L'heure des beaux discours

Publié le par Yohann Duval

Dimanche 22 Janvier, c'était le jour des grand-messes. Du côté du Parti Socialiste, finies les hésitations : François Hollande avait décidé de lancer pour de bon sa campagne et il comptait bien le faire savoir. À l'issue d'un grand spectacle à l'Américaine, il prononçait un discours dont la forme était évidemment irréprochable : bien rythmé, bien écrit, il n'appelait pas la critique sur le plan purement technique. Et sur le fond ? De belles envolées, un chapelet de mesures, une volonté affichée de ne pas abandonner les ouvriers et les employés au Front National et de remettre au pas le "monde de la finance"... un soupçon de République, une pincée de nation... les paroles étaient fortes, enthousiastes, optimistes et probablement sincères, mais voilà : l'ensemble peinait à convaincre totalement.

 

 

 

 

Ah, on aimerait y croire, à ce "rêve Français" ! Vraiment, on aimerait croire qu'un homme qui a soutenu le traité de Maastricht, qui a défendu le traité constitutionnel européen et qui a voté en faveur du traité de Lisbonne prendrait enfin conscience que les illusions sucrées aux conséquences sociales salées qui ont accompagné la "construction européenne", cheval de Troie d'un euro-libéralisme triomphant, sont désormais derrière nous et qu'il est grand temps d'affronter la réalité telle qu'elle est, et non telle qu'on aimerait qu'elle soit. On aimerait le croire ! Mais dans ce discours, nulle trace de la crise de la monnaie unique. Nulle trace d'une remise en cause des fondements pourris sur laquelle s'est bâtie cette maison instable appelée "Union Européenne". Rien. Rien d'autre que la triste perspective d'espoirs immanquablement déçus.

 

 

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Pour entendre un discours alternatif, ancré dans le réel, il fallait plutôt filer du côté de la station "Bonne nouvelle". Dans un théâtre du Gymnase bondé, Nicolas Dupont-Aignan avait décidé d'organiser son premier grand rassemblement de campagne. Moins de moyens, moins de militants, moins d'illusions, mais pas moins d'entrain ou d'invités de qualité : il suffisait d'entendre la gouaille communicative d'un Nigel Farage, qui reconnaît lui-même être plus connu grâce à aux vidéos de ses interventions au parlement européen qui circulent sur YouTube que par l'intermédiaire de son travail de parlementaire, pour prendre conscience que tout reste à faire, que rien n'est figé et que les nations européennes ne sont pas condamnées à subir les errements d'une Union Européenne bâtie, en dépit du bon sens, contre les peuples. "We want France to be french !", clamait-il sur le ton de l'évidence. Et s'il ne tenait qu'à nous de reconstruire une autre Europe, en s'appuyant sur des nations libres ?

 

 

 

 

L'intervention du président de Debout La République qui suivait s'attaquait donc fort logiquement à la racine d'une grande partie des problèmes actuels : la tutelle d'une caste non-élue, qui s'arroge le droit de régenter nos vies avec la complicité de dirigeants dociles, sincèrement aveuglés par la belle idée d'Europe ou cyniquement motivés par la défense d'intérêts particuliers. Face à cette oligarchie des incapables dont l'idéologie libre-échangiste, mondialiste et européiste a échoué, que proposer ? Un changement de perspective total : la remise en cause des traités européens existants et de l'euro, monnaie chère qui asphyxie notre économie, un protectionnisme intelligent et raisonné, une défense de l'intérêt général et des services publics, le tout accompagné d'un impératif de justice sociale. Le discours est clair et se veut rassembleur. Les sondages ne sont pas à la hauteur ? Peut-être, mais avant d'espérer les victoires électorales, il faut d'abord gagner la batailles des idées.  La France est dans une impasse, mais grâce aux petits candidats que sont Nicolas Dupont-Aignan ou Jean-Pierre Chevènement, son cœur républicain bat encore. L'espoir, le rêve Français, il est là et nulle part ailleurs.

Publié dans Présidentielle 2012

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