La "germanophobie" : un nouvel alibi pour étouffer le débat

Publié le par Yohann Duval

Arnaud Montebourg est depuis quelques jours au cœur d'une polémique comme seules nos élites sont capables d'en générer. Au cours de l'émission "Questions d'infos" du 30 Novembre sur LCP, l'ex-candidat à la candidature socialiste a dénoncé la politique du cavalier seul menée par l'Allemagne ces dernières années. Cette sortie a été considérée par les ténors de l'UMP et les quelques dirigeants de gauche qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez comme une provocation "germanophobe". Quelques européistes extrémistes ont également pris à partie le député de Saône-et-Loire : Jean Quatremer, le journaliste de Libération qui avait déjà comparé Arnaud Montebourg aux nazis lors d'une émission de télévision en Belgique, y est cette fois allé de son allusion à l'antisémitisme et au génocide, en dénonçant des propos "d'une bêtise sans nom" qui "dépassent la ligne rouge de l'ignominie". Rien que ça ! Mais qu'a donc dit l'auteur de "Des idées et des rêves" pour recevoir une telle volée de bois vert ?

 

 

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"Il serait temps, au lieu de faire l'éloge du modèle allemand, de montrer sa faillite. C'est une faillite sur le plan de la croissance, qui est très faible : sur 10 ans, la croissance de l'Allemagne est plus faible que la moyenne de la zone euro. Sur le plan de la dette, qui est plus élevée que la France, il faut le rappeler (83% du P.I.B. Contre 81%). Sur le plan du chômage et de la pauvreté, je rappelle que le ministre du travail vient de reconnaître que 60% des seniors au chômage ne sont pas comptabilisés dans les chiffres, donc ils ont maquillé les chiffres du chômage... c'est un désastre sur le plan de la pauvreté. Il n'y a même pas aujourd'hui de salaire minimum en Allemagne. Regardez, allez à Berlin vous promener, vous verrez la pauvreté monter dans ce pays qui connaît de très grandes tensions sociales."

 

"Il serait temps d'ailleurs que la presse ouvre les yeux. Le seul point où l'on peut dire qu'il y ait une réussite allemande, c'est sur l'excédent. Mais vous savez sur qui il se fait, l'excédent ?"

 

"C'est sur notre ruine que l'Allemagne fait sa fortune. Comment voudriez-vous que l'Allemagne continue à vendre à des pays appauvris, comme nous sommes en train de le devenir ?"

 

"Le moment est venu de discuter de peuple à peuple, dans l'intérêt des populations."

 

"La question du nationalisme allemand est en train de ressurgir, à travers la politique à la Bismarck menée par Madame Merkel. Et j'emploie là une expression qu'a employé le président du SPD devant le B.N. socialiste il y a quelques mois. Il est venu nous dire qu'elle se comportait comme une sorte de Bismarck. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'elle construit la confrontation pour imposer sa domination."

 

"Si l'Allemagne réussit à imposer la cure grecque à tous les pays européens, y compris la France, vous aurez la montée des nationalismes, du populisme dans tous les pays et des extrêmes-droites. D'ailleurs regardez, après l'échec de Papandréou, l'extrême-droite vient d'entrer au gouvernement en Grèce pour mener la politique des marchés."

 

L'analyse de la politique de défense des intérêts allemands, parfaitement légitime au demeurant, n'a pas de quoi choquer. Elle est d'ailleurs partagée par une large frange de la classe politique française et de nombreux économistes. C'est en réalité la comparaison avec Bismarck qui a donné du grain à moudre aux contempteurs du démondialisateur. Seul problème : cette comparaison n'émane pas en premier lieu d'Arnaud Montebourg, mais du président du SPD allemand, Sigmar Gabriel ! Un germanophobe convaincu, ignoble et bête, sans aucun doute...

 

Affirmer que la critique de la politique prônée par Angela Merkel s'apparente à de la germanophobie, c'est dire que la critique de la politique sarkozyste ne serait qu'une francophobie déguisée. C'est parfaitement absurde et c'est pourtant ce que le petit monde médiatique français tente de nous faire avaler. Bien tenté, mais je ne peux qu'émettre quelques doutes quant à la réussite de cette entreprise.

 

Publé le 03/12/2011 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Actualités

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Trubli 04/12/2011 23:48

excellent!

Certains sont prêts à tout pour sauver leur Euro, même à se coucher devant tous les desiderata allemands. Il est temps que les dirigeants français aient une politique conforme aux intérêts du pays,
au lieu de courir sans cesse à la recherche de modèles : modèle US puis modèle japonais puis modèle espagnol, et maintenant à nouveau le modèle allemande.

Yohann Duval 05/12/2011 00:17



Absolument : nos dirigeants ont perdu la capacité à penser par eux-mêmes. C'est très inquiétant.