Réindustrialisation : les fausses solutions de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy

Publié le par Yohann Duval

Il y a officiellement 2,8 millions de demandeurs d'emplois en France. Du jamais vu depuis 12 ans. En cette période de crise, le chômage demeure l'une des principales préoccupations des français. Il est donc naturel que le thème de la réindustrialisation revienne sur le devant de la scène à l'approche des élections.

 

 

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Au MoDem, on veut produire en France...

 

François Bayrou occupe l'espace médiatique depuis quelques semaines, fort de son entrée en campagne réussie sur le thème du "made in France". Pour réussir à réindustrialiser le pays, il entend faire confiance aux français, espérant probablement que des étiquettes et une consommation citoyenne suffiront à produire leurs effets. Dans la plus pure tradition des libéraux centristes, il considère par ailleurs que derrière le protectionnisme se cache la main du malin, là où le libre-échange est paré de toutes les vertus. Il suffirait donc, comme depuis 30 ans - avec le succès que l'on sait - de ne miser que sur la qualité, le haut de gamme ou l'innovation pour voir notre pays redresser la tête.

 

Ainsi, au cours de l'émission "Des paroles et des actes" du 8 Décembre dernier, face à un Arnaud Montebourg qui soulignait avec l'éloquence qu'on lui connaît le caractère mortifère d'une mondialisation sans limites et d'un libre-échange sans contrôle, qu'avait opposé François Bayrou ? Un discours défaitiste ("aucun des pays européens qu'il voudrait enrôler ne le fera !"), rempli de vœux pieux et symbolisant parfaitement l'impuissance qui caractérise la majorité de notre classe politique actuelle. Le béarnais récitait la même leçon euro-libérale que celle des membres du gouvernement actuel et de leurs soutiens, qui tentent désespérément de faire passer ce discours fataliste dans leurs innombrables tribunes et autres interventions médiatiques.

 

... en réutilisant des recettes qui ont échoué

 

Cet échange révélateur n'est pas sans rappeler un autre débat, qui avait eu lieu en 1997. Jean-Pierre Chevènement y décrivait par le menu ce qui allait se dérouler au cours des années suivantes :

 

"Cette politique du franc fort, comme on a dit, et maintenant de la monnaie unique, pénalise énormément notre croissance et par conséquent l'emploi. Le chômage a des causes : c'est la monnaie surévaluée, c'est la dictature des marchés financiers, c'est les taux d'intérêts excessifs, c'est la politique budgétaire restrictive. C'est là-dessus qu'il faut agir !"

 

En face, le clown (cen-)triste, membre du gouvernement de l'époque, raillait le "parti de la dévaluation", usait de moult acrobaties rhétoriques pour défendre la nécessité de s'appuyer sur une monnaie forte, caractéristique, selon lui, d'un grand pays (comme la Chine avec le yuan ?) et jonglait avec des concepts aussi fantaisistes que celui de "l'Europe qui protège".

 

15 ans plus tard, nous ne pouvons que constater les ravages de cette politique suicidaire, défendue par le "camp du oui" à Maastricht. La monnaie unique a fait diverger les économies. "Le fort devient plus fort mais le faible devient aussi plus faible ; les excédents des uns font les déficits des autres. L’homogénéité monétaire conduit à de nouvelles disparités" notait ainsi récemment Jean-Luc Schaffhauser. Tandis que le François Bayrou, ardent défenseur de la politique qui nous a conduit au bord du gouffre, prétend pouvoir nous proposer de "nouvelles" solutions avec sa "majorité centrale", le sénateur belfortain peut se targuer d'avoir vu juste, à l'époque :

 

"Les Français ne sont pas idiots. Ils sont désemparés mais ont des raisons de l'être. On les a fourvoyés pendant 20 ans avec des idées fausses. On leur a fait croire que l'Europe allait résoudre tous les problèmes. C'est absolument faux. L'Europe nous rend, à bien des égards, impuissants."


 

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A l'UMP, on mise tout sur la T.V.A. sociale

 

Largement critiqué sur ce point pendant la primaire socialiste, Arnaud Montebourg a contribué à faire de la démondialisation, c'est à dire du protectionnisme, un sujet majeur pour l'élection présidentielle à venir. Rares sont ceux qui osent encore nier le fait que l'Europe ressemble, sur le plan commercial, à une véritable passoire, un espace ouvert aux quatre vents en raison du triomphe du dogme de la concurrence libre et non faussée, derrière laquelle prospèrent les pratiques les plus déloyales. Alors que jusqu'en Octobre, tout allait pour le mieux dans la meilleure des mondialisations, l'heure est désormais venue de prendre des mesures pour protéger les français, pérorent les ténors de l'UMP, habitués, il est vrai, aux contorsions les plus spectaculaires.

 

Le gouvernement a donc choisi la plus discutable et la moins juste des mesures protectionnistes, celle qui subventionne les entreprises au détriment des classes populaires (au grand bonheur du MEDEF) : la T.V.A. sociale. Ce qui ravit Guillaume Peltier, le "conseiller opinion" de l'UMP :

 

"Nous vivons dans un nouveau monde. Nous devons amortir le choc de la mondialisation, avec les chinois, les indiens, les brésiliens, qui nous concurrencent, on le sait, avec une main-d’œuvre à bas coût. Il nous faut réagir."


Il est toujours possible de débattre des avantages et des inconvénients d'une telle proposition. Ne soyons pas simplistes ; il ne s'agit pas d'une mauvaise mesure en soi. En revanche, on voit mal comment 3, 5 ou même 10 points de plus de T.V.A. pourraient compenser, à eux seuls, les écarts de niveau de vie et de coûts existant entre la France et la Chine, pour ne prendre que cet exemple. Rien qu'à l'intérieur de l'Union Européenne, les écarts peuvent déjà s'avérer considérables (ce qui risque de provoquer de plus en plus de remous à l'avenir). Peut-on sérieusement penser qu'il s'agit là d'une réponse d'envergure ? La Pravda sarkozyste elle-même ne croit d'ailleurs pas aux miracles promis. Une mesure ni très juste, ni très efficace, à l'image du quinquennat calamiteux de l'omni-président.

 

 

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Et à gauche ?

 

Ni les centristes, ni la majorité sortante ne semblent être en mesure de redonner à la France une solide base productive, ce qui est pourtant la condition sine qua non du maintien de notre protection sociale. Mais pouvions-nous réellement attendre que ceux qui nous ont fourvoyés puissent nous sortir de l'ornière ? La gauche a, dès lors, un boulevard devant elle, pour peu qu'elle se montre à la hauteur des enjeux, qu'elle rompe avec les dogmes euro-libéraux qui ont provoqué le divorce avec les classes populaires et qu'elle ne s'entête pas à vouloir, en pleine crise, saborder le reste de notre tissu industriel.

 

Publié le 09/01/2012 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Présidentielle 2012

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Béarniais 15/01/2012 11:56

lire que Bayrou serait le changement MdR avec les raclures de l'UMPS qui voudront aller a la gamelle, la désinformation sur les cerveaux disponibles est efficace, les français sont tellement
désespéré qu'on leur a inventé des 2007, un candidat du désespoir présentable qui fera la meme politique que les deux autres en préservant le système et ça marche , parce que tous les braillards
qui gueulent qu'il faut que ça change, ben au fond d'eux meme, ne veulent pas que ça change, ils ont peur du changement, alors un changement bidon comme Bayrou, ça leurs convient