Jean-Pierre Chevènement, invité du Talk Orange - Le Figaro

Publié le par Yohann Duval

Jean-Pierre Chevènement était l'invité du "Talk" Orange - Le Figaro aujourd'hui.

Au menu : crise de l'euro, primaires socialistes et éducation nationale.

 

 

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Vous êtes sénateur, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen, et peut-être candidat à la présidentielle de 2012. Vous vous êtes donné jusqu'au 21 Décembre pour vous décider. Est-ce que votre réflexion a avancé, et dans quel sens ?

 

J'ai toujours dit que je me déciderai à l'automne. Je sais qu'une campagne présidentielle, c'est assez long, il faut partir au bon moment. Quand les gens se posent vraiment la question.

 

Et là c'est plutôt oui, plutôt non ?

Ici, on voit bien qu'il y a un espace politique qui s'ouvre. La crise de l'euro, malheureusement, est là. Je l'avais prévue depuis le départ. J'ai quand même été l'un de ceux qui ont combattu le traité de Maastricht.


On va en parler mais sur votre candidature, la crise de l'euro vous incite à vous présenter ?

 

Je pense que si les autres candidats de gauche n'ont pas des propositions plus performantes, qui nous permettent de sortir de l'impasse où nous sommes, ce sera un devoir.

 

Là, on entend moins parler d'idées que d'affaires, dans cette pré-campagne...


C'est bien triste.

 

Oui c'est bien triste, mais François Mitterrand figure, avec d'autres présidents, parmi les présidents que Robert Bourgi accuse d'avoir bénéficié des largesses de certains régimes africains. Est-ce que vous avez eu connaissance, vous qui avez été ministre de François Mitterrand, de ces échanges de mallettes ?

En aucune manière, et je ne vois pas cela. Pour des raisons d'abord esthétiques, et ensuite cela me parait vraiment... des affabulations. Ce monsieur sait alors des choses qu'il ne révèle qu'aujourd'hui... moi je ne les connais même pas. J'ai vu qu'il incriminait d'autres personnalités politiques, ça oui.

 

Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Georges Pompidou même. Jean-Marie Le Pen...

 

Oui mais tout cela mérite d'être étayé par autre chose que des souvenirs opportunément révélés à la veille d'une campagne présidentielle. Et pour quelle raisons ?

 

Selon vous, pour quelles raisons ?

 

Je l'ignore. Je suis entièrement étranger à ce genre de choses.


On va parler d'un sujet, de fond celui-là, et qui intéresse tous les français : la délinquance. Nicolas Sarkozy était en Seine-et-Marne ce matin et il a fait des propositions, on l'écoute. "Diversifier la réponse pénale pour les mineurs, c'est aussi permettre que les auteurs de délits moins graves puissent accomplir pendant quelques mois un service citoyen dans le cadre d'un établissement d'insertion de la défense. (...) Cette période au cours de la quelle le primo-délinquant mineur sera soumis, disons les mots, à une discipline stricte. Et ça lui fera le plus grand bien ! C'est le sens de la proposition de loi qui sera débattue prochainement au Parlement et qui a tout mon soutien". Alors est-ce que cette proposition a votre soutien ?

 

Écoutez, les effectifs de l'armée française sont plus réduits qu'ils ne l'ont jamais été depuis Louis XIV. Je pense qu'on ne peut pas demander ça aux militaires. Ce qu'on peut faire, c'est demander à d'anciens militaires ou à des enseignants, ou d'anciens enseignants, disponibles, d'encadrer ces jeunes. Il y a une expérience que j'ai favorisé à Belfort : l'établissement public d'insertion de la défense, qui est une réussite. Je peux en témoigner, ça fonctionne. Alors ça fonctionne sur la base du volontariat. Est-ce que ça peut fonctionner sur de jeunes délinquants ? Il faudrait que ce soit une indication plus qu'une sanction.

 

C'est une proposition du député Éric Ciotti, mais en fait c'était déjà une idée lacée par Ségolène Royal en 2007. En 2007, vous la souteniez, c'était la candidate qui avait votre préférence. Aujourd'hui c'est plutôt Arnaud Montebourg, si j'ai bien compris. Pourquoi ce changement ?

 

Non, je crois qu'il ne faut pas confondre. En 2007, il y avait eu un accord politique entre la candidate désignée par le Parti Socialiste, 66% des voix, et le Mouvement Républicain et Citoyen, qui prévoyait notamment la diversification des missions de la Banque Centrale Européenne : qu'elle soutienne la croissance et l'emploi. Ségolène Royal a dans un premier temps soutenu cette proposition, qui a été balayée au congrès du Parti Socialiste Européen à Porto en Janvier 2007. Maintenant, je regarde comment se déroulent les primaires. Moi, je ne suis pas parti des primaires socialistes, sinon je serais l'otage de ces primaires. Je vois qu'il y a quand même un candidat qui se rapproche des thèses que j'ai défendues, notamment sur ce point, qui est un critique de la mondialisation libérale : c'est Arnaud Montebourg. Mais je le constate, c'est un fait. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas de sympathie pour d'autres, mais c'est un concours de beauté ces primaires. Ils ont tous le même programme, on ne voit pas tellement la différence entre eux.

 

On va peut-être voir ces différences Jeudi soir, puisque Jeudi soir c'est le premier débat télévisé entre les candidats à la primaire socialiste. Qu'est-ce que vous en attendez ?

 

Je les incite à faire preuve d'imagination. Ils sont dans une situation tout à fait inédite. On ne peut pas se comporter comme si on était un candidat, je dirais... à une présidence routinière. Non. Il va y avoir des choix qui seront décisifs pour l'avenir de la France. Ou bien on est capable de remonter la pente, et de rompre avec une parité monétaire surévaluée qui étouffe notre industrie, qui provoque les délocalisations, le chômage... regardez encore Peugeot, qui vient d'annoncer un tour de vis qui vient frapper nos régions, en particulier Belfort-Sochaux-Mulhouse... il faut à mon avis sortir de l'étouffoir dans lequel nous sommes. Je crois que la crise de l'euro peut permettre des changements décisifs : soit qu'on modifie l'architecture de la zone euro, et que par exemple on donne à la Banque Centrale la possibilité de racheter beaucoup plus largement les titres de dette des états sous tension, comme aux États-Unis, dans les mêmes proportions, 10 fois plus.

 

Est-ce qu'il faut nationaliser les banques françaises en difficulté ?

 

Vous savez, Charles de Gaulle les avait nationalisées à bon escient en 1945, il faudrait y revenir.

 

Donc la réponse est oui.

 

On peut le faire sous la forme d'un contrôle public, avec des actions donnant des droits de vote multiples pour l'État.

 

C'est à dire sans prise de participation ?

 

Si, avec une prise de participation au capital, minoritaire sur le plan du capital mais qui donnerait la majorité sur le plan des droits de vote.

 

C'est aussi une proposition sur laquelle Arnaud Montebourg est allé. Il est même allé plus loin puisque lui je crois qu'il veut nationaliser sans contrepartie.

 

Ça coûterait un peu plus cher. Ma proposition est plus respectueuse des finances publiques.

 

Est-ce qu'avec Arnaud Montebourg, un accord est envisageable : soit que vous appeliez à voter pour lui si vous ne vous présentez pas vous-même, soit que vous cherchiez à vous présenter ensemble ?

 

Mais Arnaud Montebourg est engagé dans des primaires, et naturellement il soutiendra le candidat qui sera désigné. Lui de préférence, de son point de vue, mais il est dans une mécanique où j'ai refusé de me mettre.

 

On parle de propositions concrètes, François Hollande en a quand même fait une dernièrement sur l'éducation : il propose de recréer tous les postes de professeurs supprimés depuis 2007. Est-ce que c'est une bonne réponse aux failles du système éducatif ?

 

Je pense qu'il y a certainement des postes à créer, ne serait-ce pour donner à l'école primaire et aux écoles maternelles les moyens de lutter contre l'échec scolaire, qui est très précoce.

 

Dans le secondaire ça va, en termes d'effectifs ?

 

Non, je ne dis pas cela non plus, mais il faut regarder de plus près. Je ne veux pas prendre d'engagements chiffrés. Par contre, dans le supérieur, si nous voulions porter la moitié d'une classe d'âge au niveau d'un diplôme à bac+3, comme nous nous y étions engagés au sommet de Lisbonne, 2000, il faudrait aussi créer des postes.

 

En 1985 vous aviez même dit que vous souhaitiez que 80% d'une classe d'âge atteigne le niveau du bac. Depuis vous avez regretté l'usage qui a été fait de cette formule.

 

Parce que les gens n'ont pas compris, mais c'était très clair : le niveau du bac c'est pas le bac. Je n'étais pas partisan de "donner" le bac.

 

C'est ce qui s'est passé.

 

Non. On était de moins de 40% en 1984 à près de 70% en 1995. Et depuis lors, c'est la panne. Notre école est en panne. Mais mon mot d'ordre était tout à fait judicieux : il a permis le doublement du nombre des lycéens et des étudiants.

 

Oui, mais avec quels résultats sur le marché de l'emploi ? Est-ce que plus de bacheliers ça a fait moins de chômeurs ?

 

Vous croyez qu'il aurait suffit de former des gens pour qu'ils trouvent du travail ? Non. Malheureusement, il y a la machine économique, il y a la politique économique.

 

Justement, est-ce que le bac est la formation la plus adéquate...

Le bac permet d'aller plus loin.

 

On manque de techniciens...

 

Eh bien les techniciens, il faut d'abord qu'ils aient leur bac. Avant de faire un IUT ou un STS, il faut avoir son bac.

 

Vous en restez au bac.

 

Non, le bac est la voie de passage obligée. C'est le grand diplôme médian. Après le bac, il y a encore d'autres qualifications, d'autres formations, qu'il faut pousser aussi loin que possible, parce que le bon niveau de formation d'un peuple est un avantage comparatif sans égal dans la compétition mondiale.

 

Dernière question parce que le temps nous manque : Paul-Marie Couteaux qui a été un de vos collaborateurs, et qui vous a soutenu d'ailleurs à la présidentielle de 2002, a affiché dimanche dernier son soutien à Marine Le Pen. Est-ce que vous comprenez son choix ?

 

Non. Vous savez que Paul-Marie Couteaux était un député pasquaien. Il m'a soutenu en 2002. Ensuite il est allé avec monsieur De Villiers.

 

Il a travaillé à vos côtés.

 

Il a travaillé à mes côtés... je n'ai pas le souvenir qu'il ait beaucoup travaillé. Enfin, il a apporté son soutien en 2002 et j'acceptais les soutiens de gens qui venaient d'ailleurs. Je pense que pour remonter la pente, la France aura besoin de rassembler. Mais Paul-Marie Couteaux, son itinéraire c'est ensuite monsieur De Villiers, puis je constate son ralliement à madame Le Pen. J'espère que ça le ramènera au parlement européen, pour lui, ça semble être son souci. Mais il ne m'engage pas, je tiens à le dire. Il n'engage que lui.

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