Tous aux abris : la gauche a-républicaine revient

Publié le par Yohann Duval

Depuis la fin de la primaire socialiste, François Hollande caracole en tête des sondages. Nicolas Sarkozy a beau être un candidat redoutable, il faut faire preuve de beaucoup d'imagination pour le voir réussir à renverser la vapeur en 80 jours. D'ailleurs, au sein même de son camp, certains envisagent désormais en privé un ralliement à François Bayrou pour tenter de conserver le pouvoir ou un siège de député. Cette situation de victoire quasi-certaine donne des ailes à la gauche a-républicaine, cette gauche braillarde qui souhaite jeter aux orties l'héritage de la Révolution et du mouvement ouvrier pour le remplacer par le communautarisme et les odes à la diversité. Elle entend bien profiter de sa capacité de nuisance et de ses relais médiatiques pour distiller son idéologie et peser de tout son poids sur le favori de l'élection présidentielle de 2012.

 

 

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Les 16 propositions de Terra Nova

C'est d'abord Terra Nova, dont le rapport surréaliste du mois de Mai avait beaucoup fait parler de lui, qui a ouvert le bal avec un émouvant "appel aux candidats" destiné à "faire bouger la République".

 

"La vision historique de la nation a longtemps été figée dans l'immobilité, enfermée dans le passé de la « France éternelle », close, hermétique aux réalités des outre-mers, hermétique aux apports des Français issus de l’immigration de l’après-guerre et des ex colonies. Certes, cette immigration fut conçue comme temporaire : les migrants sont venus participer à la reconstruction de la France, mais avaient vocation à retourner dans leur pays d’origine. La France ne cherchait pas à les intégrer. A partir de 1974, elle a même cherché à les faire repartir, de gré voire parfois de force. Beaucoup sont pourtant restés, leurs enfants sont nés français. Cette vision de la nation avait une tentation ethnique : une identité nationale perçue comme blanche. On voit d’ailleurs la difficulté à dire ces réalités : les Français noirs et arabes sont nommés à travers des termes euphémisés (black, beur…), comme s’il s’agissait d’oxymores… "

 

Bon, autant le dire tout de suite, ça commence fort avec la victimisation, les amalgames et les contre-vérités. Mais le meilleur reste à venir.

 

"Aujourd’hui, enfin, la France commence à reconnaître la diversité de ses visages en politique, dans les médias, dans l’entreprise. Mais beaucoup s’arrêtent là : ils acceptent la diversité des visages mais pas la diversité des messages . L’identité nationale n’est plus ethnique, mais elle est encore culturaliste. Les Noirs, Arabes et Asiatiques peuvent être français, mais à condition de s’assimiler. En adoptant la culture, les codes, les référents de la France d’hier. Ils doivent réciter « nos ancêtres les Gaulois », devenir plus français que les « Français de souche ». "

 

Je serais curieux de voir dans quels manuels scolaires nos enfants d'aujourd'hui peuvent lire des phrases telles que "nos ancêtres les Gaulois". Ou quand le fantasme sert d'argumentation.

 

"On peut être noir, arabe ou asiatique et français. On peut être musulman et français. On peut avoir des Quick halal en France ! L’islam est la deuxième religion de France. Alors, oui, l’islam fait désormais partie de la République. La France ne régresse pas, elle progresse, elle est mûre. Il y a quinze ans, il était impossible pour un maire de soutenir la construction d’une mosquée sur sa commune."

 

Ah, nous y voilà. Les Quick halal comme étendards de la France de la diversité ? L'islam faisant partie de la République ? La construction d'édifices religieux devant être soutenue par les maires ? Diantre, moi qui croyais que la République ne reconnaissait, ne salariait ni ne subventionnait aucun culte, me voilà fort marri. La laïcité ? Quelle idée rétrograde, figée dans l'immobilité et hermétique à la modernité ! Heureusement que ces 16 propositions sont là pour me montrer la voie de la rédemption.

 

"Toutes ont deux préalables implicites. Le premier est que l’on soit capable de mesurer les discriminations et leurs évolutions. (...) Le temps des polémiques sur les « statistiques ethniques » est révolu."

 

Je pense au contraire qu'il est sain de débattre de ce genre de sujets essentiels. Il n'y a aucun consensus sur les statistiques ethniques. Il est d'ailleurs amusant de constater que les partisans de ce genre de mesures restent dans l'incantation et les discours flous. Peut-être parce que dès que l'on y regarde de plus près, la réalité est tout de suite moins jolie ? "Mesurer les discriminations" signifierait, en effet, qu'il serait nécessaire de classer la population Française dans des petites cases pour obtenir les fameuses "statistiques ethniques". Au prétexte de lutter contre les discriminations, serions-nous condamnés à introduire la notion de "race", comme le proposait Magali Bessone dans un ouvrage récent ? Peut-on raisonnablement penser qu'une fois institutionnalisé, officialisé, inscrit dans la loi, ce découpage de la nation Française ne serait pas utilisé à des fins totalement contraires au but premier ? Si être favorable à l'égalité républicaine, c'est être ringard, alors je suis fier de l'être.

 

"Second préalable : sortir du faux débat entre républicains et communautaristes. La France doit reconnaître la diversité de ses citoyens, et elle peut le faire sans renier son modèle républicain."

 

Il ne s'agit d'un faux débat que pour ceux qui n'ont pas de bons arguments. Des lois existent pour lutter contre les discriminations et la France ne nie en aucun cas la diversité de ses citoyens. La République considère en revanche qu'ils sont tous égaux et qu'il n'existe aucune communauté en dehors de la communauté nationale. Elle refuse donc de donner des droits différents à certains d'entre eux. C'est bien là que se situe tout le problème pour les communautaristes, dont Terra Nova se fait le relais enthousiaste avec ce texte : la discrimination dite "positive" reviendrait ici, en effet, à donner des droits supplémentaires à certaines personnes en fonction de la couleur de leur peau.

Je vous laisse la joie de découvrir les 16 propositions en question, éblouissant florilège de tout ce que l'on fait de pire en matière de communautarisme : discrimination positive (1, 3, 6, 12, 13), réécriture de l'histoire (9), repentance (7), régionalisme (8). On trouve même l'idée d'Eva Joly d'introduire des jours fériés pour les musulmans et les juifs, dont j'avais déjà parlé il y a quelques temps (14).

 

"Ce Livre blanc, finalement, ne parle pas de la diversité, il parle de la France. Il ne constitue pas une synthèse des revendications des minorités, il cherche à bâtir le vivre ensemble collectif"

 

Heureusement que l'auteur nous précise qu'il ne s'agit pas d'un catalogue de revendications : l'imitation était si réussie qu'on aurait presque pu s'y laisser prendre !

 

 

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Le régionalisme de la fondation Jean-Jaurès


"Dans sa dimension « métropolitaine », la France que nous connaissons n’est pas, contrairement à l’Allemagne ou l’Italie par exemple, la concrétisation d’un grand dessein populaire, mais le fruit d'une ambition territoriale initiée par quelques roitelets francs du VIème siècle et inlassablement poursuivie des siècles durant par leurs successeurs, monarques et empereurs, jusqu’au rattachement du comté de Nice et du duché de Savoie en 1860. Autant que son berceau, le Bassin parisien est l’âme et le glaive de cette ruée expansionniste, à laquelle au fil du temps ont succombé, au terme parfois d’épisodes extrêmement sanglants, les pays de langue d’Oc, la Bretagne ou la Corse."

 

C'est par cette saillie verbale tonitruante contre la nation Française que débute l'essai des deux députés socialistes Armand Jung et Jean-Jacques Urvoas. Le reste du texte est sensiblement du même tonneau. Condamnant la "logorrhée jacobine" qui va "contaminer la pensée et le discours politique jusqu’à notre époque" (p 17), parsemé de passages regrettant ouvertement l'occupation Allemande de l'Alsace-Moselle et pestant contre le retour "des instituteurs provenant de la Vieille France" en 1918 (p 24), déplorant le "sectarisme ambiant et l'étroitesse d'esprit des classes dirigeantes" contre les revendications régionalistes (p 25), le document n'est qu'un pamphlet contre les valeurs républicaines de notre pays, pour ne pas dire... contre notre pays lui-même.

Les deux auteurs ne cessent, à vrai dire, de geindre à propos des décisions du Conseil Constitutionnel, qui ne fait pourtant que rappeler à plusieurs reprises que la langue de la République est le français. Une marque indéniable de "sectarisme teinté d'inculture" (p 37), comme nos deux députés aiment à qualifier toute manifestation de jacobinisme. Aux yeux de nos deux croisés du plurilinguisme, le fait que la pratique des langues régionales rencontre assez peu de succès est une anomalie. Il faut donc trouver des coupables : les médias, l'administration, le système éducatif ou encore (et surtout) le manque de financements. Pour lutter contre l'omniprésence de la langue française, qui constitue pourtant l'un des éléments les plus forts de notre unité nationale, rien ne nous est épargné, pas même la référence au diable en personne :

 

"Les infimes espaces de tolérance octroyés aux langues régionales dans la vie publique sont aujourd’hui remis en cause par les tenants d’un monolinguisme intégral et intransigeant qui, se retranchant confortablement derrière des principes juridiques qu’ils accommodent volontiers à leur guise, défendent en fait subrepticement une grille de lecture que Marine Le Pen, elle, revendique ouvertement."

 

Oui, car c'est bien connu : défendre l'indivisibilité de la République, c'est être un peu fasciste sur les bords. Qu'à cela ne tienne, nos partisans de la breizhitude ont la solution pour remédier à nos problèmes d'intolérance linguistique : l'Europe ! La France, "citadelle assiégée" (p 119) par ses voisins, nécessairement plus tolérants, plus ouverts, plus libres (et non faussés ?), ne pourra que finir par céder aux coups de boutoir de Bruxelles. Elle devra accepter de signer la charte des langues régionales, qui rendra plusieurs dizaines de langues co-officielles sur le territoire et contribuera à la balkanisation de notre pays, ou sinon... ou sinon quoi ? Eh bien on ne sait pas trop en vérité, mais visiblement, être considéré comme le mouton noir de l'Union Européenne (comme en 2005), voilà qui semble bien être un acte quasi-terroriste pour nos européistes acharnés.

 

"Telles sont les raisons qui nous ont conduits à déposer la proposition de loi de développement des langues et des cultures régionales. Assurément, la manière dont elle sera accueillie nous en apprendra beaucoup sur le degré de maturité de la démocratie française."

 

Défendre les langues régionales serait donc défendre la démocratie. Voilà une conception bien étrange de cette dernière. Rien de réellement surprenant, cependant : que pouvions-nous attendre de députés ayant voté en faveur de la ratification du traité de Lisbonne, authentique crime contre l'expression du peuple souverain ?

Pour S.O.S. racisme, critiquer l'euro, c'est être xénophobe

 

Dans son dernier livre, Jacques Sapir disait que l'euro était devenu plus qu'un outil au service des économies de la zone : un véritable fétiche, au sens religieux du terme. Le dernier clip de S.O.S. racisme, subtilement intitulé "Sois vigilant, trop de fachos, moins de libido", nous prouve (une fois de plus) que les partisans de la construction européenne et de la monnaie unique ont un comportement qui peut parfois s'apparenter à de l'intégrisme.

 

 

 

 

Je ne reviendrais pas sur le fond assez consternant du message, qui s'apparente à un véritable plaidoyer pour l'instauration d'une police de la pensée (Attention ! "Ils" sont partout !), et ne retiendrais qu'une chose : c'est au moment où le deuxième homme commence à critiquer l'euro que notre jeune militante se rend compte qu'il est l'ennemi, qu'il pense mal, qu'il n'est rien d'autre qu'un crypto-nazi et qu'il convient en conséquence de le fuir comme la peste.

 

Dans une partie de la gauche, nous en sommes encore au stade où la critique de la monnaie unique est considérée comme une idée extrémiste, que l'on peut rapprocher du racisme et de la xénophobie de manière totalement naturelle. Puisque le Front National souhaite la sortie de l'euro, il convient de défendre une position contraire, quoi qu'il en coûte. Même si cela revient à laisser à ce parti le monopole du bon sens. Une position intenable, ridicule et dangereuse, à bien des égards.

 

Espérons que les débats à venir permettront à cette gauche, si prompte à s'emporter à la moindre provocation, de retrouver la raison...

Publié dans République

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