La crise de l'euro selon Jacques Sapir

Publié le par Yohann Duval

Longtemps ignoré des grands médias nationaux (en dehors des colonnes de Marianne), Jacques Sapir se fait de plus en plus présent à mesure que la crise s'amplifie. Ses analyses sont désormais accessibles à un plus large public : une bonne nouvelle, tant ses raisonnements ont pu paraître éclairants par le passé.

 

 

sapir.jpg


 

Cette semaine, il a publié une réflexion en 4 parties sur la crise que traverse l'euro et sur l'avenir de la monnaie unique, simple avant-goût de son nouveau livre qui devrait être disponible dans le courant du mois de Novembre. Vous retrouverez ces articles ici :

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

Il a également participé à une séance de questions-réponses pour Le Monde. Vous trouverez cet échange ici :

 

"La dette grecque est aujourd'hui absolument impossible à rembourser"

 

Enfin, il était l'invité de "Mots Croisés" sur France 2, Lundi 19 Septembre, en compagnie de Christian Estrosi, Jérôme Cahuzac, Philippe Dessertine et Marine Le Pen.

 

Regardez l'émission complète ou uniquement ses interventions.

 

Que retenir de tout cela ? Pour Jacques Sapir, la Grèce fera, quoi qu'il arrive, défaut sur une grande partie de sa dette (au moins 50%). Que faire après le défaut ? D'après lui, le retour à une monnaie nationale est inévitable, accompagné d'une dévaluation de l'ordre de 40 à 50% par rapport à l'euro. Cela pourrait provoquer une contagion au Portugal et à l'Espagne à brève échéance.

 

De manière générale, il envisage plusieurs hypothèses concernant l'avenir de la zone euro :

- une sortie de l'Allemagne de la zone : très peu probable pour des raisons politiques

- une mutualisation et/ou une monétisation des dettes nationales : improbable là aussi pour des raisons politiques (l'opinion allemande devenant assez hostile à l'idée de payer pour d'autres), mais surtout pour des raisons juridiques (les arrêts de la cour constitutionnelle de Karlsruhe plaident clairement en défaveur de cette solution)

- un saut fédéral : l'hypothèse est sérieusement envisagée par différents partis (UMP, PS et SPD en tête), mais ce saut, s'il devait être effectué rapidement, serait par définition anti-démocratique (compte tenu de l'urgence, difficile d'imaginer comment les peuples pourraient être consultés à ce sujet), ce qui risquerait d'ouvrir la voie à l'expression de tous les extrémismes et de tous les nationalismes

- un passage à une monnaie commune (thèse défendue notamment par le M.R.C. et D.L.R.) : l'idée fait son chemin et c'est cette solution qu'il privilégiait par le passé, mais il estime aujourd'hui qu'il faudrait trop de temps pour qu'elle devienne applicable

- une auto-dissolution : solution qu'il juge la plus raisonnable, consistant à rétablir des monnaies nationales et à fixer leurs taux de change de manière concertée et ordonnée, pour éventuellement reconstituer une union monétaire (vraisemblablement une monnaie commune) après la crise

- un éclatement de la zone : la solution qu'il estime la plus probable et la moins souhaitable, car se déroulant dans la désordre et dans des conditions politiques dangereuses

 

Nous voyons donc qu'il n'existe à ses yeux plus réellement de "bon" choix et que l'euro ne peut plus être sauvé... il impute l'échec de la monnaie unique à la stratégie des fédéralistes européens, qui ont tenté d'imposer à des peuples qui n'en voulaient pas une "construction" basée sur la ruse. Il qualifie de "fédéralisme furtif" cette méthode consistant à créer des situations volontairement déséquilibrées, génératrices de crises nécessitant des solutions conduisant à toujours plus d' "intégration". Cette stratégie avait d'ailleurs déjà été dénoncée par les partisans du Non à Maastricht, comme en témoigne cet extrait du discours de Philippe Séguin du 5 Mai 1992 :

 

"Car le pouvoir qu'on enlève au peuple, aucun autre peuple ni aucune réunion de peuples n'en hérite. Ce sont des technocrates désignés et contrôlés encore moins démocratiquement qu'auparavant qui en bénéficient et le déficit démocratique, tare originelle de la construction européenne, s'en trouve aggravé. Dans ces conditions, un véritable fédéralisme, avec son Gouvernement, son Sénat, sa Chambre des représentants, pourrait demain apparaître comme un progrès, sous prétexte qu'il serait alors le seul moyen de sortir de l'ornière techno­cratique dans laquelle nous nous serions davantage encore embourbés."

 

Jacques Sapir prévoit que la crise terminale de la zone euro commencera au plus tard en Mars 2012, lorsque les feux des projecteurs se détacheront de la Grèce pour se focaliser sur l'Espagne. Il sera alors temps de tirer les conséquences politiques de cet échec :

 

"Mais sur le fond toutes ces incompétences renvoient en réalité à un projet politique. Ce projet qui avait été refusé lors du référendum de 2005, que ce soit en France ou aux Pays-Bas, et que l'on a cherché à imposer malgré tout via la notion de contrainte économique."

 

"Ce déni de réalité est en train de se fissurer, mais quand la crise de l'euro va éclater ce qu'elle fera de manière inévitable d'ici quelques mois au plus, elle se doublera d'une crise politique majeure dans notre pays, car les électeurs et la population pourront à bon droit demander des comptes à nos gouvernants ainsi qu'à une partie de l'opposition, pour ne pas avoir su anticiper la situation. On sait que gouverner, c'est prévoir ; la classe politique française, en se refusant à prévoir l'hypothèse d'une crise de la zone euro, a ainsi perdu le droit de gouverner."

 

Alors, Jacques Sapir, Cassandre ou visionnaire ? Quoi qu'il advienne, c'est avec attention que je guetterai la sortie de son prochain ouvrage.

Publié dans Europe

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article