Qui soutient encore cette Union Européenne ?

Publié le par Yohann Duval

Une baisse de 22% du salaire minimum (32% pour les moins de 25 ans). La réduction des dépenses de santé. Un nombre considérable de suppressions de postes dans la fonction publique. Une baisse de salaire pour les fonctionnaires. Des privatisations massives. La liste (non exhaustive) des mesures d'austérité décidées Dimanche soir à Athènes fait froid dans le dos, particulièrement quand on considère l'inefficacité des précédents plans visant à redresser les finances du pays. C'est pourtant ce que la troïka (Union Européenne, Banque Centrale Européenne, F.M.I.) exigeait de la Grèce pour lui "offrir" une nouvelle aide. Finies les grèves gentillettes : devant l'ampleur de la régression sociale, cette fois, la situation a légèrement évolué.

 

 

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La Grèce est saignée à blanc. Loin d'être rassasiés, les dirigeants Allemands se montrent de plus en plus exigeants. "Les promesses de la Grèce ne sont plus suffisantes à nos yeux" déclarait ainsi Wolfgang Schäuble, dont l'arrogance et l'aveuglement risquent de renforcer le sentiment germanophobe déjà bien présent depuis le début de la crise. L'humiliation d'un peuple, rétrogradé au statut d'insignifiant protectorat, ne peut évidemment pas être considérée comme la voie royale pour faire émerger une "solidarité européenne" (concept chimérique, au demeurant, en l'absence de "peuple européen"). Ce genre de déclarations ne fait que tuer petit à petit la belle idée d'Europe. Il n'y a aucune vision sur le long terme : au nom de l'immédiat, on hypothèque l'avenir.

 

 

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Combien de temps, combien de sacrifices, combien de victimes faudra-t-il pour que l'Union Européenne retrouve la raison ? Les plans d'austérité imbéciles décidés depuis 2 ans ont conduit le continent à la ruine : le taux de chômage dans la zone euro a atteint son niveau record en 2012. Loin de tirer les leçons de cet échec, nos "élites" poursuivent leur marche suicidaire d'un pas décidé. Pas question de remettre en cause la monnaie unique, mal conçue, inadaptée, responsable d'une grande partie des déséquilibres de la zone. Pas question de revoir les traités qui, en enfermant nos nations dans un carcan, les ont conduites au bord du gouffre.

 

 

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En France, élection présidentielle oblige, l'hypocrisie atteint son paroxysme. Alors qu'ils ont tout voté, tout soutenu, tout défendu, tout encouragé depuis 20 ans, les européistes et autres "ouistes" tentent, la main sur le coeur et la larme à l'oeil, de montrer qu'ils comprennent la douleur des Grecs, douleur dont ils sont largement responsables. Hormis Nicolas Sarkozy qui approuve tacitement la mise à mort du peuple Grec, François Bayrou qui assiste avec délectation à la mise en oeuvre grandeur nature de son programme présidentiel (tout en continuant à se montrer menaçant) et François Hollande qui nous affirme sans sourciller que la Grèce "n'a pas le choix" (à partir de 3:20), nous avons ainsi Pierre Moscovici qui regrette "l'appauvrissement" et la "révolte populaire", Ségolène Royal qui dénonce la "lâcheté" des institutions européennes, ou encore Eva Joly qui fait dans le mélodramatique sur Twitter. Ah, qu'il est loin le temps où elle pestait contre "l'arrogance" du peuple Irlandais qui avait eu l'outrecuidance de rejeter le traité de Lisbonne !

 

 

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À la lecture de ces quelques réactions, une question me vient à l'esprit : en dehors des euro-libéraux les plus fanatiques, qui, aujourd'hui, soutient encore cette Union Européenne qui veut mettre des peuples entiers sous tutelle, qui refuse de les laisser s'exprimer quand elle ne nie pas purement et simplement le résultat des référendums, qui démantèle les services publics, qui expose le continent à la concurrence déloyale des pays à bas coût, qui fait exploser le chômage et qui provoque la misère et la colère de millions de personnes pour "sauver" les dogmes archaïques du libre-échange et de la monnaie unique ?

 

Si cette Union Européenne libérale, anti-sociale, anti-démocratique et coercitive venait à disparaître, qui la pleurerait ?

 

Publié le 14/02/2012 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Europe

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Commenter cet article

Jardidi 20/02/2012 19:40

En France: les girondins, les vieux, les conformistes, ceux qui ont au moins un peu d'argent? L'Europe est une telle évidence en France que, peut-être, nous n'en sortons que lorsque nous devenons
pauvres.