La guerre au Mali, fille de la guerre en Libye

Publié le par Yohann Duval

En 2011, la France s'engageait aux côtés de l'OTAN en Libye. L'interprétation très libre du texte de la résolution 1973 de l'ONU avait permis de renverser Mouammar Kadhafi, au grand bonheur de Bernard Henri-Lévy et de tous les va-t-en-guerre de salon. La chute du régime de Tripoli a déstabilisé la région et n'a pas tardé à avoir de lourdes conséquences.

 

 

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Les faits

 

Nombre de Touaregs, engagés comme mercenaires auprès de Kadhafi ou à l'inverse aux côtés du Conseil National de Transition (CNT), ont conservé ou récupéré des armes suite à la déchéance du dictateur. Ils ont alors rejoint les rangs du "Mouvement National de Libération de l'Azawad" (MNLA), qui réclame l'indépendance du Nord-Mali. Après avoir conquis plusieurs villes avec l'aide des islamistes d'Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), du Mouvement pour l'unicité du jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) et d'Ansar Dine ("Défenseurs de l'Islam"), le MNLA a été débordé par ces derniers. Depuis, les terroristes occupent les régions de Tombouctou, Gao et Kidal.

 

Le 11 Janvier dernier, la ville de Konna tombait aux mains des islamistes. Le Mali demandait alors l'aide de la France pour faire face à l'avancée des rebelles et François Hollande décidait de répondre favorablement à l'appel au secours du gouvernement Malien. Une décision légitime et inévitable, approuvée par la quasi-totalité de la classe politique Française, qui n'avait aucun intérêt à voir se développer un "Sahelistan" au cœur d'un pays ami. Le consensus s'est renforcé avec la prise d'otages d'In Amenas, en Algérie, malgré une issue dramatique.

 

Le résultat d'une politique étrangère incohérente ?

 

Cette guerre, qui risque de durer un certain temps, doit être l'occasion d'une prise de conscience pour les autorités Françaises : leurs propres décisions ont largement contribué à envenimer une situation déjà très tendue. En armant le CNT en Libye et en soutenant la rébellion en Syrie, notre pays a en effet aidé ceux qu'il combat aujourd'hui. Les failles de la diplomatie souhaitée par Nicolas Sarkozy apparaissent désormais au grand jour, pour notre plus grand désarroi.

 

De même, le choix de nos alliances peut être très largement critiqué. Dans le sport, l'immobilier, les entreprises du CAC 40 et même dans nos banlieues, le Qatar est devenu un acteur incontournable. Mais quelle est la pertinence d'une association aussi étroite alors que nombre d'éléments tendent à prouver que l'émirat soutient directement les islamistes un peu partout en Afrique ? Pire : nos chers amis qataris n'hésitent pas à critiquer ouvertement l'intervention militaire au Mali. Le premier ministre, le cheikh Hamad Ben Jassem Al-Thani, "ne pense pas que la force réglera le problème". Avec des alliés pareils, plus besoin d'ennemis.

 

L'Europe aux abonnés absents

 

Enfin, comment ne pas revenir sur l'attitude de nos partenaires européens, aux abonnés absents dès lors qu'il s'agit d'agir en dehors du cadre de l'OTAN ? Face à Nicolas Domenach, Éric Zemmour résumait parfaitement la situation.

 

 

 

 

Les événements récents ne font que confirmer que "l'Europe européenne" voulue par De Gaulle, c'est à dire une Europe libérée de l'influence des États-Unis, ne verra pas le jour avant longtemps. De la même façon, elle prouve de manière spectaculaire que l'idée d'une union fédérale, avec un super-État européen, n'est qu'une chimère ne reposant sur rien de concret : il n'y a ni "peuple européen", ni sentiment d'appartenance, ni projet commun. D'où l'intérêt de ne pas priver la France des quelques atouts militaires et diplomatiques dont elle dispose encore (siège de membre permanent au conseil de sécurité de l'ONU, dissuasion nucléaire) : ils sont les meilleurs garants de notre sécurité.

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Marius 22/01/2013 23:49

Il n'y a pas de peuple européen, certes, bien qu'il y en a tout de même qui se sentent européens et que ça peut changer.

Il n'y a pas d'Europe-Unie, c'est certain, bien que là encore c'est dû aux institutions, si demain on fait une Europe fédérale il y aura fatalement une Europe-Unie, puisqu'il ne pourra pas en
être
autrement. Aux USA il y a des gens notamment des Etats du Sud qui n'ont rien a faire de l'Etat Fédéral et qui aimerait bien ne pas voir leur argent envoyés aux autres Etats et qui aimeraient
décider de leur politique étrangère et militaire. Ils n'ont pas le choix à partir du moment où les institutions fédérales sont établies.

Les eurosceptiques, et j'en fais parti concernant cette UE mais par forcément concernant une vrai Europe Fédérale, surestiment le rejet des peuples vis à vis de l'UE. Il est fort possible que
les
citoyens deviennent rapidement "européen" une fois les institutions fédérales mis en place. Ne serait-ce que parce que c'est flatteur de devenir un grand pays fédéral comme les USA et que ça
ouvre
des perspectives immenses pour le futur. Les peuples n'en veulent pas forcément en xz moment vu le désastre qu'est l'UE, ils sont très anti-UE en effet et à juste titre, mais il ne faut pas
croire
qu'ils ne deviendraient pas européen si l'UE devenait les USE... démocratique et fédérale.

En tout cas UE ou pas UE, dans tous les les cas les pays européens ont tout intérêt à partir de l'OTAN, laisser les USA avec le Canada et la Grande-Bretagne, et créer notre propre alliance
militaire européenne. Mais les américains feront tout pour que ça n'arrive pas.

La seule manière d'avoir un jour une Europe de la Défense c'est de créer une Europe Fédérale politique avant, sinon les intérêts et calculs nationaux passeront toujours fatalement avant. Les USA
ne
pourraient pas s'opposer longtemps à une Europe de la Défense si l'UE était fédérale, ou alors par la guerre.

Yohann Duval 23/01/2013 23:16



Il est possible que cela change, en effet. Il faudrait probablement attendre des siècles pour qu'une identité européenne se forge. Ce qui est certain, c'est qu'elle ne se décrète pas d'en haut.


 


La grande différence entre l'Europe et les États-Unis est que les américains n'ont pas des millénaires d'histoire derrière eux. De plus, leur union s'est faite autour d'un noyau dur de colonies
anglaises et d'une langue dominante. Il n'y avait pas la diversité qui existe actuellement en Europe. Je ne crois donc pas qu'on puisse appliquer ce modèle unique au vieux continent sans courir à
la catastrophe. Le sentiment national est quelque chose de puissant...



Aurélie 22/01/2013 19:11

Analyse très pertinente de la situation.

Yohann Duval 23/01/2013 23:10



Merci !