Sommet européen : Hollande dans les pas de Sarkozy

Publié le par Yohann Duval

Les "sommets de la dernière chance" sont devenus une habitude dans la zone euro. Jeudi et Vendredi derniers, les dirigeants européens ont - pour la énième fois - tenté de trouver une solution à la crise de la monnaie unique. Que retenir de ces négociations ?

 

 

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Du nouveau ?

 

Les résultats du sommet européen ont été diversement accueillis par les observateurs et les personnalités politiques de notre pays. Libération n'a pas hésité à nous gratifier d'une curieuse une, "Hollande 1 - Merkel 0", qui n'est pas sans rappeler les titres les plus invraisemblables du Figaro, qui nous annonçait régulièrement, sans sourciller, que Nicolas Sarkozy avait sauvé la Grèce, l'euro, l'Europe, voire le monde (quand ce n'était pas tout à la fois). Mais ailleurs, le regard était plus critique.

 

Première chose à retenir : peu avant le sommet, Angela Merkel avait rejeté de manière on ne peut plus claire la mutualisation de dettes (et donc les euro-obligations), en affirmant qu'un tel projet ne verrait pas le jour tant qu'elle vivrait. La ligne rouge était tracée et elle n'a clairement pas été franchie par la suite. La chancelière Allemande n'a donc rien cédé sur l'essentiel.

 

Du côté des nouveautés, le MES, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici-même, pourra recapitaliser directement les banques espagnoles. Pour ce qui concerne l'Italie, les fonds de secours pourront racheter des obligations d'État sur les marchés, sans que le pays soit placé sous la tutelle de la troïka (FMI - Union Européenne - Banque Centrale Européenne). Ces aides aux pays en difficulté se feraient sous certaines conditions, encore floues pour le moment.

 

Et la croissance, chère au nouveau président Français ?

 

Le "pacte de croissance" a quant à lui été définitivement adopté. Ce plan de 120 milliards devrait être utilisé pour des "mesures de croissance à effet rapide". Ne représentant qu'environ 1% du PIB de l'U.E., ce pacte ne semble toutefois pas en mesure de bouleverser l'avenir de la zone euro. Le Monde parle déjà de "moyens limités" et Laurent Pinsolle de simple "béquille".

 

Il faut dire que plus de la moitié des fonds étaient déjà programmés pour être utilisés d'ici à 2014... l'intervention de Jacques Sapir, invité des "Grandes Gueules" de RMC le Vendredi 29 Juin, est à ce sujet particulièrement éclairante.

 

Jacques Sapir sur RMC, le 29 Juin 2012

 

"Il ne s'est pas passé grand chose, en réalité. Sur le plan de croissance, il y a 120 milliards que l'on met sur la table, peut-être pas sur 3 ans, peut-être sur 18 mois. Mais il faut savoir qu'il y en a déjà 90 qui étaient prévus. En réalité, l'ajout n'est que de 30 milliards. Ensuite, est-ce que ça aura un effet ? Non. Il faut le dire très honnêtement, ce n'est pas une somme de cette ampleur qui peut avoir un effet. Donc qu'est-ce qui va se passer ? La zone euro, qui est d'ores et déjà en récession, va connaître une dépression l'année prochaine. Avec cette dépression, il y aura beaucoup moins de recettes fiscales, donc la question des déficits va réapparaître automatiquement. Et on va se retrouver exactement dans la même situation ; je parie même qu'on se retrouvera dans une situation à nouveau aussi dégradée que celle que l'on a connue ces derniers jours, dès la fin de cet été."

 

Une perspective assez peu réjouissante. C'est pourtant ce seul élément qui devrait servir de justification à François Hollande pour demander à sa majorité de ratifier le pacte budgétaire, qui enfermera le pays dans le piège de l'austérité. Une situation qui convient parfaitement à l'UMP, où l'on regrette simplement le temps perdu, mais qui fait enrager Jean-Luc Mélenchon, pour qui le président socialiste a fait de la figuration, et qui indigne Nicolas Dupont-Aignan, qui se désole de voir que "le Titanic fonce vers l'iceberg" en raison d'une politique absurde, que l'on peut résumer ainsi : "toujours plus de rigueur pour le peuple, toujours plus de facilités pour les banques."

 

Capitulation en rase campagne

 

Les craintes du journal Fakir, qui dévoilait il y a quelques mois le "plan de bataille des marchés", semblent fondées : en échange d'une contrepartie dérisoire et en refusant soigneusement de recourir au référendum, François Hollande est désormais prêt à signer un traité qui garantira une austérité à perpétuité.

 

Sans surprise, il a fait passer son idéologie européiste avant l'intérêt des Français. En suivant, sur ce point, le même sentier que la droite sarkozyste, il vient de prouver qu'il était un président désespérément normal. Tant pis pour celles et ceux qui devront payer les pots cassés.

 

Publié le 03/07/2012 sur "Le Plus" du Nouvel Observateur

Publié dans Europe

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