Les petits arrangements avec la vérité de François Bayrou

Publié le par Yohann Duval

Que ne ferait-on pas pour récolter quelques voix ? C'est la question que beaucoup de téléspectateurs ont dû se poser Samedi soir en regardant l'émission "On n'est pas couché" sur France 2. François Bayrou, président du MoDem et candidat à l'élection présidentielle de 2012, était l'invité politique de l'émission. Le centriste nous a offert à cette occasion un numéro de contorsionnisme digne de Laurent Wauquiez.

 

 

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Personne n'aura oublié que le Béarnais est l'un des européistes les plus acharnés de la vie politique française. Les vidéos de l'INA sont à ce sujet un excellent moyen de se rafraîchir la mémoire. En 1997, il défendait l'euro comme monnaie forte et louait les bienfaits de "l'Europe protectrice". En 2005, il militait en faveur du traité constitutionnel européen et profitait de ses interventions médiatiques pour pester contre "l'obsession antilibérale de la France". Malheureusement pour lui, les Français et les Néerlandais ont rejeté sans contestation possible ce projet de constitution, par référendum. Voilà qui aurait du mettre un terme au débat sur l'Europe libéralo-fédérale. Cependant, persuadés d'avoir raison, nos "élites" n'ont pas accepté la volonté populaire. Ils ont donc décidé, en 2008, au terme d'un véritable attentat contre la démocratie, de s'asseoir sur le résultat de l'expression du peuple souverain et de faire passer en catimini le traité de Lisbonne, un "traité simplifié" qui reprend quasiment à l'identique le texte rejeté par référendum.

 

Que nous dit François Bayrou sur ce déni de démocratie ? (à partir de la 12ème minute environ, sur cette vidéo)

 

"Je n'ai pas voté le traité de Lisbonne."

 

"Le traité de Lisbonne, pourquoi je ne l'ai pas voté ? Parce qu'il a été adopté en catimini alors que le précédent traité avait été rejeté par référendum et que je m'étais engagé, si j'avais été élu président de la République, à soumettre un texte au référendum, compréhensible par tous les citoyens, pour qu'ils puissent l'adopter ou le refuser en toute connaissance de cause."

 

"Ce que le peuple a refusé, seul le peuple peut un jour de nouveau l'accepter sur des bases nouvelles."

 

On voit à son intonation que la question semble le gêner, mais si nous le comprenons bien, François Bayrou n'aurait donc pas approuvé le traité de Lisbonne. Bien. Mais que nous disent les archives du site du MoDem ? Fin 2007, face à Jean-Pierre Elkabbach, il affirmait sans hésitation :

 

"Je voterai ce traité."

 

Quelques mois après (Février 2008), à propos du vote sur la révision constitutionnelle préalable à la ratification, le centriste déclarait :


"Je vais voter oui sans enthousiasme. On aurait voulu que cela soit un grand pas en avant pour l'Europe. C'est très loin de cette ambition."


"On a tellement besoin d'Europe que, si on peut la débloquer, cela sera mieux que rien."


"Tout ce qui peut débloquer l'Europe, aussi peu que cela soit, je l'accepte et je le soutiens."

 

Les archives de l'Assemblée Nationale nous montrent d'ailleurs, qu'effectivement, François Bayrou a voté en faveur de la révision de la Constitution, le 4 Février 2008. Par ce vote, il donnait carte blanche à la ratification du traité de Lisbonne quelques jours plus tard par l'Assemblée Nationale et par le Sénat. Cette deuxième étape n'était qu'une simple formalité, comme le montrent les rapports des journalistes de l'époque. Nombre de députés et de sénateurs n'y ont d'ailleurs pas participé ; le président du MoDem faisait partie des absents.

 

S'il était si opposé à l'adoption du traité de Lisbonne qu'il le prétend, pourquoi n'a-t-il pas voté contre ? S'il était pour le texte mais contre la manière dont il était question de l'adopter, peut-être aurait-il pu participer et s'abstenir ? Non : il n'a pas du tout pris part à ce second vote, bien moins important, il est vrai. La révision de la constitution étant acquise, sa présence n'était de toutes façons plus nécessaire. Une absence pour protester, comme il l'a soutenu avec aplomb face à Natacha Polony et Audrey Pulvar ? Pas vraiment, comme on peut le constater sur le blog de Jean Quatremer, que l'on peut difficilement soupçonner d'euroscepticisme : le président du MoDem était tout simplement hospitalisé au moment du scrutin. Son absence n'avait donc rien d'intentionnel, contrairement à ce qu'il a déclaré devant les caméras de France 2. Il ne s'agissait nullement d'un geste politique. Voilà ce que l'on appelle, en bon français, un mensonge.

 

À l'heure où les élections approchent et où la zone euro se fissure en raison des défauts de fabrication des traités euro-libéraux négociés depuis 20 ans, il est compréhensible que le béarnais regrette certains de ses choix. Les politiques soutenues jadis au nom de l'Europe qui nous protège et de la concurrence libre et non faussée ont montré leur nocivité et leur irréalisme. Nous pouvons comprendre le choc du croyant qui a passé sa vie à construire des églises et qui s'aperçoit qu'au final, Dieu n'existe pas. Il n'y a aucune honte à faire des erreurs : le tout est de ne pas hésiter à les reconnaître. Tenter de nier sa responsabilité en jouant avec les mots ou en réécrivant l'histoire, en revanche, n'est pas digne d'un candidat à l'élection suprême qui prétend vouloir offrir un "discours de vérité".

Publié dans MoDem

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boudu 10/02/2012 07:56

Au moins, Bayrou n'est pas un formaté de l'ENA comme Hollande, Fabius, Royal ou Chirac, ni un avocat véreux comme Sarko, Copé, Borloo, Lagarde, Woerth et compagnie...

Bayrou a fait des erreurs quand il était jeune ministre de Balladur et il en a reconnu pas mal... alors foutez-lui la paix avec cela. Y a que les cons qui ne changent pas d'avis. Entre le monde
d'il y a 20 ans et celui d'aujourd'hui... il y a une sacrée différence même si vous refusez de la voir parce que les seuls trucs que vous pouvez trouver contre Bayrou remonte à 1993.... Sarkozy et
Hollande ils se coltinent 10 fois plus de casseroles.

boudu 10/02/2012 07:53

La masse est bien trop ignare et a la mémoire courte, alors bon, quel politique ne s'en priverait pas ?

Béarniais 15/01/2012 10:49

oui on a bien compris que lorsque le Figaro comme les sondages vend ton pote, il est extra

Tu peux nous rappeler pourquoi il y a eu des manifs et de qui ? Parce que ton pote a honteusement favorisé financièrement le PRIVE ( cassé par le conseil constitutionnel) , ce qui n'a pas empêché
qu'il lèche le cul des syndicats pendant les années qui ont suivi pour ne plus se faire remarquer et rester planqué au ministères

"éloigné depuis une quinzaine d'années" ? Je n'ai pas vu passé le temps depuis Avril 2007 , moi LoL

Vigilance Orange 15/01/2012 06:12

Bayrou ,

se couchant devant les syndicats jusqu'à provoquer une manifestation de plus d'un million de personne selon ces mêmes syndicats .

Quand aux analyses du Figaro , je vous laisse y souscrire . Perso , je n'en méfie .

Ensuite , vous devez savoir qu'un ministre "ça ferme sa geule ou ça démisionne " .

Enfin , il ne vous aura pas échappé que Bayrou c'est éloigné de la droite version Sarkosy/Copé/Guéant/Villepin il y a une 15éne d'années car il était en désaccord avec les politiques suivies .

Mais ,il est toujours et a toujours été favorable à l'Europe et à l'€uro . Et il voudrait rapprocher l'Europe des citoyens car , bien sûr l'Europe actuelle ne fait rêver personne .

Bonne journée .

Béarniais 14/01/2012 22:17

tiens pour te confirmer ce que je dis tu noteras que Bayrou n'a pas plus compris que les autres «les chefs d'Etat n'ont pas forcément établi le bon diagnostic sur les raisons profondes de cette
crise». Ce qui, selon S&P, les empêche d'y apporter les bonnes réponses. «Tous les pays se concentrent essentiellement sur des remèdes budgétaires en réduisant leurs déficits excessifs, en
particulier dans les pays périphériques, mais la crise de la zone euro s'explique surtout par un écart de compétitivité qui n'a cessé de se creuser entre certains pays européens depuis le lancement
de la monnaie unique», estime Moritz Kraemer." et «Si il y avait eu une règle d'or budgétaire dans les pays auparavant, il n'est pas certain que la crise aurait été évitée»
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/01
/14/04016-20120114ARTFIG00445-sampp-s-explique-la-reponse-a-la-crise-n-est-pas-la-bonne.php