Le totalitarisme religieux gagne du terrain

Publié le par Yohann Duval

Les intégrismes religieux, que l'on considère souvent comme de simples manifestations de résistance contre un "sens de l'Histoire" qui serait forcément celui du chemin vers la tolérance et la liberté, se font plus présents et plus pressants depuis le début du siècle. Dernièrement, la poussée de fièvre islamiste qui a gagné l'autre rive de la Méditerranée au lendemain du printemps Arabe a suscité interrogations et condamnations. Pourtant, l'Europe doit elle aussi faire face à des revendications inquiétantes en provenance de milieux religieux qui entendent retrouver leur influence d'antan sur l'opinion publique.

 

 

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Les tristes résultat du printemps Arabe

 

Libérés de leurs tyrans, les peuples Arabes se sont jetés, dès qu'ils en ont eu l'occasion, dans les bras de groupes "d'islamistes modérés", comme certains les qualifient de temps à autres. Dans les faits, les religieux imposent depuis le début de ces révolutions une pression de tous les instants sur leurs concitoyens.

 

C'est ainsi que la Tunisie, où la constitution garantissait jadis l'égalité entre hommes et femmes, se voit aujourd'hui confrontée à un violent recul de la laïcité et du droit des Tunisiennes. Ennahda, le parti arrivé en tête aux dernières élections, entend en effet rendre le texte constitutionnel plus islamo-compatible, en y inscrivant que l'homme et la femme sont "complémentaires", mais plus égaux.

 

Autre manifestation de la chape de plomb religieuse qui pèse sur les Tunisiens : le 16 Août, un élu régional sarthois a été agressé par des extrémistes à Bizerte, alors qu'il se promenait avec sa femme et sa fille de 12 ans. Son crime ? Avoir protégé sa famille des assauts d'un groupe de fous de Dieu...

 

"Nous avons croisé un groupe d'une cinquantaine de salafistes, qui les ont agressées verbalement en raison de leurs vêtements d'été, qui n'avaient pourtant rien de choquant."

 

"Personne ne m'a secouru. Je n'ai dû mon salut qu'au fait que j'ai réussi à m'enfuir. Si j'étais tombé à terre, ils m'auraient lynché."

 

Cette volonté d'intimider les "infidèles" peut également se retrouver en Égypte, où les coptes craignent pour leur avenir, ou encore en Libye, où l'intervention occidentale a fragilisé le pays et déstabilisé les États voisins (en particulier le Mali).

 

En Europe, la poussée de fièvre

 

En Russie, le procès des "Pussy Riot", condamnées à deux ans de camp pour avoir chanté une prière punk dans la cathédrale du Christ sauveur à Moscou et demandé à la Vierge de "chasser Poutine", a été l'occasion de constater l'archaïsme et l'extrémisme des représentants de l'Église orthodoxe. Ulcéré par ces militantes féministes, le patriarche Kirill a ainsi qualifié de "sacrilège" leurs agissements, considérant que ces provocations étaient "pires qu'un meurtre".

 

En Allemagne, la décision du tribunal de grande instance de Cologne, assimilant la circoncision à une blessure corporelle passible de poursuites - à la suite de la circoncision ratée d'un jeune garçon musulman de 4 ans - a fait grand bruit et a provoqué une indignation internationale.

Certains rabbins sont montés au créneau et son venus défendre cette tradition millénaire, en n'hésitant pas à faire appel à certains arguments plus que douteux : pour Pinchas Goldschmidt, il s'agit ni plus ni moins que de
"l'attaque la plus grave contre la vie juive en Europe depuis l'Holocauste". Le ministre de la diplomatie publique et de la diaspora d'Israël a, de son côté, considéré qu'il s'agissait "d'un point de vue juif", de "la plus importante de toutes les interdictions imaginables".

 

Dans un appel public, certains dirigeants de plusieurs organisations juives et musulmanes, comme le centre rabbinique d'Europe, l'association juive d'Europe, le parlement juif européen ou le centre islamique de Bruxelles, ont exigé du Parlement Allemand une réaction immédiate.

 

Leurs suppliques ont, semble-t-il, été entendues par le gouvernement chrétien-démocrate d'Angela Merkel. En effet, Steffen Seibert a tenu a déclarer, de manière très solennelle :

 

"Au nom de ce gouvernement, de tous les membres de ce gouvernement, disons les choses clairement : nous tenons à ce qu'une vie religieuse juive, à ce qu'une vie religieuse musulmane soient possibles en Allemagne."

 

Selon lui, il est "urgent de rétablir un climat juridique pacifié". Comprendre : il est urgent de se soumettre aux injonctions des religieux de tous poil qui veulent continuer à mutiler des enfants sans leur consentement.

 

 

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Et en France ?

 

En France, qu'on se rassure, nous avons aussi nos laudateurs de la "laïcité positive" (chère à Nicolas Sarkozy), où toutes les pratiques, même les plus aberrantes et les plus archaïques, seraient possibles, tant qu'elle sont justifiées par la religion. On pensait avoir touché le fond quand l'Express, début Août, avait titré : "Dieu, 10 raisons de croire". Ce n'était qu'un maigre début.

 

Dans une tribune intitulée "Il ne faut pas interdire la circoncision", Richard Guédon nous livrait Mardi dernier sur le site du Monde un texte littéralement incroyable tant il verse dans l'excès. Morceaux choisis :

 

"La circoncision est-elle une mutilation ? Selon la définition du dictionnaire "mutilation : retranchement d'un membre ou d'une autre partie du corps", il s'agit bien d'une mutilation mineure. Mais ce terme comporte une forte connotation péjorative, évoquant un univers de tortures et de blessures de guerre, de douleurs et de séquelles, sans aucun bénéfice."

 

Résumons : la circoncision est bel et bien une mutilation, mais il ne faut pas utiliser le terme, car il est connoté. Et puis entre nous, ce n'est pas si grave, non ? Si on ne peut plus couper des morceaux de peau à nos enfants sans leur consentement, où va-t-on ? En fait, la réponse arrive ensuite : on va droit vers un nouveau génocide. Si, si, c'est bien le raisonnement de l'auteur, qui n'a probablement pas lésiné sur le vin de messe avant de rédiger son papier.

 

"La mise en cause de la liberté de faire circoncire leurs garçons par les familles juives est une remise en question de leur identité la plus intime, la plus mémorielle, alors même que s'éteignent peu à peu les regards qui ont vu la Shoah."

 

"Ce type de raisonnement, qui met en avant des arguments sanitaires aux dépens des pratiques religieuses et culturelles, pour le bien des populations, sonne de façon familière aux oreilles de ceux qui connaissent les rhétoriques totalitaires : élimination des malades mentaux sous couvert d'eugénisme dans l'Allemagne nazie, rhétorique sur la "régénération" des citadins par l'hygiène du travail de la terre chez les massacreurs khmers rouges, reprise en main des jeunes Français par l'hygiénisme des chantiers de jeunesse sous le régime de Vichy, les exemples ne manquent pas."

 

Tout est dit. Bien sûr, notre courageux docteur en médecine n'est pas du genre à assumer ses âneries :

 

"Loin de moi l'idée d'assimiler à des adeptes du totalitarisme tous ceux qui seraient prêts à interdire la circoncision avant la majorité des garçons, mais"...

 

Quel dommage que ce genre de dénégation ne trompe personne !

 

Dans le même ordre d'idées, sur ce même sujet, Elie Barnavi, dans le n°794 de Marianne, ne cachait pas sa colère devant "l'imbécillité" de la décision des juges Allemands. Qualifiant d' "ânes bâtés suintant de bonne conscience" les personnes en accord avec cette décision, il nous livrait un de ces arguments dont il a le secret.

 

"Barbare, atavique, irrationnel ? Peut-être, mais c'est ainsi."

 

Ah, pas de doute, nous voilà convaincus...

 

Cela dit, tenir à respecter à la lettre les préceptes religieux n'est pas l'apanage des seuls éditorialistes ou pseudo-journalistes : le concept est aussi en vogue chez ceux qui sont chargés de faire respecter la loi. En Juillet, à la suite du contrôle d'une femme intégralement voilée qui a mordu l'un des policiers, déclaré ouvertement qu'elle "ne respectait pas les lois de la République" et provoqué une échauffourée au cours de laquelle trois fonctionnaires ont été légèrement blessés, aucune suite judiciaire n'a été donnée à l'affaire, par "souci d'apaisement en période de ramadan". Ou comment faire l'amalgame entre une poignée d'illuminés et le reste de nos compatriotes musulmans...

 

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi la religion entend faire son retour dans la sphère politique : le fruit est en passe de devenir mûr. Concernant l'extension du mariage aux couples homosexuels, l'Église catholique est passée à l'offensive : le cardinal André Vingt-Trois a invité ses coreligionnaires à prier pour que les députés favorable au mariage pour tous retrouvent la raison. Une initiative loin de faire l'unanimité : Jacques Mérienne, curé de Saint Merri, décèle derrière ces déclarations "un immense déficit en réflexion et en écoute" voire un "faux débat qui repose sur une homophobie latente qui n'est plus celle de nos contemporains".

 

Pour une défense énergique de la laïcité

 

Ces quelques exemples illustrent un fait de société : le retour du religieux dans le débat public en France. Le pire est à craindre si nous ne prenons pas l'initiative de défendre avec vigueur et sans crainte la laïcité. À trop reculer devant les revendications communautaristes, à trop vouloir ménager les sensibilités, à trop prendre des pincettes par clientélisme électoral ou par couardise, nous risquons tout simplement de mettre à mal un modèle de vie en société qui, s'il n'est pas encore parfait (mais qui peut prétendre trouver un modèle idéal ?), nous met en théorie à l'abri des superstitions et des traditions irrationnelles. Chacun reste bien entendu libre de croire ce qu'il veut, mais nous ne devons jamais oublier que c'est à la religion de s'adapter à la République et non l'inverse.

Publié dans Laïcité

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Jard 12/09/2012 08:24

Ah ah, Normandie. C'est important parce que les mentalités et les visions du monde sont différentes.

Jard 09/09/2012 21:14

Puis-je savoir dans quelle région vous avez été formé?

Yohann Duval 10/09/2012 19:27



Normandie puis Nord. Mais je ne crois pas que ce soit si important...



Jard 04/09/2012 08:27

Vous seriez pas un peu jacobin, par hasard? Ce n'est pas le retour du religieux dans l'espace publique, c'est la classe politique classique qui laisse faire. Comme tous les gens du bassin parisien,
vous donnez une autonomie et du pouvoir aux religions. Le catholicisme français continue sa descente aux enfers. Nous détruirions autour de deux-mille églises annuellement. Si le catholicisme
disparaît, l'Islam et le Judaïsme français ont peut-être un autre sens que religieux. Soit les médias mettent en exergue de l'ultra-minoritaire, soit nous sommes face à du politique caché derrière
du religieux.
Quant-à se faire lyncher à l'étranger, il faudra bien renoncer un jour à l'universalisme. Une bonne partie des étrangers n'est pas comme nous et ne nous supporte pas.

Yohann Duval 04/09/2012 19:52



Jacobin peut-être, mais du bassin parisien, pas vraiment !


 


Plus sérieusement, je crois qu'il y a derrière chaque religion la volonté d'exister politiquement. Les religieux ont bien sûr, comme tous les autres citoyens, le droit de participer aux débats de
société ; ce n'est pas pour autant que nous nous devons de partager leurs opinions.


 


Le problème étant que, dès lors qu'ils ont une influence sur le pouvoir politique, ils n'hésitent pas à en user et à en abuser, au grand désarroi du reste de la population et en particulier des
"mécréants".