Rions un peu avec la "droite sociale" - Laurent Wauquiez, le converti

Publié le par Yohann Duval

L'UMP aime la contradiction et avec la "droite sociale", nous sommes servis. À elle seule, cette étrange association de termes prête à sourire : droite sociale, c'est comme "fédéralisme intergouvernemental" ou "euro viable" : personne ne peut envisager un tel oxymore sans penser à une plaisanterie. Il suffit d'ailleurs de se souvenir que le fondateur de cette "droite sociale" déclarait sans honte que "si jamais, quand vous tombez malade, cela n'a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n'est pas très responsabilisant" pour comprendre l'étendue de son amour pour les classes populaires...

 

 

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Nous avions déjà vu Nicolas Sarkozy se prononcer en faveur du droit de vote des étrangers, avant de changer d'avis brutalement, sans pour autant faire son mea culpa. Aujourd'hui, c'est Laurent Wauquiez qui se dévoue pour nous amuser de ses joyeuses contorsions : nous apprenons ainsi qu'il serait désormais favorable à un "protectionnisme moderne". Nos amis sarkozystes se déjugent-ils sincèrement, victimes des contradictions existant à l'intérieur de leur parti, ou s'agit-il simplement d'une offensive électoraliste, consistant à dire tout et son contraire dans l'espoir de récupérer les suffrages de quelques français déboussolés ?

 

"Toute l'Europe est globalement en déficit. Elle perd des parts de marché, et l'emploi dans l'industrie baisse. La question d'un protectionnisme, s'il est européen, ne doit pas être un tabou pour notre famille politique. Il faut tourner la page de l'époque où la droite et le centre clamaient "vive le libre-échange" en croyant qu'il allait produire un monde meilleur."

 

Horreur, malheur, Laurent Wauquiez serait-il en train de briser partiellement le tabou lié à la religion du libre-échange ? La sarkozie aurait-elle retrouvé la raison ? Serait-elle prête à terroriser le patronat pour défendre l'intérêt général ou - pire ! - l'intérêt des ouvriers français ? Il n'est certes question que d'un protectionnisme européen pour le moment, mais...

 

"La compétition est brutale, elle donne lieu à des chocs entre les différentes aires géopolitiques. Je ne crois à une division internationale du travail que si elle est équilibrée. Pas tous les emplois hors d'Europe, en Chine et au Brésil ! Je ne crois pas à la main magique du marché qui équilibre tout cela. Se protéger n'est pas un gros mot. Le président le dit et le fait depuis 2007. Il y a un espace pour un protectionnisme moderne, qui n'enferme pas mais protège, un protectionnisme fait d'augmentations des droits de douanes ne fonctionne pas. Un protectionnisme moderne est un protectionnisme européen, qui accepte le bras de fer avec nos principaux rivaux. L'Europe aborde aujourd'hui le libre-échange avec naïveté, là ou nos partenaires défendent fortement leurs intérêts."

 

L'effort rhétorique mérite d'être salué. Bien sûr, on perçoit encore quelques traces de l'interdit moral qui plane sur la question lorsqu'il affirme que le "protectionnisme fait d'augmentations de droits de douanes ne fonctionne pas", ce qui est démenti par les faits, mais on sent une certaine volonté de ne plus accepter les ravages de la mondialisation.

 

Reste à savoir si, à l'instar de son mentor, Laurent Wauquiez ne tient pas de tels propos uniquement pour attirer le chaland à l'approche des élections. Pour en avoir le cœur net, menons l'enquête : que nous disait Nicolas Sarkozy lui-même, le 27 Octobre dernier, lui qui "le dit et le fait depuis 2007", pour reprendre les termes employés par le chef de file de la "droite sociale" ?

 

"La question des barrières douanières n'a aucun sens."


"La vérité, c'est que le protectionnisme, c'est une très mauvaise chose."

 

D'accord. Et que nous disait notre brave ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche lors d'une confrontation avec Emmanuel Todd dans "Ce soir ou jamais", le 29 Novembre dernier, au sujet de la crise de 1929 ? (aux alentours de la 24ème minute)

 

"Ce qui a précipité ensuite l'affrontement dans la guerre, c'est la politique de protectionnisme."

 

Merci Laurent, nous comprenons désormais mieux l'extraordinaire sincérité de cette subite conversion à la défense des intérêts des travailleurs français et européens.

 

Publié le 18/12/2011 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Protectionnisme

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