Pour un référendum sur le futur traité européen

Publié le par Yohann Duval

Traumatisés par le résultat du 29 Mai 2005, les euro-libéraux se montrent très réticents à l'idée de demander aux peuples d'Europe leur avis sur le futur de l'Union. Le mécanisme européen de stabilité (MES) a été approuvé dans le silence le plus total, alors qu'il s'agissait d'un "premier pas vers une Europe fédérale avec son propre Trésor public et un budget conséquent", selon Daniel Cohn-Bendit et ses amis. Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire ("TSCG", pour simplifier) risque de prendre le même chemin. Les européistes veulent faire "avancer" l'Europe, coûte que coûte, même si cela signifie aller contre la volonté des peuples.

 

 

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Un traité de régression démocratique

 

Qu'est-ce que le TSCG ? Un traité disciplinaire, qui consiste d'abord à établir de manière totalement illégitime une "règle d'or" au niveau européen : le déficit public structurel serait ainsi limité à 0,5% du P.I.B. Ce traité contient également une clause de désendettement : l'objectif est de faire revenir les pays signataires à un endettement équivalent à 60% du P.I.B. d'ici 20 ans. Au lieu de remettre en cause le dogme de la monnaie unique ou de revoir la façon dont fonctionne la zone euro, nos élites préfèrent s'adonner à véritable exercice d'auto-flagellation qui n'aura pour seules conséquences que l'augmentation du taux de chômage et la paupérisation des citoyens.

 

Que se passerait-il si un pays ne pouvait pas respecter ces engagements ? En cas de déficit excessif, la Commission et le Conseil européens auraient la possibilité de s'ingérer dans les affaires du Parlement de l'État "délinquant" pour le punir. Pour clouer cette nation au pilori, un "programme de réformes structurelles", comparable à celui mené en Grèce, pourrait alors être appliqué : baisse des salaires, destruction de la fonction publique, privatisations... une cure drastique d'austérité euro-libérale à laquelle les dirigeants ne pourraient que se plier. Cerise sur le gâteau, des sanctions financières seraient décidées (de manière quasi-automatique). On demanderait ainsi à des pays déjà en difficulté de verser 0,1% de leur P.I.B. À titre d'exemple, l'amende éventuelle pour la France s'élèverait dans ce cas à 2 milliards d'euros.

 

L'intrusion des institutions européennes dans les affaires nationales serait une atteinte majeure à la souveraineté budgétaire de chaque État. Le TSCG permettrait en effet à quelques technocrates de décider de la diminution, voire de la suppression, de dépenses qu'ils considèrent comme inutiles. Dans le cas de la France, le budget de la défense et les sommes allouées à la dissuasion nucléaire pourraient ainsi être touchés par la ratification de ce traité, sans que les Français puissent avoir leur mot à dire à ce sujet. Il s'agit là d'une régression démocratique indéniable, un pur cauchemar pour les peuples d'Europe qui se voient dépossédés de leur capacité à décider de leur avenir.

 

Qui plus est, cette stratégie visant à imposer l'austérité partout sur le continent est proprement suicidaire : l'effort à fournir est démesuré et ne peut que plonger le continent dans une récession prolongée. Jean-Pierre Chevènement, dans un discours lucide au Sénat, estime qu'il faudrait notamment réduire de 5,5 points le déficit des administrations publiques Françaises d'ici 2016, c'est à dire de plus de 110 milliards d'euros. Une politique similaire menée dans toute l'Europe aurait des conséquences terribles.

 

"La réduction brutale et simultanée des dépenses publiques, au prétexte d’assurer le remboursement des dettes, rendra celui-ci plus difficile encore, comme on le voit en Grèce, pays désormais mis en tutelle et pour longtemps, au mépris des idéaux de démocratie et de responsabilité sur lesquels on prétendait fonder l’Europe."

 

Le visage de l'Union Européenne (et de la zone euro en particulier) serait profondément modifié par ce traité. Des décisions particulièrement intrusives pourraient être prises, sans aucune considération pour la souveraineté nationale des États en difficulté. Des nations entières pourraient être reléguées au statut de simple protectorat, de manière quasi-automatique. L'exemple Grec nous a montré la monstruosité et l'imbécilité de telles décisions. Il apparaît inconcevable de ne pas débattre de cette façon de faire. Les Irlandais ont déjà annoncé leur intention d'organiser un référendum. Les autres Européens, et parmi eux les Français, doivent pouvoir donner leur avis sur ce sujet !

 

 

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Des référendums pour tout, sauf l'Europe

 

Nicolas Sarkozy, ce grand démocrate sous le règne duquel a été perpétré l'attentat contre la parole du peuple que représente le traité de Lisbonne, souhaiterait recourir au référendum sur certaines questions "en cas de blocage manifeste". Il proposait ainsi, il y a quelques semaines, de demander aux Français de s'exprimer directement pour savoir si oui ou non il est nécessaire de contraindre les chômeurs à suivre une formation ou à accepter n'importe quelle proposition d'emploi. Une manière douce d'affirmer que les chômeurs sont des fainéants, des profiteurs incapables de se prendre en main...

 

Cependant, quand il s'agit d'Europe, le peuple tant aimé devient méprisable. Trop bête pour décider de son avenir. "S'agissant d'un traité avec 200 articles, je ne vois pas la question claire qu'il y aurait" osait-il le 27 Février face à un Jean-Michel Aphatie curieusement bien plus accommodant qu'à l'accoutumée. Voilà comment celui qui clamait haut et fort qu'à chaque "grande étape de la construction européenne", il fallait "solliciter l'avis du peuple" entend désormais fuir la consultation la plus indiscutable qui soit.

 

François Bayrou, de son côté, n'est pas en reste pour ce qui concerne l'hypocrisie. Il veut ainsi un référendum "sur la moralisation de la vie politique". Mais pour ce qui concerne le nouveau traité européen ? Sylvie Goulard nous livre la vision du MoDem sur la question :

 

"Certaines questions techniques, comme les mécanismes de secours au sein de la zone euro par exemple, s’y prêtent mal. Elles requièrent une expertise financière et une connaissance du contexte européen dont l’immense majorité des électeurs sont dépourvus."

 

"Prôner des référendums ponctuels est une mauvaise réponse à une question très sérieuse. C’est céder à la tentation d’une démocratie à petite échelle, intermittente, risquant d’engluer l’UE dans le jeu des vetos."

 

Pour les partisans du Béarnais, le peuple est intrinsèquement stupide, inculte, incompétent. Par ailleurs, pas question de respecter l'avis des nations opposées à certains projets. Au diable le droit de veto ! Au diable le droit d'un peuple à disposer de lui même ! Il convient de tout faire pour que "le travail de l’UE" ne soit pas "à la merci de toutes les élections nationales". Pour ces grands "démocrates", il vaut mieux confier son avenir à un aréopage de technocrates non-élus et d'experts autoproclamés qu'aux peuples. Une méthode qui a fait ses preuves, comme en témoignent le niveau record de chômage constaté sur le continent et l'incapacité de nos élites à trouver une solution raisonnable à la crise de la monnaie unique.

 

Et du côté du Parti Socialiste ? L'incertitude et la cacophonie règnent. Effrayés à l'idée d'apparaître trop européens alors que l'UE ne cesse d'humilier des peuples entiers, les socialistes ne savent plus sur quel pied danser. À quelques exceptions près, ils ne se sont pas opposés au MES et veulent "renégocier" le TSCG. Sur quelles bases ? Avec qui ? Faudra-t-il passer ensuite par un référendum ? Ségolène Royal estimait le 29 Février face à Jean-Jacques Bourdin que "sur des enjeux de cette importance", un référendum serait "une bonne chose".


"Je suis favorable à un référendum qui reposerait clairement aux Français le sens de l'Europe, le contenu du traité européen."

 

"Le peuple a été trop écarté des décisions européennes, donc il y a une sorte de rejet de l'Europe aujourd'hui. Les gens ne comprennent pas pourquoi l'Europe, par exemple, met la Grèce à genoux. Les gens ne comprennent pas pourquoi les instances européennes demandent toujours plus de sacrifices aux mêmes."

 

Un peu de bon sens, cela fait toujours plaisir à entendre. Hélas, l'ex-candidate à la primaire socialiste est bien isolée sur ce point, dans son camp : François Hollande n'entend pas, de son côté, consulter les Français.

 

"On ne va pas faire un référendum pour un traité qui ne marque pas une vraie rupture, comme pouvait l'être le traité de Maastricht."

 

Pour les "ouistes", il est toujours aussi difficile de s'opposer aux projets européens, même quand ceux-ci ont l'allure d'un traité abominable et profondément anti-démocratique. Ils n'ont toujours pas compris que le résultat du référendum de 2005 n'était pas qu'un simple accident et restent persuadés que les Français toléreront éternellement leur asservissement aux décisions émanant de Bruxelles. Un pari lourd de dangers.

 

 

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L'avenir de l'Europe ne peut être envisagé sans les européens

 

Le déficit démocratique dont souffre l'Union Européenne n'en finit pas de croître à mesure que les tentatives désespérées pour sauver l'euro, construction bancale et baroque, s'accumulent. Le TSCG s'inscrit dans une logique consistant à substituer aux "vieilles" nations une "nation européenne" fantasmée et chimérique. Tout est bon pour y parvenir, même la remise en question des bases de la démocratie. La fin peut-elle toujours justifier les moyens ? Les peuples d'Europe souhaitent-ils vraiment s'unir de cette façon ?

 

Il n'y a en réalité qu'une manière d'obtenir des réponses à ces questions : donner directement aux peuples la possibilité de s'exprimer. Et bien évidemment, cette fois, il faudra respecter leurs décisions. Il n'est plus tolérable de voir l'UE s'affranchir de la volonté des citoyens qui la composent. L'Irlande, en affirmant sa volonté de recourir au référendum, a brisé le consensus anti-démocratique qui s'était peu à peu installé au sein des élites du continent. Ne manquons pas cette chance historique de débattre et de mettre fin une fois pour toutes à l'éternel débat opposant fédéralistes et souverainistes ! Un référendum sur le TSCG serait une excellente opportunité de parler enfin des sujets cruciaux. Les Français ont le droit de pouvoir décider de leur avenir !

 

Publié le 09/03/2012 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Europe

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lumieredelarepublique 12/03/2012 12:18

Je vois mal un référendum organisé par ceux qui maintenant ratifient les traités par voie parlementaire.

Yohann Duval 14/03/2012 09:22



Rien ne peut rester figé pour toujours, en politique. Plus il y aura de citoyens réclamant un référendum, mieux ce sera : nos "élites" ne pourront pas éternellement ignorer la volonté des
Français.