Monti et l'UE désavoués par les Italiens

Publié le par Yohann Duval

Appelés aux urnes, les Italiens ont rendu leur verdict : ils ont massivement rejeté la politique menée par le gouvernement de Mario Monti. Alors que la plupart des journaux Français louaient les qualités du "professore" et que nos ministres soulignaient son courage, espérant une éventuelle alliance avec le centre-gauche dirigé par Pier Luigi Bersani, tous les pronostics ont été déjoués. Nos voisins ont accordé une large majorité de leurs suffrages à des partis hostiles à l'austérité, à l'euro ou à l'Union Européenne.

 

 

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Monti l'européen balayé, Grillo l'anti-euro au sommet

 

La première leçon de ce scrutin est bien évidemment le rejet massif du candidat des marchés, l'ex-commissaire européen et ancien de Goldman Sachs, Mario Monti. Notre caste politico-médiatique voyait en lui le sauveur de l'Italie (rien que ça !), mais les principaux intéressés ont assez peu apprécié les mesures anti-sociales qui n'ont d'ailleurs eu aucun effet bénéfique sur l'emploi et la croissance. Un million d'emplois perdus, la récession, une consommation en berne et 50 milliards de dette supplémentaires : un bilan qui n'a convaincu qu'un électeur sur dix malgré les soutiens extérieurs. Une déroute.

 

Cet échec contraste avec le succès impressionnant de Beppe Grillo. Ancien humoriste, il a su canaliser la colère du peuple Italien et sa méfiance à l'égard des puissances étrangères qui ont ruiné le pays après avoir imposé leur marionnette à sa tête. Se voulant le fossoyeur de la classe politique en place et proposant un référendum sur l'appartenance de l'Italie à la zone euro, il a su convaincre un quart de l'électorat. Ses troupes entreront en force à la chambre des députés et au Sénat.

 

Les partis traditionnels au coude à coude

 

Les deux grandes coalitions de gauche et de droite sont, quant à elles, au coude à coude. Alors que les sondages et les premières estimations donnaient la gauche largement en tête, les résultats définitifs sont bien moins favorables à Pier Luigi Bersani. Silvio Berlusconi a réussi son pari : s'il n'a pas su arracher la victoire, il a néanmoins évité l'humiliation promise (les spécialistes ne lui accordaient guère plus de 15% d'intentions de vote au début de la campagne).

 

Le résultat, en terme de sièges, se traduit par une victoire de la gauche à la chambre des députés et par une incertitude au Sénat, où Beppe Grillo, qui refuse toute alliance, peut empêcher la formation d'une majorité. Dans ces conditions, il semble improbable qu'un gouvernement stable puisse finir par émerger. Quoi qu'il arrive, l'alliance de Monti et de la coalition de Bersani ne sera pas suffisante, au grand dam de la plupart de nos commentateurs politiques et des européistes forcenés.

 

Le "populisme" au banc des accusés

 

Au lendemain de ce scrutin, un mot en vogue depuis l'échec du référendum de 2005 est sur toutes les lèvres : "populisme". Un terme bien commode, qui sonne comme une injure, pour désigner tous ceux qui osent remettre en cause l'ordre établi. Vous avez voté non au référendum, vous êtes contre l'euro ou contre cette UE-là, celle de l'austérité et du moins-disant social ? Alors vous n'êtes qu'un "populiste" !

 

Il ne faut pas être devin pour déceler que derrière ce vocable se cache en réalité une véritable haine du peuple, perçu comme une masse d'imbéciles incapables de décider de leur avenir, qu'il faudrait "guider" tel un enfant. Une conception détestable, qui dissimule assez mal un authentique mépris pour la démocratie, mais qui a totalement intégré le lexique de tous les adeptes de la pensée dominante...

 

 

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Le renouveau en Europe se poursuit

 

Le succès de Beppe Grillo et de son "Mouvement 5 étoiles" doit s'analyser comme une nouvelle manifestation de la poussée de l'euroscepticisme en Europe. La crise de l'euro et les plans d'austérité imbéciles ont créé une situation explosive, qui permet l'émergence de mouvements qui ne faisaient jusqu'ici que des scores modestes, ou qui n'existaient pas du tout.

 

En Grèce, les partis opposés à la Troïka, tels que Syriza ou les Grecs Indépendants, ont enregistré d'excellents scores. Au Royaume-Uni, les succès du UKIP de Nigel Farage font de ce parti (qui n'avait jamais passé la barre des 3% avant 2010) la troisième force politique du pays. Les Français, eux aussi, auront tôt ou tard l'occasion de faire entendre d'autres voix. Pourquoi pas dès les européennes de 2014 ?

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Aurélie 26/02/2013 22:00

Très bonne description du terme "populisme" tel qu'il est employé à tout va ces temps-ci, comme si c'était honteux d'être à l'écoute du peuple...

Espérons que les Français sauront également, de la même façon que les Italiens, défendre leurs intérêts face à cette Europe qui les assomme.

Yohann Duval 02/03/2013 18:48



Oui, il n'est jamais trop tard pour bien faire.