Tous lepénistes ? Réponse à Jacques Julliard

Publié le par Yohann Duval

Dans son édito du numéro 809 de Marianne, Jacques Julliard se décidait à défendre la politique du gouvernement de manière offensive dans un texte intitulé "Ne pas se tromper d'adversaire". C'est son droit le plus strict et c'est un objectif au demeurant tout à fait respectable. Beaucoup moins acceptable, en revanche, est l'utilisation d'amalgames pour faire passer son message.

 


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Ainsi, d'après le journaliste, se montrer réticent vis-à-vis de cette construction européenne autoritaire, anti-démocratique et inefficace reviendrait à "rejoindre le thème néomaurassien de la France seule". De la même façon, prôner la sortie de l'euro, dont nous percevons désormais sans difficulté les limites et les contraintes, ou proposer un protectionnisme intelligent pourrait nous conduire à "glisser vers les thèses du Front National".

 

C'est faire beaucoup d'honneur à Marine Le Pen que de considérer que des prix Nobel d'économie comme Maurice Allais, Amartya Sen, Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, des économistes de renom comme Jacques Sapir, des intellectuels comme Emmanuel Todd, mais aussi des hommes politiques de tous bords, tels que Jacques Nikonoff (membre fondateur d'ATTAC et porte-parole du M'PEP), Nicolas Dupont-Aignan ou Jean-Pierre Chevènement, auraient subitement décidé d'épouser ses idées.

 

Oui, tous défendent ou ont défendu des thèses très critiques vis-à-vis de la monnaie unique. Certains réclament me des mesures protectionnistes. Pour autant, aucun d'entre eux n'est un extrémiste ou un "néomaurassien". Marine Le Pen défend une ligne similaire, sur ces quelques points précis ? C'est tout simplement qu'il lui arrive, parfois, de faire preuve de bon sens. Une idée n'est pas contaminée dès l'instant où elle est défendue par le Front National. Aurait-il fallu applaudir le TSCG car ce parti s'y opposait ? Non : le réflexe pavlovien qui consiste à se placer systématiquement en opposition conduit inévitablement au ridicule.

 

Au fond, sur quoi reposent ces incessants procès en lepénisme menés à l'encontre de ceux qui n'approuvent pas toutes les régressions sociales et démocratiques décidées pour "sauver l'euro" ou "sauver l'Europe" ? Sur les seuls fantasmes revanchards de celui qui proclamait, quelques jours après le triomphe du "Non" au référendum sur le traité constitutionnel européen :

 

"La fièvre. La fureur. La rage. Un parfum de guerre civile. Une envie de lynchage sans que l’on sache encore qui en sera la victime. Paradoxe : des Français littéralement hors d’eux ont décidé de se replier sur eux-mêmes."


Nous pouvons comprendre que Jacques Julliard tente de défendre un projet qui lui est cher, à savoir la construction européenne. Il est en revanche illusoire de croire que le mépris et l'amalgame sont de bonnes armes pour servir cette cause. Par ailleurs, utiliser l'épouvantail du Front National n'a guère de pertinence : le résultat du 29 Mai 2005 a montré que ce genre d'intimidations n'effrayait plus les Français. Il est temps de grandir, d'ouvrir les yeux et de débattre, sereinement.

Publié dans Front National

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