Université d'été du MRC : galop d'essai pour le candidat Chevènement

Publié le par Yohann Duval

Pendant que certains amateurs de politique assistent, consternés, au choc des égos socialistes, aux psychodrames marseillais sur les déboires des Guérini ou sur la taxation des parcs d'attraction, ou encore à l'agitation médiatique concernant le retour de DSK, d'autres tentent de voir au travers de ces écrans de fumée. Oui, à gauche, il est possible de s'intéresser au fond. Loin des projecteurs, les tables rondes de l'université d'été du Mouvement Républicain et Citoyen auront été l'occasion de faire avancer la réflexion sur les sujets essentiels. Une rentrée festive mais studieuse.

 

 

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Quelle monnaie pour quelle industrie en Europe ?

 

Alain Cotta, auteur de "Sortir de l'euro ou mourir à petit feu", a été le premier intervenant du débat concernant l'avenir de la monnaie unique. Il l'a dépeinte comme une monnaie politique, idéologique, une "calamité" qui montre toute sa nocivité maintenant que la crise est, d'après certains, hors de contrôle. Il envisage diverses hypothèses, mais ne donne aucune chance à la survie de l'euro tel que nous le connaissons actuellement. Il estime même que l'issue la plus probable sera une mort violente, accompagnée d'un chaos social, faute de s'y être préparé au préalable. Yves Le Henaff, de son côté, a préféré insister sur les effets produits par la monnaie unique : loin de faire converger les économies et les industries, elle les fait au contraire de plus en plus diverger, ce qui rend la situation intenable. Une redoutable impasse, en somme...

 

Julien Landfried puis Jean-Pierre Chevènement ont tenu à apporter un éclairage un peu moins pessimiste. S'il n'est pas question de nier le fait que l'euro était une mauvaise idée et qu'il est actuellement surévalué, maintenant que l'avion a décollé, autant essayer de le faire se poser en douceur plutôt que de sauter par le hublot. Pour cela, revoir en profondeur son fonctionnement ainsi que celui de la Banque Centrale Européenne et accélérer la monétisation de la dette publique pourraient s'avérer des options envisageables : il s'agit du plan A. Le plan B étant, dans le cas où le premier ne serait pas applicable, un retour à une monnaie nationale "abritée" par une monnaie commune valable dans les transactions internationales, dans le cadre d'un nouveau système monétaire européen. Libérer les états de la dictature des oligarchies financières s'avèrera, quoiqu'il arrive, difficile. Néanmoins, souhaitant terminer son intervention sur une note positive, le sénateur belfortain lançait simplement : "Les marchés financiers l'emporter sur les peuples et les nations ? Je ne le crois pas".

 

L'austérité en Europe

 

Le deuxième débat de la journée concernait les thérapies de choc administrées à certains états européens. Alors que le plan grec a montré toute son inefficacité et son absurdité en provoquant une récession terrible, et pendant que les discussions tournent désormais autour de la nécessité de créer une règle d'or qui finirait par pousser les états au bord du gouffre à faire le grand saut, deux économistes atterrés, Antonella Stirati et Henri Sterdyniak, sont venus discuter des options possibles pour adoucir les effets de la crise tout en conservant l'euro.

 

Pour cela, un consensus s'est établi autour du fait que les déséquilibres commerciaux existants à l'intérieur de la zone euro devaient être impérativement maîtrisés, voire comblés. L'Allemagne, par son rôle d'acteur dominant, pourrait relancer la machine et jouer le rôle de locomotive de croissance en stimulant sa demande intérieure. Une explication franche avec notre grand voisin devra assurément être l'une des priorités du futur président français, avec l'aide des dirigeants des pays du Sud de l'Europe.

 

Les contours d'une nouvelle souveraineté

 

Quelle souveraineté populaire envisager alors que les défaillances du capitalisme financier deviennent de plus en plus évidentes ? Revenant sur la longue marche des abandons de souveraineté qui se sont succédés depuis plusieurs décennies (économique avec le traité de Rome, monétaire avec Maastricht, budgétaire avec Amsterdam), Bruno Moschetto a néanmoins indiqué que les traités ne résistaient pas toujours aux nécessités du temps, comme en témoigne l'obsolescence du traité de Lisbonne, qu'il a bien fallu violer pour "aider" la Grèce. Pour retrouver un second souffle, les pays de la zone euro devraient selon lui pousser la B.C.E. à s'émanciper de son dogme anti-inflationniste qui inflige un remède de cheval à des non-malades et réfléchir à l'instauration de barrières commerciales face aux pays émergents, "pour ne pas finir immergé, voire submergé".

 

Hervé Juvin, de son côté, a d'abord voulu insister sur le fait que nous n'aurions pas ce débat si la dette n'était pas majoritairement détenue à l'étranger. Il n'y a ainsi aucune menace qui pèse sur la souveraineté du Japon, qui a une dette pourtant largement plus conséquente (en pourcentage par rapport au P.I.B.) que celle des pays européens, car elle est détenue par des nationaux. Sur le long terme, le choix de la re-nationalisation de la dette devrait donc être une piste à privilégier. Il a également souligné que les pays les moins touchés par la crise sont ceux qui n'ont pas tout cédé à l'interdépendance et à la dérégulation. Dès lors, il convient de réfléchir à des mesures protectionnistes, ou au moins de cesser de pécher par naïveté vis-à-vis de nos partenaires commerciaux. L'Union Européenne est la zone la plus ouverte et par conséquent la plus exposée à l'heure actuelle : il n'y a aucune raison de se réjouir de cet état de fait, d'après lui.

 

 

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Renouer avec les classes populaires

 

La dernière table ronde de cette université d'été concernait l'attitude de la gauche face aux classes populaires et face à la nation. Stéphane Rozès a expliqué que l'époque était marquée par une destruction des structures collectives et une individuation, ce qui réduit l'influence des couches populaires et de leurs luttes. Philippe Guibert, de son côté, s'est concentré sur les effets de la globalisation, qui est venue les percuter de plein fouet : il n'existe plus aucun secteur d'activité à l'abri d'une déstabilisation soudaine venue de l'autre bout de la planète. Que faire pour renouer avec les classes populaires ? Assurer leur sécurisation économique dans ce monde globalisé, se concentrer sur le pouvoir d'achat (le grand échec du sarkozysme) et reposer la question du syndicalisme et de son rapprochement avec le mutualisme pour rétablir un rapport de forces favorable.

 

Jean-Yves Autexier est revenu pour sa part sur le fameux rapport de Terra Nova. Pour lui, la stratégie d'abandon des classes populaires au profit des femmes, des immigrés, des jeunes et des minorités en tous genres peut parfois fonctionner : lorsque le peuple ne se déplace pas pour voter. Cette stratégie n'est en revanche pas viable lors d'une élection aussi mobilisatrice que l'élection présidentielle. Pour le dire plus clairement : "La gauche sans le peuple, c'est une illusion. Ça ne peut pas tenir". Notant que les aspirations des classes populaires sont quasiment toujours les aspirations de la nation, il a insisté sur la nécessité de remettre en question les dogmes libre-échangistes, les écarts de salaires et le fait que l'université accueille de moins en moins de fils d'ouvriers alors même que le rôle de l'État se dégrade.

 

Il a enfin fait remarquer que les questions de sécurité et d'immigration sont légitimes, et qu'il est nécessaire de mener, lorsqu'elles se posent, une politique républicaine de gauche, sans complexe, car les plus touchés sont aussi les plus fragiles. Ni sectarisme, ni angélisme : du sérieux ! Réclamer des papiers pour tous n'est ainsi pas une proposition de gauche à ses yeux, mais un discours démagogique, "une posture morale irresponsable". Pour conclure, il a tenu à préciser que cette question dépassait le cadre de nos frontières, et qu'une Europe se construisant sans le peuple, voire contre lui comme lors de la ratification du traité de Lisbonne, était vouée à l'échec.

 

Et maintenant ?

 

Le président du M.R.C., Jean-Luc Laurent, est intervenu à la suite de ce dernier débat pour rappeler que les crises de l'euro et de la globalisation sont les deux grands impensés du projet socialiste. Puis c'est finalement Jean-Pierre Chevènement qui est venu mettre un terme à cette université d'été par un discours quasi-présidentiel. Déplorant le fait que le débat se focalise sur une "règle d'airain" suicidaire et anti-démocratique, remarquant avec consternation que les projets présentés se limitent à "mourir pour le triple A", il a insisté sur le caractère "tragique" de l'impasse dans laquelle l'Europe se trouve et sur la nécessité de pouvoir faire confiance à un homme d'État capable d'affronter la situation. Montrant une détermination sans failles, il a confirmé son intention d'officialiser sa candidature à l'automne.

 

D'ici là, il continuera à alimenter le débat : après des échanges passionnés et passionnants avec notamment Arnaud Montebourg et Jacques Sapir le 30 Août, il retrouvera le 14 Septembre le candidat de la démondialisation, accompagné cette fois de Ségolène Royal et de Nicolas Dupont-Aignan (entre autres). A ne pas manquer, assurément : les présidentiables ne manquent pas d'idées pour faire face aux événements actuels et leur confrontation pourra aider les indécis.

Publié dans M.R.C.

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