Le Che, dernier rempart de la gauche contre l'intégrisme écologiste ?

Publié le par Yohann Duval

L'accord récemment conclu entre Europe-Écologie-Les-Verts (EELV) et le Parti Socialiste a fait couler beaucoup d'encre dans la presse ces derniers jours. Il a également suscité des réactions épidermiques parmi les adhérents, militants et élus des deux partis. Certains écologistes dénoncent une "capitulation" ou un "reniement" susceptible de mettre à mal la candidature déjà bien mal engagée d'Eva Joly. Du côté des socialistes, on parle de "cafouillage" voire de "terrorisme intellectuel" émanant de "Khmers verts". Deux-tiers des français seraient également opposés au résultat de ces négociations.

 

 

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Les termes de l'accord

 

Pourquoi un tel tir de barrage contre une tentative de "rassemblement des forces de gauche" ? Examinons en détail quelques unes des propositions retenues par les deux partis.

 

"Le sursaut pour les peuples européens passe par un renforcement du fédéralisme pour les États européens, c'est-à-dire une intégration budgétaire et une coopération économique accrues au sein d'un groupe pionnier d'États euro-volontaires."


Le message est on ne peut plus clair : le PS et EELV n'envisagent de solution durable à la crise autrement que par un fédéralisme renforcé, dont les peuples ne veulent manifestement pas. "L'intégration budgétaire" dont il est question n'est qu'un concept creux masquant en réalité un projet de fédéralisme reposant uniquement sur la coercition, et se traduisant dans les faits par l'abandon de pans entiers de souveraineté.

 

"La France fera des propositions précises pour réformer et démocratiser l'ONU afin qu'elle structure un ordre juridique et normatif global : siège européen, suppression du droit de veto, meilleure représentativité des pays du Sud au sein du Conseil de Sécurité, renforcement du rôle des ONG. Les débats du G8 et du G20 seront réorientés vers les enjeux financiers, monétaires et commerciaux dans le but de substituer le juste échange au libre échange."

 

En tant que membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, la France dispose d'un droit de veto, qui est l'un des instruments diplomatiques les plus puissants dont dispose notre pays. Renoncer à cet outil est irresponsable et ferait immanquablement perdre à la France une large part de son influence. Si l'on se place dans l'optique fédéraliste développée plus haut, il apparaît par ailleurs clair que le "siège européen" dont il est question viendrait se substituer (au moins) au siège dont dispose notre pays. Pour ce qui concerne le "juste-échange", il ne s'agit en réalité que d'un concept obscur, un protectionnisme qui ne dit pas son nom (puisqu'il s'agit d'un concept tabou au Parti Socialiste, Montebourg mis à part) et qui nécessite un consensus si large qu'il n'a quasiment aucun chance d'être mis en pratique. Pour dire les choses clairement : une promesse en l'air. Il reste néanmoins amusant de constater que les promoteurs les plus zélés de l'euro-libéralisme se montrent aujourd'hui plus critiques...

 

"La réduction des activités polluantes et la croissance de l'emploi – en particulier dans les secteurs liés à la transition environnementale et énergétique de l'appareil productif – sont une même ambition" (...) "Il faudra également diversifier nos sources d’énergies et réduire la part actuellement écrasante du nucléaire (plus de 75% aujourd’hui) dans le mix électrique français"

 

Si le choix de diversifier les sources d'énergie peut sembler une idée intéressante, il faut avant toute chose savoir dans quelles conditions cette diversification se fera : l'exemple de l'Allemagne nous incite à la plus grande prudence. Il y a un mois, un article du Monde nous expliquait ainsi que l'abandon du nucléaire se traduisait dans les faits par un accroissement de l'importation d'électricité, une hausse des prix et un recours à de nouvelles centrales au gaz et au charbon... autant dire un choix de régression, contraire à l'intérêt national et à celui des classes populaires.

 

"Enfin, un nouveau cycle de transfert de compétences aux Régions sera ouvert concernant notamment l’emploi, la formation professionnelle, l’alternance ou l’apprentissage. La France ratifiera la charte des langues régionales et minoritaires."

 

Nous retrouvons ici la vieille lune des fédéralistes européens : la volonté d'imposer la création d'une Europe des régions, en opposition avec l'Europe des nations. La ratification de la charte des langues régionales entraînerait la co-officialité de plus de 70 langues sur notre territoire, ce qui nuirait inévitablement à la cohésion nationale et ferait courir au pays un risque de balkanisation.


"Bâtir, une République nouvelle, c’est redonner sa voix au peuple. Certaines des réformes constitutionnelles visées ci-dessus pourront être soumises au peuple à l'occasion d'un référendum."

 

Pour bien comprendre la portée de cette proposition, rappelons que le Parti Socialiste a dans son immense majorité soutenu la ratification du traité de Lisbonne, véritable trahison du vote du peuple français lors du référendum de 2005, aussi bien au Parlement français qu'au Parlement européen. Les Verts, eux, ont également soutenu cet attentat contre la démocratie lors du vote du 20 Février 2008 au Parlement européen.

 

Un sursaut républicain est nécessaire

 

Devant cet accord indiscutablement contraire aux intérêts de la France, les électeurs de gauche doivent avoir la possibilité de faire entendre une autre voix : celle de la défense des idéaux républicains. Le mythe de "l'Europe qui nous protège" a vécu ; il est désormais temps de repenser sa construction en cessant d'ignorer les réalités nationales et, surtout, les peuples. En ces temps de crise de la monnaie unique, il devient par ailleurs plus que jamais légitime d'offrir des perspectives d'avenir aux classes populaires et de ne pas saborder nos rares atouts (tels que notre industrie nucléaire). Les socialistes ne pourront pas se mettre à la hauteur s'ils persistent à préférer les bobos au populo !

 

La réaction de Jean-Pierre Chevènement à l'annonce de cet accord a été, à cet égard, salutaire : qualifiant EELV de "mouvement anti-science, obscurantiste, régressif", il a souligné que parmi les valeurs traditionnelles de la gauche se trouvaient le progrès scientifique, qu'on ne peut écarter d'un revers de la main pour des raisons démagogiques ou électoralistes. Le prochain président ne pourra pas être le prisonnier des injonctions d'une "fée verte" ou d'une "secte fanatique". La candidature du président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen doit en conséquence être encouragée et soutenue : sa voix mérite d'être entendue.

Publié dans Présidentielle 2012

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