L'amalgame pour lutter contre l'extrême-droite : une démarche contre-productive

Publié le par Yohann Duval

Le drame survenu sur l'île d'Utøya est l'un de ces crimes odieux qui suscitent l'effroi et le dégoût. Face à la barbarie, toute condamnation parait superflue tant elle est évidente ; il est indécent d'envisager la récupération politique d'un tel événement.

 

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Après avoir, comme souvent, dans un premier temps envisagé la piste islamiste (réflexe pavlovien ?), les médias ont dû se raviser lorsque la police d'Oslo a annoncé l'arrestation de l'auteur présumé de la fusillade meurtrière : un norvégien présenté comme un "fondamentaliste chrétien" avec "certains traits politiques penchants vers la droite", "hostile au multiculturalisme" ou ayant plus simplement des "sympathies" pour l'extrême-droite. Peu de temps après ces révélations, nous avons pu assister sur Twitter et sur divers blogs à la manifestation d'une sordide réjouissance en provenance principalement de militants de gauche, en vertu du principe suivant : "L'assassin présumé est d'extrême-droite, par conséquent les partisans de l'extrême droite sont tous des assassins potentiels. Voilà de quoi nous aider à les combattre !"

 

Instrumentaliser ce massacre est indigne

 

Ces pourfendeurs de la peste brune aux idées courtes ont trouvé dans ce carnage le moment idéal pour régler certains comptes. Outre le Front National, ce sont tous les prétendus "agents de notabilisation" de l'extrême-droite qui ont alors été pointés du doigt : Eric Zemmour, Ivan Rioufol, Elizabeth Lévy voire Claude Guéant ou Nicolas Sarkozy. Un amalgame complet, absolument scandaleux dans son principe même ; il faut croire que pour combattre certains adversaires politiques, tous les coups sont permis. Au seul prétexte qu'ils se déclarent ouvertement de droite, qu'ils combattent l'immigration ou qu'ils rejettent certaines dérives de la mondialisation, nous pourrions les considérer comme des crypto-fascistes et les lier de près ou de loin à la tuerie du 22 Juillet ?

 

Non. Le débat démocratique, ce n'est pas cela. Les individus se proclamant "de gauche" qui, par paresse, se refusent à mener le combat des idées et profitent de la sorte d'un événement aussi dramatique afin de trouver des munitions pour partir à l'assaut d'une "extrême-droite" très souvent fantasmée me répugnent tout autant que ceux qui font l'amalgame entre les musulmans et les terroristes islamistes. Non content de développer des raisonnements construits sur des bases extrêmement fragiles voire résolument fallacieuses, ils ne font qu'accroître l'attractivité des idées contre lesquelles ils luttent.

 

Si l'intégrisme religieux et l'extrême-droite doivent être combattus, il ne faut pas pour autant utiliser des armes qui nous déshonorent. Instrumentaliser un massacre pour faire passer un message politique est détestable, même dans les cas où les opinions défendues au départ sont les plus légitimes. Les affrontements démocratiques se font par les mots, par le débat, mais pas par la diffamation, la haine ou les provocations.

 

Lutter contre l'extrême-droite demande exigence et persévérance

 

La stratégie de diabolisation du FN a fait depuis longtemps les preuves de son extraordinaire inefficacité. Après quasiment 30 ans de diffusion d'une pensée consistant à rendre inacceptable la moindre des idées qu'il défend, nous observons en effet que le parti fondé par Jean-Marie Le Pen séduit désormais près d'un français sur cinq. Il est devenu difficile de se cacher derrière l'idée d'un vote simplement protestataire pour décrire cet incontestable succès électoral. Comment donc expliquer ce phénomène ?

 

L'adhésion aux idées frontistes est due à plusieurs erreurs fondamentales des partis de gouvernement : l'abandon des classes populaires par la gauche depuis l'ouverture de la parenthèse libérale de 1983 (jamais refermée), la confondante naïveté des élites à propos des indéniables problèmes que posent l'insécurité, la mondialisation et l'immigration, et enfin la capitulation de la quasi-totalité de la classe politique française devant un idéal européen magnifié, qui nie l'existence des nations ou contribue à les dévaloriser.

 

Ce n'est pas en lançant des anathèmes, en usant de procédés indignes ou en méprisant ses électeurs que l'on diminuera la portée des thèses du Front National. Au contraire, cette attitude contre-productive ne fera que les rendre sympathiques aux yeux des électeurs lorsqu'ils se poseront en victimes d'un système brimant les opinions divergentes. Le véritable moyen de faire reculer leurs idées anti-républicaines est de débattre sur le fond et de s'attaquer à la racine aux véritables problèmes du pays. Pour cela, quelques propositions simples :

 

- ne pas hurler au fascisme à tout bout de champ, décrypter calmement leurs discours et leur opposer des arguments clairs

- admettre que leurs constats ne sont pas toujours erronés, expliquer en quoi leurs solutions sont inadaptées et se donner les moyens de mener des politiques efficaces

- redonner des perspectives d'avenir à la France, faire confiance à son peuple, lui rendre sa souveraineté et respecter ses choix

2012, c'est demain, mais il n'est pas trop tard pour s'y préparer.

 

Publié le 25/07/2011 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

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