Mercredi 2 novembre 3 02 /11 /Nov 17:42

Georges Papandréou a porté lundi soir un coup terrible aux illusions des européistes les plus acharnés qui criaient victoire mercredi dernier : l'encre ayant servi à signer le "plan de sauvetage" Sarkozy-Merkel est à peine sèche que l'accord négocié de haute lutte est déjà caduc. Le premier ministre grec a en effet annoncé à cette occasion que son peuple se prononcera par référendum sur son adoption et décidera par lui-même s'il doit accepter de renoncer à ses dernières parcelles de souveraineté pour satisfaire aux exigences d'une troïka (Union européenne, Banque Centrale Européenne, Fonds Monétaire International) qui a mis ces derniers mois le pays a feu et à sang afin de sauver les banques et le dogme insensé de la monnaie unique. Une sacrée surprise pour Halloween !

 


papandreou-copie-1.jpg

 

Depuis le début de la crise de la zone euro, à aucun moment les peuples européens n'ont eu l'opportunité de se prononcer directement sur les décisions prises en leur nom. Le geste de Papandréou est donc salutaire : il pourrait - enfin ! - donner l'occasion à une nation européenne de débattre et de décider de son avenir. Il était temps ! Comme l'a souligné Laurent Pinsolle sur son (excellent) blog, un non à ce référendum ouvrirait la voie à une sortie de la Grèce de la zone euro et à la mise en place d'un scénario argentin qui n'exonèrerait pas le peuple grec d'efforts mais qui pourrait lui permettre, à terme, d'entrevoir enfin le bout du tunnel.

 

Le "camp du non" de 2005 a montré, sans surprise, un soutien total à cette initiative. Pour Jean-Pierre Chevènement, "l'Europe ne peut pas se faire sans la démocratie". Jean-Luc Mélenchon s'est réjoui de la tenue d'un référendum "réclamé par le peuple". Arnaud Montebourg a salué une décision "intelligente", justifiée par le fait "qu'on n'a pas le droit d'infliger à des populations entières des souffrances, des appauvrissements" sans leur demander leur avis. Nicolas Dupont-Aignan, enfin, a estimé qu'il s'agissait d'un "sursaut de dignité". "Je préfère la démocratie au sang" a-t-il ajouté, estimant que ce choix permettrait peut-être de ramener le calme dans un État qui se trouve actuellement dans une situation quasi-insurrectionnelle.

 

Naturellement, du côté des défenseurs obstinés de la zone euro telle qu'elle existe actuellement, l'heure est en revanche à la soupe à la grimace. La présidente du MEDEF, Laurence Parisot, trouve que consulter le peuple sur ce sujet est "anormal". Nicolas Sarkozy se dit "consterné" par une décision "irrationnelle" et "irresponsable" (terme utilisé également par Christian Estrosi). Il n'est par ailleurs pas inopportun de rappeler qu'il y a quelques jours à peine, l'ancien premier ministre socialiste Michel Rocard se prononçait contre la notion même de référendum, idée jugée trop "dangereuse". Une attitude qui prouve, s'il en était besoin après l'attentat contre le peuple qu'a représenté la ratification du traité de Lisbonne en 2008, que la démocratie est un concept totalement étranger aux partisans du oui au référendum sur le traité constitutionnel de 2005, qui n'en finissent décidément pas de mourir de honte...

 

Il n'est pourtant pas si difficile de s'informer.

Démocratie : nom féminin (grec dêmokratia). Système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple.

Difficile de faire plus limpide : c'est au peuple grec et à lui seul de décider de l'avenir de la Grèce. Et si l'on considère les réalités historiques, quoi de plus logique, finalement, que ce soit sous l'impulsion d'Athènes que la démocratie retrouve sa place au sein de la construction européenne ?

 

Reste à savoir si le vote aura bel et bien lieu. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont d'ores et déjà fermement décidés à tordre le bras du premier ministre grec, dont la majorité au Parlement chancelle, pour lui faire retrouver le chemin de l'obéissance : tel un collégien turbulent, il vient d'être convoqué par les deux C.P.E. de l'U.E. afin de participer à un "dîner de travail" ce mercredi. L'objectif est clair : tout faire pour s'assurer que rien ne viendra entraver le brillant plan de sauvetage de la zone euro.

 

Dans sa brève déclaration du jour, le président a certes reconnu que "donner la parole au peuple est toujours légitime" (ce qui, au passage, est en totale contradiction avec ce qu'il avait dit en 2008 au Parlement de Strasbourg...), mais dans les faits, que ce soit à la suite du vote de confiance de vendredi ou sous la pression du couple franco-allemand, la démocratie européenne risque une nouvelle fois d'être victime d'un coup d'État discret et silencieux. Une situation qui n'apaisera probablement pas la rue grecque...

 

Publié le 02/11/2011 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Par Yohann Duval - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés