Jean-Pierre Chevènement n'est plus candidat. Quel avenir pour ses idées ?

Publié le par Yohann Duval

Sans surprise, Jean-Pierre Chevènement vient de renoncer à être candidat à l'élection présidentielle de 2012. Faute de moyens, financiers ou médiatiques, cette "candidature pédagogique" qui devrait "faire bouger les lignes" n'a su trouver l'espace politique dans lequel elle aurait pu prospérer. Faut-il pour autant en conclure que les analyses du sénateur belfortain ne sont plus d'actualité ?

 

 

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Un discours toujours pertinent

La réponse est évidemment négative : la crise que traverse actuellement la zone euro donne raison à celui qui, en 2002 et même bien avant, mettait en garde ses concitoyens contre l'omniprésence des marchés financiers, contre les politiques anti-sociales menées au nom d'une Europe idéalisée, contre les inconvénients d'une Banque Centrale Européenne indépendante ou contre les conséquences dramatiques du choix d'une monnaie forte sur la croissance et sur l'emploi.

Sa critique des ravages de l'idéologie européiste est plus que jamais légitime. Certes, cette religion qui a provoqué la misère et le chômage dans les pays du Sud, qui souhaite placer certaines nations sous tutelle et qui humilie les peuples en niant les résultats de l'expression populaire quand elle ne leur interdit pas purement et simplement de prendre la parole, trouve aujourd'hui encore des soutiens parmi ses apparatchiks. Un peu comme l'Union Soviétique en trouvait parmi ses gérontocrates juste avant sa chute. Le combat est difficile mais il mérite d'être mené.

Pour une Europe réaliste

En 1992, les partisans du traité de Maastricht raillaient la "ringardise" des discours du sénateur de Belfort. Pas assez enthousiaste quand on lui promettait la lune et des millions d'emplois par la simple création d'une monnaie unique. Pas assez naïf quand on lui expliquait que l'Europe, c'était la prospérité et la paix pour mille ans. Trop clairvoyant quand on lui racontait que la mondialisation serait inévitablement heureuse, que le concept de nation n'avait plus de sens et que nous étions désormais tous des "citoyens du monde".

20 ans plus tard, les eurolâtres ont mangé leur chapeau étoilé. Certains ont l'honnêteté de reconnaître avoir été dupés par l'optimisme des discours qui régnaient alors. D'autres tentent désespérément de se désolidariser des crimes contre la démocratie, commis au nom de cette U.E., auxquels ils ont pourtant participé avec le plus grand enthousiasme. Le "Che", de son côté, poursuit son travail et lutte pour recoller les morceaux. Il veut remettre la construction européenne sur de bons rails, car il n'a rien d'un europhobe. Il espère simplement la faire renouer avec la réalité.


Pour cela, il écrit, beaucoup et bien. Il organise des colloques, des conférences, tente de se faire entendre. Que nous dit-il, aujourd'hui ? Que l'austérité généralisée mène le continent vers l'abîme, qu'une monnaie trop forte asphyxie notre économie et notre industrie, que les nations doivent conserver leur souveraineté budgétaire et fiscale et qu'une autre Europe, plus respectueuse de ses citoyens, est possible. Pour ce faire, il est indispensable de rompre avec certains dogmes, tels que celui du libre-échange ou celui de la monnaie unique.

"Etiam mortuus, redeo"

La candidature de Jean-Pierre Chevènement n'est plus, mais ses idées - claires, fortes et précieuses en ces temps troublés - demeurent. Certains "petits" candidats (comme Nicolas Dupont-Aignan ou Jean-Luc Mélenchon) l'ont compris depuis longtemps. Les prétendus "grands" seraient bien inspirés de ne pas les négliger... à moins, bien sûr, de vouloir prendre le risque de perdre 20 ans de plus.

 

Publié le 02/02/2012 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Présidentielle 2012

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