Le fédéralisme pour sauver l'euro : un remède pire que le mal

Publié le par Yohann Duval

Face à la crise que traverse actuellement la zone euro, des voix s'élèvent ici et là pour remettre au goût du jour une idée dont la crédibilité avait été sérieusement écornée après le non au référendum de 2005 : celle du fédéralisme européen.

 

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La monnaie unique est un outil qui a fait les preuves de son inefficacité à s'adapter aux besoins de tous les pays qui l'utilisent. L'hétérogénéité économique de la zone euro est ici en cause : ce qui convient à un état ne fait pas toujours le bonheur des autres... il est ainsi difficile de répondre à la fois aux attentes de l'Allemagne, du Luxembourg et de la Grèce. Face à l'augmentation des problèmes créés ou amplifiés par cette monnaie (cherté face aux autres devises, déficits commerciaux, désindustrialisation, crise de la dette...), nombre d'économistes préconisent une redéfinition des missions de la Banque Centrale Européenne, le remplacement de la monnaie unique par une monnaie commune ou même la sortie pure et simple de l'euro.

 

Les fédéralistes européens, de leur côté, voient dans les problèmes actuels le signe que l'Europe a besoin d'une plus grande intégration et d'un gouvernement économique européen, ou plus simplement, pour reprendre les propos de Laurence Parisot, d'un fédéralisme économique.

Jean-Claude Trichet a clairement annoncé la couleur : à une monnaie unique doit correspondre un état unique, capable de prendre des décisions de manière rapide et efficace. D'après lui, il est nécessaire de se préparer à la création d'un ministère des Finances européen, qui aurait un droit de veto sur les politiques décidées à l'échelon national. Derrière les mots, quel est concrètement ce projet défendu par des personnalités aussi diverses que Dominique Strauss-Kahn, François Bayrou et la présidente du Medef ?

 

Le fédéralisme européen a pour objectif de faire cohabiter des nations ou des peuples différents au sein d'un même espace politique et économique. Un projet noble, empreint d'idéalisme, qui vise à faire émerger une "nation européenne". Le problème majeur que pose ce modèle politique est qu'il nécessite une grande patience : on ne peut en effet décider du jour au lendemain de créer une union de ce type sans l'aval des citoyens.

Il faut donc tisser petit à petit les liens et jeter les ponts vers les autres sociétés, les autres cultures, les autres langues. Plusieurs décennies, voire plusieurs siècles de vie commune sont nécessaires pour atteindre ce but. Enfin, il n'y a qu'une méthode pour garantir qu'une entreprise de cette envergure soit un succès sur la durée : l'adhésion libre et réfléchie. Les exemples historiques de fédéralisme imposé par la force (militaire ou politique) ayant échoué ne manquent pas : Autriche-Hongrie, U.R.S.S., Yougoslavie, Tchécoslovaquie...

 

La crise institutionnelle en Belgique est à ce titre un exemple concret et actuel de l'impasseque représente le fédéralisme lorsqu'il n'est pas souhaité. En tentant d'unir sous le drapeau belge les peuples de Wallonie et de Flandre, qui ne partageaient finalement qu'assez peu de choses, pas même la langue, les dirigeants de ce pays n'ont réussi qu'à amplifier progressivement les rancœurs et les replis communautaristes : après à peine plus de 180 ans de cohabitation, le pays est désormais à deux doigts de la séparation. A la lumière de cet exemple, la question qui se pose est la suivante : est-il raisonnable de penser que l'on peut réussir avec 500 millions de citoyens ce qui a échoué avec 11 millions ?

 

En 2005, les Français et les Néerlandais ont été parmi les seuls à être directement consultés sur la construction fédérale : ils ont refusé le projet de constitution européenne, qui en représentait l'une des premières étapes. Les européistes ont dénigré et tourné en ridicule les partisans du non, ils les ont qualifiés de ringards et d'extrémistes, mais leurs beaux discours sur la nécessité d'une Europe "plus intégrée" n'ont pas convaincu les citoyens.

 

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Ceux-ci, conscients que seul le cadre de la nation permet à la démocratie de s'exercer pleinement, n'ont pas souhaité s'engager dans la voie d'une union technocratique aux contours flous, décidée dans la précipitation. En 2008, le traité de Lisbonne a trahi la volonté des peuples d'Europe et donné des armes aux partis populistes et nationalistes. Aujourd'hui, un nouvel attentat contre la démocratie serait impardonnable et aurait inévitablement de très lourdes conséquences politiques.

 

Imposer brusquement à des peuples qui n'en veulent pas un saut fédéral pour sauver l'euro comme l'on force un prisonnier à subir le supplice de la planche, c'est s'assurer que cette Europe de la contrainte ne sera jamais légitime. Il ne s'agit ni d'une solution raisonnable, ni d'une issue souhaitable. C'est un mariage sans amour qui finira dans les pleurs et qui n'aura qu'une seule conséquence : le rejet définitif de l'idée d'Union européenne, comparable à la répulsion des européens de l'est envers l'idée d'Union soviétique. L'Europe ne pourra se faire que dans le prolongement des nations. Pas sans elles, ni contre elles.

 

 Publié le 12/07/2011 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Europe

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