Nicolas Sarkozy à Villepinte : hypocrite et incohérent

Publié le par Yohann Duval

J'écrivais ici-même il y a quelques semaines à propos du désamour des européens pour l'infernale machine anti-sociale et anti-démocratique qui gouverne désormais leurs vies, à savoir l'Union Européenne. J'affirmais qu'il devenait difficile de trouver des soldats pour défendre sans ambiguïté son organisation, ses décisions, son avenir. Le discours de Nicolas Sarkozy a Villepinte a renforcé ma conviction : le président-candidat, européiste convaincu, se voit désormais contraint d'orner ses discours de petites attaques contre l'UE, entité qu'il a pourtant soutenue pendant toute sa carrière, allant même jusqu'à violer la parole du peuple Français en organisant la ratification en catimini du traité de Lisbonne en 2008.

 

 

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Morceaux choisis du discours

 

Dans le monde tel qu’il est, une Europe qui ne tirerait pas les leçons de la crise, une Europe qui, au lieu de protéger, rendrait impossible toute protection, une Europe qui, au lieu d’être un moyen d’agir, deviendrait un facteur d’impuissance serait une Europe qui non seulement ne résisterait pas aux crises futures mais qui trahirait son ambition initiale et le rêve de ses pères fondateurs.

 

Elle doit affirmer sa volonté politique. Elle ne peut être le jouet des seules forces de la concurrence, du marché, et de la loi des pays les plus forts dans le monde.

 

Les accords de Schengen ne permettent plus de répondre à la gravité de la situation. Ils doivent être révisés. Il faut mettre en oeuvre pour Schengen une réforme aussi structurelle que celle que nous venons de mettre en oeuvre pour l’euro. On ne peut pas laisser la gestion des flux migratoires entre les seules mains des technocrates et des tribunaux. Les décisions d’entrée sur notre territoire doivent être l’expression d’une volonté politique décidée par la souveraineté nationale.

 

L’Europe ne peut pas être la seule région du monde à si mal faire respecter ses frontières, à si peu défendre ses intérêts, à tant ignorer les angoisses de ses citoyens.

 

L’Europe qui ouvre tous ses marchés publics quand d’autres n’en ouvrent aucun, c’est non. Agir ainsi, ce n’est pas accepter le libre- échange, c’est accepter d’être une Europe passoire.

 

Voilà comment je veux réconcilier l’Europe du « non » et l’Europe du « oui », la France du « non » et la France du « oui ».

 

La débandade des "ouistes"

 

À la lecture de ces quelques extraits, les questions qui se posent sont les suivantes : que reste-t-il de l'idéologie des partisans du oui au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen (TCE) ? Que reste-t-il de ceux qui louaient les vertus du traité de Lisbonne, copie conforme du TCE rejeté quelques années plus tôt ? Comment celui qui a voulu faire passer en force ce traité qui sanctifie le dogme de la "concurrence libre et non faussée" peut-il oser se plaindre des dérives provoquées par celle-ci ? Le libre-échange sans règles, la concurrence déloyale, il les a soutenus en votant en faveur de ce texte ! Comment espère-t-il reconquérir les "nonistes" alors qu'il a volé leur victoire et violé leur liberté de décision ?

 

Sans surprise, les anciens partisans du non ont immédiatement raillé la prise de conscience soudaine du président-candidat, qu'ils jugent (à raison) opportuniste et hypocrite. Rappelons simplement que Nicolas Sarkozy rejetait il y a quelques mois seulement toute idée de protectionnisme...

 

Arnaud Montebourg, sur Twitter, a ironisé sur sa conversion à la démondialisation.

 

 

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Jean-Luc Mélenchon, de son côté, s'est fendu d'un commentaire narquois :

 

"La France vient de dire, par son président de la République, qu'il est normal, lorsqu'une décision européenne s'applique, qu'une grande nation désobéisse si ça ne convient pas à l'idée raisonnable qu'elle se fait du bien commun. Clairement, ça facilite ma tâche, car celui qui défend depuis le début le principe de désobéissance à l'égard de l'Europe, c'est le Front de gauche."

 

Enfin, sur BFM TV, Nicolas Dupont-Aignan a judicieusement fait remarquer que le président, lors de son discours, avait lancé "un violent réquisitoire contre son propre bilan en matière européenne". 

 

"Lorsqu'il s'en prend aux flux migratoires et à Schengen, c'est à sa propre politique que le président-candidat s'attaque. Lorsqu'il critique la commission de Bruxelles et plaide en faveur de la souveraineté nationale, c'est sa propre action qu'il désavoue. Le pyromane Nicolas Sarkozy demande aujourd'hui la confiance des Français pour devenir pompier en chef et pour éteindre l'incendie qu'il a contribué à raviver."
"Comprenant que les Français rejettent la politique mondialiste qu'il a vanté tout au long de sa carrière, Nicolas Sarkozy entend se faire passer pour le défenseur de la liberté de la France et de la souveraineté du peuple : lui qui a défendu tous les traités européens depuis 20 ans, lui qui a voté oui à la Constitution européenne de 2005 puis bafoué le vote des Français en adoptant le traité de Lisbonne, lui qui a fait voter en catimini le traité MES qui est le plus fédéraliste de tous les traités européens ! Il n’y a décidément plus de limite à l’escroquerie."
 

Un peu à la manière de François Bayrou, qui vante le "made in France" d'un côté et réclame une autorité européenne pour incarner "face aux intérêts nationaux, l'intérêt supérieur de l'Union" de l'autre, Nicolas Sarkozy use et abuse d'un double-langage visant à faire oublier sa lourde responsabilité dans l'affaiblissement de la France. Il fait partie de ceux qui, au même titre que François Hollande, d'ailleurs, l'ont rendu impuissante en soutenant tous les traités qui l'ont désarmée.

 

Un discours hypocrite pour une fin de règne piteuse

 

Malheureusement pour le candidat de l'UMP, lorsque l'on chasse le naturel, il finit toujours par revenir au galop. Le président sortant n'a ainsi pas hésité à s'en prendre à ceux qui n'ont pas soutenu le MES, véritable horreur anti-démocratique :


"Honte à ceux qui au nom d’intérêts partisans n’ont pas eu le courage de voter en faveur du nouveau traité européen. Que disent-ils aujourd’hui aux Français, alors que la crise grecque est derrière nous ? Refusent-ils toujours les choix de la France au seul motif qu’il leur faudrait être contre le président de la République ?"

 

Savoir dire tout et son contraire dans un même discours est l'une des marques de fabrique du président. Fort heureusement, ces revirements hypocrites incessants ne trompent plus personne. La fin de son règne est proche : tant mieux !

Publié dans Présidentielle 2012

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