Université d'été du MRC : débats sur le résultat des élections et la République

Publié le par Yohann Duval

Suite du compte-rendu des tables rondes de l'université d'été du MRC. Je vous présente ici les deux dernières, ainsi que le discours de clôture de Jean-Luc Laurent. Vous pouvez retrouver le résumé des deux premières en suivant ce lien.

 

 

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Jean-Yves Autexier et Catherine Coutard

 

 

Les Français et la gauche: géographie électorale et politique au lendemain des élections

 

Quels constats pouvons-nous tirer des résultats des élections de l'année 2012 ? Catherine Coutard a lancé le débat en commençant par observer que des lignes de fracture divisent le pays : l'Ouest est plutôt à gauche, tandis que l'Est vote à droite voire à l'extrême-droite. Elle a également pris le soin de noter que le vote pour le Front National est le plus fort là où il y a le moins d'immigration, ce qui est à ses yeux un paradoxe.

 

Jean-Philippe Huelin, membre de la gauche populaire, a ensuite pris la parole pour nous expliquer que les analyses de Christophe Guilluy (auteur entre autres de "Fractures Françaises") s'étaient avérées exactes : elles avaient livré des cartes du vote bien avant l'élection. Selon lui, le véritable fossé se trouve entre le centre des villes, généralement bien intégré à la mondialisation, et les périphéries. Les fractures seraient donc non seulement sociales mais aussi spatiales : la "mixité sociale" est un mythe dans les centre-ville, ce qui semble poser un problème vis-à-vis de l'unicité de la République. La raison de cette séparation ? Le prix de l'immobilier, qui aspire les couches supérieures et repousse les couches populaires.

 

La nouvelle géographie est le fruit de la mondialisation néolibérale. Et au niveau électoral, concrètement, qu'avons-nous pu observer ? Dans les centres, les gagnants de la mondialisation ont voté pour François Hollande. En milieu périurbain, le vote s'est orienté vers la droite ou l'extrême-droite. Dans les zone situées de 30 à 50 kilomètres par rapport au centre urbain, Marine Le Pen réalise ses meilleurs scores : c'est le gros problème que devra résoudre le nouveau président.

 

Le dernier intervenant de cette table ronde était Jean-Yves Autexier. Il a débuté sa brillante intevention par une analyse du rapport entre cadre de vie et conditions économiques. Soulignant que "la mondialisation imprime sa marque sur les hommes", il a remarqué que les problèmes dans les banlieues découlaient d'une réalité très simple à observer : "les usines ferment, les ouvriers restent". Des ouvriers qui se posent des questions : sur le protectionnisme, sur le pouvoir d'achat, sur l'insécurité culturelle ("l'insécurité n'est pas un cauchemar, une impression, un sentiment : c'est une réalité"), sur l'école ("l'apprentissage sans discipline, je ne sais pas comment ça marche"), sur l'immigration.

 

Sur ce dernier point, en particulier, il nous fait remarquer que c'est le manque de sens donné à l'immigration, c'est à dire l'absence de projet pour "faire France", qui peut expliquer l'accroissement des tensions. L'attitude détestable de certains responsables politiques, prompts à qualifier de raciste toute personne qui soulève un problème en rapport avec ce sujet, n'a à ses yeux aucun sens :

 

"Quand il y a des problèmes, il ne faut pas les nier. Il faut les traiter."

 

L'absence de réaction face à certains problèmes pourtant réels a provoqué le développement d'une véritable "stratégie d'évitement" vis-à-vis des populations immigrées. Il faut dire qu'une explication générale qui trouve en l'immigration un bouc-émissaire passe plus vite que les exposés relatifs à la crise de l'euro ou au ravage du libre-échange déloyal...

 

Aujourd'hui, la gauche séduit les jeunes bourgeois parisiens pour le sociétal. Les "bobos", qui ne sont pas en concurrence avec les populations immigrées, s'entendent fort bien avec elles. Pléthoriques au sein du PS, ils alimentent "les critiques de laxisme" et les "paniques morales" par leurs procès en racisme à tout bout de champ.

 

"Il y a des gens, à gauche, qui sont des pourvoyeurs de voix au FN."

 

Réfutant l'idée selon laquelle les "prolos" seraient des "fachos", car "quand le fascisme était là, on a bien vu qui pliait l'échine", il estime que la gauche doit tout faire pour regagner la confiance des couches populaires, car leurs intérêts coïncident bien souvent avec ceux de la nation entière. Pour cela, il veut que le MRC pèse sur la gauche pour la réorienter vers le social et l'éloigner du sociétal. Un vaste programme... Catherine Coutard pouvait alors conclure en affirmant qu'au-delà des cartes, l'important était de "penser la France".

 

 

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Jean-Pierre Chevènement et Marie-Françoise Bechtel

 

 

La gauche à la reconquête de l'idée républicaine

 

La quatrième et dernière table ronde de ces universités d'été a pris la forme d'un dialogue entre Marie-Françoise Bechtel et Jean-Pierre Chevènement. La nouvelle députée de l'Aisne a commencé par prendre ses distances avec les "érucations du Front de Gauche", qui pense que "les peuples indignés vont se lever et imposer l'Europe sociale". Elle pense de son côté que les États doivent "prendre un rôle directeur et lutter pour l'intérêt général". Pour cela, il convient de lutter contre la déconstruction de l'État et de la nation. Mais de nos jours, à quel prix résiste la nation ? Au prix de la montée du Front National, qui ne progresse pas seulement sur fond de misère sociale, mais aussi et surtout à cause de l'absence de projet collectif, du déclinisme et de la haine de l'idée même de nation.

 

Jean-Pierre Chevènement considère pour sa part que la République porte un message "plus que jamais d'actualité" : il s'agit d'une "idée solide" qui "vient de très loin". Il ne faut jamais oublier que "tout le monde n'est pas républicain", car il s'agit d'une "construction exigeante", qui lie certains concepts fondamentaux. La souveraineté nationale et populaire d'abord, qui va de pair avec la démocratie. L'École républicaine, ensuite, car elle joue un rôle essentiel pour former les citoyens et éclairer leurs choix : c'est dans ce cadre qu'ils peuvent apprendre à penser par eux-mêmes, "dans un espace soustrait à l'emprise des dogmes".

 

La primauté de l'intérêt général sur l'intérêt particulier doit toujours être réaffirmée, de même que l'importance de l'État républicain. C'est bien la loi qui permet la liberté, contrairement à ce que d'autres peuvent clamer ici ou là. "L'intervention de l'État est jugée illégitime par les néolibéraux", mais, comme le disait Lacordaire, "entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit". Pour le sénateur de Belfort, la critique du jacobinisme est "pour le moins bornée" : "les jacobins ne méritent pas le discrédit", rappelant au passage que Jean Jaurès avait déclaré jadis que s'il avait dû choisir, il aurait siégé à leurs côtés. Le patriotisme, enfin, reste une valeur fondamentale aux yeux du président d'honneur du MRC : il n'envisage tout simplement pas de civisme sans lui.

 

"Nous ne sommes pas des nationalistes, nous sommes des patriotes républicains."

 

La République Française ne doit pas disparaître : elle est la réponse appropriée aux fractures et aux divisions. Mais "pour faire France, il faut croire en la France", et la République, elle, "ne se confond pas avec le catéchisme de la bien-pensance victimaire-compassionnelle". En appelant finalement au général de Gaulle, "le grand Homme d'État du XXème siècle", il nous demande de "résister".

 

Marie-Françoise Bechtel, qui partage en tous points l'analyse de son interlocuteur, tient tout de même à rappeler que nous devons faire face à des idéologies dont la force n'est plus à démontrer. Pour résister, il faut donc utiliser la "boîte à outils républicaine" : l'héritage des Lumières. La laïcité, la liberté, l'égalité, le progrès sont des outils pour parvenir à redresser le pays et, plus largement, pour atteindre un niveau plus élevé de développement humain.

 

Jean-Pierre Chevènement a finalement conclu la table ronde en faisant le point sur la situation en Europe. Estimant que le MRC n'avait "pas parlé en vain", il a toutefois regretté que le niveau du débat soit si faible dans notre pays, si on le compare, par exemple, avec les échanges qui ont lieu en Allemagne.

 

"La France s'est engagée à payer 142 milliards et personne ne couine."

 

Selon lui, le saut fédéral est une illusion, une "perspective ne conduisant nulle part". Pour voir émerger une "Europe européenne", et non une Europe Allemande ou une Europe Américaine, il veut sortir de la logique de "post-démocratique" dans laquelle le continent est engagé, logique qui a conduit à la création du TSCG, entre autres aberrations.

 

"Nous voulons une grande Europe, de la Grande-Bretagne à la Russie."

 

Une Europe réaliste et démocratique, qui respecte et prend appui sur ses nations, et non un "machin pseudo-fédéral". Plus que jamais, l'objectif du "Che", comme celui du MRC, est de "continuer à servir la République comme la France".

 

 

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Jean-Luc Laurent

 

 

Le MRC, la "boussole républicaine"

 

Cette année, c'est à Jean-Luc Laurent que revenait l'honneur de clôturer ces universités d'été riches et passionnantes. Le bilan de l'année écoulée est satisfaisant : le MRC est "toujours vivant, toujours debout". S'il a participé à la victoire de la gauche, il ne faut pas pour autant oublier que "chaque victoire ne se juge au final que sur un bilan". Ce résultat implique de lourdes responsabilités. L'accord avec le PS fait des élus du parti "des alliés, pas des ralliés" : "les parlementaires du MRC n'ont pas de muselière".

 

La crise de l'euro - qui vient justifier le choix du "non" fait par Jean-Pierre Chevènement et ses amis il y a 20 ans lors des débats concernant le traité de Maastricht - marque le début du mandat du nouveau président. Et c'est bien entendu sur les questions européennes qu'il faudra se faire entendre. Ainsi, concernant le TSCG, "traité inutile qui doublonne le six-pack et le two-pack" mais dont les enjeux politiques ne peuvent être négligés :


"Nous voterons contre. Il sera sans doute adopté et tout notre travail consistera à ce qu’il ne soit jamais appliqué. Nous ne sommes pas des fétichistes du droit, nous croyons à la politique et à la volonté."

 

Il faudra échapper aux "débats de diversion", comme ceux sur les questions sociétales, et répondre aux vrais enjeux : la viabilité de l'euro, la nécessité de passer d'une monnaie unique à une monnaie commune... mais derrière ces questions vitales se profilent d'autres défis : ceux de la "refondation républicaine", de la réhabilitation du patriotisme et de la lutte pour la justice sociale. Le MRC peut jouer son rôle d'aiguillon pour remettre la gauche et à la France à la hauteur. Espérons que son influence sur le reste de la gauche sera plus grande qu'elle ne l'a été jusqu'ici...

Publié dans M.R.C.

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Jules Biron 26/09/2012 20:51

Encore merci pour tes comptes rendus. J'espère qu'ils seront publiés sur le site du parti.