Quand la droite du fric vole au secours de Depardieu

Publié le par Yohann Duval

Gérard Depardieu s'en va, les réactions pleuvent et les masques tombent, une fois de plus. Profitant d'une trêve dans l'affrontement spectaculairement ridicule entre Jean-François Copé et François Fillon, l'UMP et ses sbires ont lancé une grande offensive contre le gouvernement socialiste sur le thème de la fiscalité. "Spoliation", "racisme anti-riches", la semaine passée aura été celle des outrances. La France est-elle vraiment cet "enfer fiscal" que nous dépeint l'inénarrable Sophie de Menthon ?

 

 

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Estimant qu'il paie trop d'impôts, Obélix a donc fui pour la Belgique, oubliant au passage qu'il doit sa fortune au public Français et que le cinéma hexagonal dépend très largement des subventions payées par l'ensemble des contribuables. Les critiques ont été vives : Jean-Marc Ayrault a qualifié son attitude de "minable", Philippe Torreton a publié une violente diatribe dans Libération et le gouvernement a fait bloc pour dénoncer le manque de civisme de l'acteur.

 

Il est néanmoins curieux de constater que ce sont ceux qui défendent chaque jour les concepts fumeux de "citoyen du monde" ou de "peuple européen" qui se sont émus le plus rapidement de la désertion de l'égoïste incontinent. "J'en appelle à l'esprit de patriotisme", déclarait ainsi le premier ministre, oubliant au passage que le Parti Socialiste a été l'un des plus habiles artisans de la dissolution de la France dans le magma européen au cours des trente dernières années. Le patriotisme ne serait donc valable que lorsqu'il est question de fiscalité ?

 

Fidèle à ses "valeurs", la droite sarkozyste a de son côté décidé de voler au secours du multi-millionnaire, n'hésitant pas à verser dans l'anti-fiscalisme primaire et rejetant parfois le principe même de la solidarité nationale. Que dire à ces gens qui plaignent les plus fortunés et décrivent notre pays comme l'enfer sur terre, alors même que la France compte plus de millionnaires que n'importe quel pays européen ? Comment ne pas trouver indécente la complainte des nantis quand la chômage et la misère ne font que progresser dans notre pays ?

 

 

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La France, "enfer fiscal" ? Pas pour les plus fortunés, manifestement. Ceux qui défendent Depardieu se trompent de combat : ce n'est pas l'imposition du pourcent le plus fortuné qu'il faut revoir, mais bien celle des "petits". Ce sont en effet les classes moyennes et les PME qui sont matraquées : trop riches pour être aidées, trop pauvres pour profiter des méthodes de défiscalisation, elles sont épuisées par un système fiscal opaque, inégalitaire et très peu progressif.

 

Nicolas Dupont-Aignan a parfaitement raison lorsqu'il affirme que "la droite française, noyautée par des libéraux apatrides, a tort de défendre à tout prix M. Depardieu" car "aucun motif ne peut justifier de déserter son pays". La droite sarkozyste, en justifiant l'injustifiable, montre une fois de plus son vrai visage : celui de l'individualisme et de l'amour du fric, qui fait primer les intérêts d'une poignée de privilégiés sur l'intérêt général.

 

Oui, il faut revoir le niveau des prélèvements obligatoires, dans certains cas. Oui, les socialistes ont été excessifs dans leurs critiques, alors qu'en combattant les idées de nation et de patriotisme par le passé, ils ont largement préparé le terrain à ce genre de décisions individualistes. Mais quitter son pays pour de simples questions d'argent et choisir sa nationalité comme on choisit sa cinquième Rolex est absolument indéfendable.

Publié dans Fiscalité

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