Mario Monti, l'exemple à suivre pour les socialistes ?

Publié le par Yohann Duval

"Mario Monti et son gouvernement ont redonné à l'Italie qui est un grand peuple et une grande nation, son rayonnement et son honneur". C'est par cette déclaration que Laurent Fabius a accueilli la démission du chef du gouvernement italien. Selon le ministre des affaires étrangères, les mesures prises par le successeur de Silvio Berlusconi méritaient d'être saluées, "du point de vue de la France et de l'Europe". Mais qu'a-t-il concrètement fait, à la tête de son pays ?

 

 

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L'ascension d'un technocrate non-élu

 

Revenons d'abord sur les modalités de son arrivée au pouvoir. En pleine crise de la zone euro, Mario Monti n'est pas parvenu à la tête de l'Italie par la voie des urnes : il a été nommé par Giorgio Napolitano pour former un nouveau gouvernement suite à la démission du cavaliere. Cette absence de légitimité démocratique n'a guère gêné les européistes les plus acharnés, qui ont même vu dans cette accession soudaine au pouvoir le meilleur moyen de calmer les marchés.

 

La démocratie pouvait bien attendre : comment envisager un meilleur candidat qu'un économiste, ancien conseiller de la banque d’Italie et ancien commissaire européen ? Chaque eurobéat sait qu'il n'y a rien de bon à attendre des peuples et que la lumière ne peut provenir que de la très sainte Commission ou de l'un de ses messagers. L'arrivée du professore a ainsi vite été comprise comme un don du ciel et les appels à la formation d'un "gouvernement d'experts" en France ont rapidement suivi. Ils n'ont fort heureusement pas été entendus. Pour l'instant, du moins.

 

L'austérité comme seul horizon

 

Aujourd'hui, Mario Monti est régulièrement qualifié de sauveur de l'Italie. Il ne se passe pas une journée sans que les chantres de la pensée unique nous louent ses mille vertus et son sens inouï du sacrifice. Ah ! Comme nous serions heureux si nous avions l'honneur de pouvoir compter sur quelqu'un comme lui ! Car des sacrifices, il y en a eu : coupes budgétaires drastiques, hausses des impôts, diminution des effectifs de la fonction publique, désindexation des retraites sur l'inflation... une potion tellement amère qu'il y a un an, elle avait fait fondre en larmes Elsa Fornero, l'une des ministres chargées d'appliquer ces mesures.

Le résultat ? Comme partout, l'austérité s'est traduite par un désastre économique et par une importante régression sociale : la récession a été bien plus forte que prévue (-2.3% pour 2012). Le chômage est passé en quelques mois de 9.5% de la population active au taux record de 11.1% (un million d'emplois perdus). Chez les jeunes, la proportion de personnes qui ne travaille pas a même atteint les 35%. La consommation des ménages a chuté de plus de 3%, la production industrielle de 4.2 %. Tout cela pour voir la dette s'accroître de 50 milliards d'euros et les suicides de chômeurs ou d'entrepreneurs criblés de dettes se multiplier.

 

Mais Monti voit dans ces chiffres et dans ces drames humains le témoignage de sa réussite éclatante : "Les marchés commencent à reconnaître nos succès", déclarait-il triomphalement fin Août, tout heureux de pouvoir se targuer d'avoir reçu les félicitations d'Angela Merkel. Pour défendre la religion de l'euro et apaiser des marchés déifiés, les européistes osent tout, et c'est même à cela qu'on les reconnaît.

 

Un avant-goût de ce qui attend la France ?

 

C'est donc bien ce bilan désastreux qui est aujourd'hui regardé avec admiration par le gouvernement socialiste. De quoi nous faire craindre le pire, d'autant que la progression ininterrompue du chômage dans notre pays, la contestation sociale et les défaites électorales ne semblent pas en mesure de provoquer, chez un François Hollande prisonnier de ses dogmes et de ses illusions, un retour à la réalité salutaire.

 

Mario Monti va donc démissionner. Peut-être pour mieux revenir. Il pourrait trouver sur sa route Silvio Berlusconi, caricature de l'homme politique à la probité incertaine et aux convictions chancelantes. Entre la peste et le choléra, le choix s'annonce cornélien pour des Italiens désemparés. À moins qu'un nouveau venu, le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui dénonce les cures d'austérité de "Rigor Montis" et qui demande un référendum sur le maintien de l'Italie dans la zone euro, ne rafle la mise ?

 

Publié dans Europe

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Jardidi 12/12/2012 17:32

J'ai bien peur que votre latinité n'ai de nouveau frappé. Il ne se passera rien. Chez les latins, il ne se passe jamais rien à part une petite révolte pas forcément victorieuse ici ou là. Il faudra
d'abord attendre que nous ayons 80% de pauvres pour que cela change peut-être et pas forcément dans la bonne direction. Votre petit pays aura largement le temps d'aller jusqu'au bout de l'abjection
que lui impose sa soumission volontaire à l'Allemagne.

Yohann Duval 12/12/2012 18:50



Je ne partage pas ce défaitisme. Parvenir à trouver une majorité pour se libérer de nos chaînes sera évidemment difficile, mais impossible ? Certainement pas. Le sentiment national est quelque
chose de fort ; il peut être mis en sommeil mais ne s'éteint pas en 20 ans.