Le système de Guérini est celui du Parti Socialiste ?

 

Il y a des baronnies partout, il n'y en a pas que dans les Bouches-du-Rhône. Évitons de se cristalliser sur un seul département. Il y a partout de grands féodaux qui disposent d'une clientèle de locataires, de prestataires divers...

 

Il y en a d'autres où il va falloir faire le ménage alors.

 

Non mais ça c'est un problème qui devrait être posé en pleine lumière. Alors vous posez la question de Monsieur Guérini. Il est sénateur depuis très longtemps, depuis au moins 1998 si je ne me trompe pas, il est aussi premier secrétaire de la fédération des Bouches-du-Rhône et même président du conseil général.

 

Tout à fait.

 

C'est à lui qu'il appartient de tirer les conclusions. Je dirais qu'une mise en examen ne signifie pas que la présomption d'innocence disparaît. C'est à lui, en son âme et conscience, de décider ce qu'il doit faire. Ce n'est pas à moi, qui n'appartient pas au même parti que lui, de me substituer à lui. Qu'il fasse ce qui lui parait honorable.

 

Vous avez rappelé ce soir vos différences avec le Parti Socialiste sur ce sujet, et d'autres. Un mot sur les élections sénatoriales. On vous prête l'ambition de vous présenter à la présidence du Sénat. C'est une rumeur, une réalité ?

 

Je ne sais pas qui a dit ça, je ne l'ai jamais dit. Je suis très calme. Je n'y pense pas, il faudrait que l'on fasse appel à moi. Je ne crois pas que quelqu'un ait l'idée de faire appel à moi pour le moment. Donc je suis très calme.

 

J'imagine que vous avez un candidat à la présidence du Sénat.

 

J'attends de voir quel sera le résultat des élections sénatoriales.

 

Vous attendez de faire bouger les lignes. Vous attendez les résultats...

 

Non mais j'attends le résultat des élections sénatoriales. Vous me demandez si j'ai un candidat. Je n'ai pas de candidat pour le moment, je n'ai parlé à personne. Je suis muet comme une carpe. Et il y a beaucoup de gens qui parlent à ma place, tout à fait à tort et ils ne sont mandatés par personne.

La stratégie du silence, alors.

 

Si vous voulez.

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