Primaire socialiste : un succès provisoire ?

Publié le par Yohann Duval

N'en déplaise aux habituels grincheux de droite, avec plus de 2 millions de votants, la primaire socialiste est incontestablement un succès populaire. L'audience enregistrée lors des 3 débats avait déjà montré que les français avaient soif de politique. La participation de dimanche l'a confirmé.


 

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Observons maintenant les résultats.

 

François Hollande : 39%

Martine Aubry : 31 %

Arnaud Montebourg : 17%

Ségolène Royal : 7%

Manuel Valls : 6%

Jean-Michel Baylet : moins d'1%

 

La grande révélation de l'élection est indiscutablement Arnaud Montebourg. Son protectionnisme assumé, son interventionnisme, sa volonté de mettre au pas les oligarchies financières, ses idées solidement ancrées à gauche et son charisme indéniable ont séduit une large frange de l'électorat. Voilà de quoi donner de l'espoir aux candidats qui porteront en 2012 des idées relativement semblables aux siennes (Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-Aignan et dans une moindre mesure Jean-Luc Mélenchon). Deux échecs cuisants sont à relever : celui du radical Jean-Michel Baylet et surtout celui de Ségolène Royal, victime du souvenir douloureux de la campagne calamiteuse de 2007.

 

Il n'est pas inintéressant de noter que ces échecs concernent les deux candidats les plus ouvertement européistes : Baylet a fait campagne sur le thème du fédéralisme (ce qui a été rejeté en bloc) et Royal s'était prononcée à de multiples reprises en faveur des "États-Unis d'Europe". A l'inverse, c'est Montebourg, le seul "noniste" du lot, qui a réussi à percer et à montrer qu'une autre Europe était possible. Aubry et Hollande, tous deux aussi favorables à l'Europe libérale actuelle que la majorité de l'appareil socialiste, ont été plus discrets sur ce sujet : ils ont visiblement eu raison de taire leurs véritables aspirations.

 

Alors qu'il était raillé, considéré comme ringard voire lepéniste, Montebourg est désormais au centre de toutes les attentions. Les discours changent. Mais comment Aubry, qui a soutenu contre vents et marées Jean-Noël Guérini et qui se dit opposée au protectionnisme car il n'a "pas de sens", pourrait-elle séduire les électeurs "montebourgiens" ? Comment Hollande, soutenu par Valls, pourrait-il attirer les suffrages d'électeurs qui se disent réellement de gauche ?

 

Les débats ont été de bonne tenue et, en dépassant le cadre rigide du projet socialiste, ils ont offert un bel affrontement idéologique (entre Valls et Montebourg en particulier). Les français risquent en revanche de moins apprécier les petites négociations de couloirs et les attaques frontales envisagées par le camp Aubry (qui pourraient diviser plus encore la gauche). Le succès de la primaire socialiste pourrait bien n'être qu'éphémère...

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