L'impardonnable mensonge de Jérôme Cahuzac

Publié le par Yohann Duval

Jérôme Cahuzac a menti. Cette fois, le doute n'est plus permis : le principal intéressé a reconnu sur son blog qu'il avait volontairement trompé les Français.

 

 

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Les faits

 

L'affaire Cahuzac a éclaté grâce aux révélations du site Mediapart, qui affirmait que l'ex-ministre avait possédé un compte bancaire non déclaré en Suisse. L'accusation semblait assez crédible pour que le procureur de Paris engage une enquête préliminaire concernant un possible "blanchiment de fraude fiscale". Pour Vincent Drezet, le secrétaire général de Solidaires Finances Publiques (principal syndicat de Bercy), "le blanchiment consiste à réinjecter dans l'économie le fruit d'une opération illégale, en l'occurrence des sommes d'argent gagnées grâce à de la fraude fiscale". En d'autres termes, il était reproché à Jérôme Cahuzac d'avoir voulu dissimuler des sommes pour les soustraire à l'impôt.

 

Nous savons désormais que ces accusations étaient fondées : c'est l'ex-ministre en personne qui a reconnu les faits. "Dévasté par le remords", il évoque une "lutte intérieure" qui l'aurait conduit à s'engager dans une "spirale du mensonge". Difficile de croire pleinement à la sincérité des aveux de quelqu'un capable de mentir effrontément, à de multiples reprises, au président de la République, à l'Assemblée Nationale et aux Français...

 

 

 

 

La "République irréprochable", c'est pour quand ?

 

Cet épisode stupéfiant démontre l'immoralité d'une certaine classe politique, si prompte à donner des leçons mais qui s'estime hors de portée des lois conçues pour le commun des mortels. Les deux "grands partis", PS et UMP, sont gangrenés par les affaires : Guérini, Andrieux ou Dallongeville d'un côté ; Woerth, Lagarde ou Sarkozy de l'autre... le nombre de dossiers en cours est impressionnant et risque de provoquer bien d'autres séismes à l'avenir. Il y a, certes, ici ou là des élus issus de ces formations qui tentent de faire bouger les choses. Mais qu'ils cherchent la petite bête, comme René Dosière dans l'Aisne, et c'est l'exclusion...

 

Notre République a besoin d'un grand coup de balai. Les conflits d'intérêts, copinages et malversations nuisent à la crédibilité de l'ensemble du monde politique, du plus haut responsable au militant de base. Le bipartisme crétin, renforcé par des modes de scrutin iniques, permet à des personnes pas toujours irréprochables de décrocher des postes de pouvoir et de les conserver ad vitam æternam grâce à leur seule étiquette. Les dérives ne sont alors jamais loin.

 

Un changement s'impose

 

Nous devons remercier les journaux et associations, comme Mediapart ou Anticor, qui luttent chaque jour pour mettre en lumière les égarements de nos élus. La manière de travailler d'Edwy Plenel et son amour des coups médiatiques peuvent sans aucun doute être critiqués. Pour autant, les attaques dont il a été la victime au nom d'une conception dévoyée de la présomption d'innocence n'avaient bien souvent rien de légitimes. Elles étaient davantage le reflet d'un sentiment partagé d'impunité, voire d'une connivence malsaine. On versait même dans l'absurde quand Jean-Michel Aphatie parlait de "barbarie" et de "totalitarisme".

 

Alors, "tous pourris" ? Certainement pas. Mais plus que jamais, nous avons besoin d'une autre politique, d'un minimum de pluralisme, d'un contrôle accru des citoyens sur leurs élus et d'une plus grande transparence. Pas facile, c'est le moins que l'on puisse dire. Cela n'a pourtant rien d'inconcevable.

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