Les communautarismes à l'assaut du palais du Luxembourg

Publié le par Yohann Duval

La gauche est devenue majoritaire au Sénat ! L'évènement n'est pas anodin : la victoire a une portée symbolique majeure. Cependant, il n'aura pas fallu attendre bien longtemps pour que les effusions de joie des militants et des sympathisants soient étouffées par un véritable concert de revendications communautaristes, qui ont trouvé là le meilleur moyen de faire entendre leur petite musique.

 

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Comme souvent, c'est l'entreprise familiale des De Haas qui a ouvert le bal. Sur son compte Twitter, Caroline a passé la journée de l'élection à dénoncer le faible nombre d'élues à la chambre haute. Il n'y a pas assez de sénatrices à son goût, et, entre deux débats sur la pertinence d'utiliser le terme mademoiselle ou d'oser le clito, elle compte bien le faire savoir.

 

Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour que d'autres communautarismes se réveillent : Zohra Bitan, porte-parole de Manuel Valls, regrettait que le Sénat ne soit pas devenu "Rose-Black-Blanc-Beur". Trop de whites, de blancos, sans doute. C'était ensuite au tour de Béligh Nabli de constater avec effroi dans les colonnes du Monde que les candidats issus de la diversité sont victimes de réflexes conservateurs générateurs d'une homogénéité pathologique.

 

Pour tous ces "militants de l'égalité", le but n'est pas d'atteindre une égalité de droits, qui existe déjà et dont le non-respect est condamnable par la loi, mais une hypothétique "égalité réelle" qui consiste, pour le dire clairement, à obtenir des droits supplémentaires et des places réservées. Ces militants, associations, organisations diverses s'installent ainsi tranquillement dans un statut de victimes éternelles et entendent bien monnayer leur souffrance.

 

Tout en ayant l'audace d'en appeler à la méritocratie, ils considèrent qu'avoir un utérus, une certaine pigmentation de la peau ou des habitudes sexuelles différentes sont des éléments pouvant justifier le choix d'un candidat par rapport à un autre. Le projet, les idées, la combativité, l'éloquence, le charisme, tout cela ne peut être examiné qu'après cette première barrière biologique ou sociétale. Avant de voir un(e) potentiel(le) élu(e), ils voient d'abord, selon leurs revendications, un blanc, un noir, un homme, une femme...

 

La loi sur la parité, dont plus personne n'envisage aujourd'hui l'abrogation et qui a permis à certaines femmes déjà bien insérées dans le "milieu" (épouse, fille ou proche de parlementaires, de maires, de célébrités...) de gagner des places dans la file d'attente et d'obtenir des mandats plus rapidement, a ouvert la boîte de Pandore et donné du poids à ce types de revendications. En effet, si la République s'autorise la discrimination en fonction du sexe, pourquoi ne s'autoriserait-elle pas des discriminations en fonction de la couleur de la peau, de l'orientation sexuelle, voire de la religion ?

 

Cette sélection par la différence a également le mérite d'occulter un problème bien plus tenace, à la racine de tous les autres : l'existence d'injustices et d'inégalités sociales. Plutôt que de s'attaquer à ce phénomène autrement plus complexe et pouvant toucher chaque français, sans distinction, il est plus simple de promouvoir "pour l'exemple" quelques personnes en provenance de "minorités" ici et là afin d'apaiser les tensions. Sans surprise, les partisans de la mondialisation sont très friands de ce découpage de la nation en petites communautés faciles à maîtriser.

 

L'heure est donc à l'officialisation, à la pérennisation, à la mise en valeur de ce qui différencie les français. Ce qui les rassemble ne passe qu'au second plan et défendre l'égalité républicaine est devenu ringard : on nous dit qu'il nous faut vivre avec notre temps. Mais à trop courber l'échine devant ces demandes incessantes, nous nous aventurons sur une pente glissante. Il faut en effet rappeler que lorsque l'on dit qu'il n'y a "pas assez de", on sous-entend nécessairement qu'il y a "trop de". Appelons donc un chat un chat : il y a trop d'hommes au Sénat. Soit. Trop de blancs, aussi, c'est Zohra Bitan qui le dit. Bien. Trop d'hétérosexuels ? Ce n'est pas impossible. Trop de juifs aussi, peut-être ?

 

C'est donc cela le progrès, pour les communautaristes ? C'est donc cela leur idée de la République, celle qu'ils entendent transmettre aux générations futures ?

Publié dans République

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