Les regrettables travers du Parti Socialiste

Publié le par Yohann Duval

Les petites querelles locales à propos des élections législatives occupent tout l'espace médiatique. Le Parti Socialiste devrait remporter une large victoire, mais sa soif d'hégémonie le conduit à prendre des postures particulièrement étonnantes ici et là. Pendant ce temps, la crise de l'euro se poursuit, dans un silence assourdissant.

 

 

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Olivier Falorni

 

 

Hystéries électorales

 

Personne ne peut ignorer LA nouvelle de la semaine, le plus grand évènement des législatives 2012 : Valérie Trierweiler sait utiliser Twitter. Son soutien au dissident Olivier Falorni fait la une des journaux et le régal des amateurs de ragots. Il faut dire que ce candidat pourrait bien être le grain de sable venant enrayer la mécanique électorale bien huilée des socialistes, celle qui devait propulser Ségolène Royal au perchoir de l'Assemblée nationale dès le lendemain de son élection. En se maintenant au deuxième tour, il pourrait l'emporter assez nettement sur la Madone du Poitou.

 

À Solférino, on apprécie guère ce changement de programme. On peste, on brûle sur la place publique l'impertinent. Qu'importe son passé militant, son ancrage local, son rôle de mandataire financier de François Hollande lors de la primaire socialiste : en ne suivant pas aveuglément la consigne du Parti, il est devenu l'homme à abattre. Alors on fait défiler les ministres, uniquement pour "sauver" une personne certes dotée de qualités indéniables, mais qui a été parachutée et qui n'a pas reçu l'onction des militants.

 

Martine Aubry déclarait Lundi :

 

"Nous devons nous désister pour le candidat de gauche le mieux placé. Quand on est de gauche, on ne va pas essayer de battre une camarade avec les voix de la droite."

 

C'est au nom de cette fumeuse règle prévoyant le retrait systématique des candidats de gauche les moins bien placés, règle pouvant aboutir à la présence d'un seul candidat au second tour, qu'on ordonne au félon de se retirer, au lieu de laisser les électeurs trancher. Problème : le PS lui-même n'applique pas cette règle partout. C'est ainsi que Slimane Tir se maintient dans la 8ème circonscription du Nord face à Dominique Baert, député socialiste sortant auquel il avait été demandé de s'effacer pour faire place au candidat d'Europe Écologie, en vertu d'un accord électoral de sinistre mémoire. "Nous avons été qualifiés pour le second tour, nous irons jusqu'au bout" assure même très sérieusement le secrétaire départemental local, Gilles Pargneaux, qui, pris probablement d'un soudain accès de cécité, ne voit aucune contradiction entre cette attitude et les déclarations de Martine Aubry.

 

Incohérences et calculs douteux

 

Le Parti Socialiste, en soutenant les parachutages et en ne respectant pas partout la règle qu'il prétend vouloir faire appliquer, s'adonne à des calculs court-termistes très dangereux. Un peu comme celui qui le conduit à soutenir, dans la 3ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Sylvie Andrieux, pourtant poursuivie pour détournement de fonds publics. Qu'importe si le FN pourrait tirer un grand bénéfice, sur le long terme, de cette épineuse situation : il ne faut pas oublier que pour certains socialistes, la patrie serait en danger si un député sur 577 (c'est à dire 0.17%) venait à représenter un parti qui obtient régulièrement plus de 10% des voix.

 

Ce jusqu'au-boutisme peut également servir à justifier un soutien clair et sans équivoque aux candidats de la droite sarkozyste dans d'autres circonscriptions. Le mépris affiché envers les "voix de la droite" (une bien curieuse expression...), ces infamies qui viendraient troubler la pureté virginale des "voix de la gauche", peut donc, selon la situation, se muer en encouragements bienveillants. Curieux. Et que nous dit Olivier Thomas lorsque Marine Le Pen appelle à voter en sa faveur pour battre Nathalie Kosciusko-Morizet dans la 4ème circonscription de l'Essonne ? Que les frontistes sont "des électeurs, des citoyens", des gens normaux, en somme. Être élu avec "les voix de l'extrême-droite" serait dans ce cas précis totalement légitime, contrairement à La Rochelle. Que c'est compliqué, le socialisme !


Pendant ce temps, en Europe...

 

Ces petites querelles politiciennes doivent laisser perplexe François Hollande. Alors que ces histoires de carrières et d'egos au sein de la nouvelle majorité pourraient finir par nuire à son image, il doit faire face à la crise, qui ne s'est pas arrêtée pendant la campagne électorale. Après des mois de déni, l'Espagne s'est résignée à demander de l'aide à ses partenaires européens pour renflouer son secteur bancaire. En accord avec les mécanismes décidés récemment, l'Italie participe à ce sauvetage en fournissant aux alentours de 20% de la somme totale, et prête donc de l'argent à 3%... alors qu'elle emprunte elle-même désormais à plus de 6%, ce qui risque de la faire plonger à son tour. Un "coup de génie" que n'a pas manqué de relever Nigel Farage devant le parlement européen.



 


 

En Grèce, alors que les élections approchent et que Syriza, le parti de gauche anti-austérité, est au coude à coude avec la droite, la pression s'accentue sur les électeurs. Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision "Mega", François Hollande a décidé de hausser le ton, en affirmant que "l'abandon pur et simple du mémorandum serait regardé par beaucoup de participants de la zone euro comme une rupture" et que "les pays de la zone euro doivent rester dans la zone euro, à condition de le vouloir". Autrement dit, le nouveau président agite le spectre de la faillite et de la sortie de l'euro pour tordre le bras du peuple Grec et l'obliger à "bien voter", c'est à dire à soutenir les partis en faveur de l'odieux et inefficace plan de destruction du pays.

 

Ce faisant, il ne fait que démontrer une évidence : la zone euro, mal pensée, n'est actuellement qu'une gigantesque machine libérale dressée contre les peuples, à qui l'on fait payer la facture des erreurs de leurs élites (rappelons que la France a déjà dépensé 100 milliards dans les différents plans de "sauvetage"...). En soutenant la même politique que l'axe Merkel-Sarkozy qu'il avait pourtant dénoncé avec tant de vigueur, le nouveau président vient de donner un signal particulièrement inquiétant pour l'avenir du continent.

 

Mais tout cela est sans doute bien moins important qu'un tweet de Valérie Trierweiler, j'en conviens.

 

Publié le 15/06/2012 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Législatives 2012

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