Universités de rentrée de Debout La République : pourquoi l'euro n'est pas viable

Publié le par Yohann Duval

Debout La République organisait les 7 et 8 Septembre ses universités de rentrée à Dourdan. Avec des invités de renom tels que Jacques Sapir ou Philippe Murer, ces deux journées auront été l'occasion d'aborder les sujets de fond, avec une grande liberté de ton. Je vous proposerai deux articles sur ce sujet : celui-ci portera sur le débat concernant la monnaie unique. L'autre concernera le discours de clôture de Nicolas Dupont-Aignan.

 

 

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Mario Draghi

 

 

L'avenir de l'euro en question

 

L'avenir de l'euro était au centre des débats, lors de la table ronde à laquelle ont participé Jacques Sapir (économiste et directeur d'étude à l'EHESS), Philippe Murer (professeur de Finance à la Sorbonne et membre du Forum Démocratique) et Markus Kerber (professeur d'économie à l'Université de Berlin et fondateur de la fondation Europolis).

 

Philippe Murer a lancé la discussion en exposant à la salle les problèmes inhérents à la monnaie unique : contrairement aux objectifs annoncés lors de l'introduction de l'euro, les économies ont divergé, en termes de solde commercial, d'inflation, de croissance de l'industrie, de productivité ou de salaires. Par rapport à l'Allemagne, les écarts de coûts salariaux unitaires se sont creusés en Grèce, en Espagne, en Italie ou en France. Cette situation n'est donc, selon lui, pas viable :

 

"L'euro a été une catastrophe et ne peut pas fonctionner. Seule l'Allemagne en a profité."

 

Notant que les politiques menées actuellement en Europe n'ont aucun sens et ne font qu'ajouter de l'austérité à l'austérité, il craint une explosion du chômage et une baisse de revenus pour l'écrasante majorité de la population.

 

Markus Kerber a ensuite répondu à cette première intervention en notant que la création de l'euro a faussé de nombreux paramètres et a pu donner l'illusion que les finances publiques de certains pays étaient saines, alors qu'en réalité cette bonne santé apparente ne reposait sur rien de concret. Modérant l'idée selon laquelle les Allemands ont profité de la situation, il a également fait remarquer que l'Allemagne pourrait voir sa dette consolidée doubler si la situation de la zone euro venait à se détériorer.

 

Selon lui, "il faut donner au peuple son droit souverain de décider de l'avenir de l'euro", ce "projet technocratique" qui est devenu la "religion" d'hommes comme "ce charmant Italien très Américain Draghi" ou "Barroso-Brejnev". La monnaie unique étant devenue la source d'une "discorde politique majeure" voire d'une véritable "guerre non-déclarée" où les slogans anti-germaniques fusent, il a tenu à rappeler une évidence :


"Il faut que les citoyens s'intéressent à l'avenir de l'Europe et à l'avenir de l'euro."

 

Pour autant, sa "nature de Westphalien" (qu'il compare à celle des Auvergnats) lui imposant modération et pragmatisme, à une sortie pure et simple, il préfère choisir de faire évoluer la monnaie unique. "L'euro est un échec programmé", mais "il ne faut pas en faire le diable" : il préconise donc de créer un "gulden-mark" (un "florin-mark"), une monnaie réservée à certains États (l'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et éventuellement l'Autriche), qui existerait en parallèle à l'euro. Reste une question en suspens : quel rôle jouerait la France face à cette métamorphose de la zone ?

 

Enfin, Jacques Sapir a pu prendre la parole, pour s'attirer les faveurs de l'auditoire dès son introduction, en affirmant qu'il avait "beaucoup de sympathie" pour Debout La République, un parti qui est selon lui "appelé à jouer un rôle pivot dans la reconstruction de la sphère politique".

 

Le début de son intervention a consisté à souligner l'importance considérable des cadeaux fiscaux faits aux entreprises pour compenser leur perte de compétitivité : 70 à 76 milliards d'euros, soit 3,5 à 4% de notre PIB. Il a ensuite tenu à montrer que l'endettement d'un pays est global (endettement public, endettement des entreprises, endettement des ménages), mais que la dette publique est majoritairement liée à l'euro. Pour lui, la crise de l'euro est une crise de compétitivité dont le symptôme est une crise de la dette. Il faut donc cesser de confondre symptôme et cause !

 

Il a ensuite exposé ses craintes, en particulier le fait que les dernières déclarations de Mario Draghi impliquent nécessairement une perte de souveraineté en contrepartie de l'aide de la Banque Centrale Européenne. D'après lui, cette politique sera inefficace (pour des raisons développées longuement dans un article du blog de Laurent Pinsolle). Face à cet échec, la tentation des élites de choisir la voie du fédéralisme à marche forcée pourrait ressurgir. Une solution inacceptable démocratiquement et impossible à mettre en place rapidement :

 

"Tous les gens qui entonnent l'air du fédéralisme en disant que c'est la solution ne savent pas ce que cela implique."

 

Si cette fédération européenne n'est pas aujourd'hui envisageable, c'est parce que les transferts budgétaires que nécessiterait une union de ce type seraient beaucoup trop importants. Il estime ainsi que l'Allemagne devrait verser l'équivalent de 8% de son PIB chaque année... ce qui ne serait pas supportable.

 

Notant, lui aussi, la résurgence de vieux contentieux entre nations, voire à l'intérieur des nations (Catalogne, Flandre), il redoute le fait que l'euro finisse par "mettre le feu politiquement à l'ensemble de l'Union Européenne" : les États membres sont aujourd'hui dans l'obligation de rejoindre à terme l'union monétaire et le maintien de cette contrainte pourrait conduire certains d'entre eux, en particulier à l'Est, à quitter l'U.E. pour le plus grand bonheur de la Russie...

 

 

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Markus Kerber

 

 

En réponse aux questions de la salle suite à ces interventions, Philippe Murer a regretté qu'une monnaie forte ne serve au final qu'à flatter l'orgueil des dirigeants et non à aider les peuples. Il a également plaidé pour un protectionnisme européen et pour une création monétaire permettant des investissements d'avenir (en particulier la transition énergétique).

 

Jacques Sapir a répété que l'euro ne nous avait pas protégé des crises extérieures et que les défenseurs de cette monnaie, les "croyants", faisaient de moins en moins appel à des arguments rationnels. Mais à quel moment leur foi ne suffira-t-elle plus à masquer la réalité ? Plutôt que d'attendre une hypothétique prise de conscience ou l'effondrement de la monnaie unique - les décisions par défaut étant toujours mauvaises - il estime que tous ceux qui partagent la même analyse sur la situation économique de l'Europe devraient s'unir (pas nécessairement dans un même parti) pour tenter de sortir de l'impasse. C'est également l'opinion que défend Jacques Nikonoff, du M'PEP.

 

Markus Kerber, de son côté, a profité de ses derniers mots dans ce débat pour jouer le rôle du modérateur : il compte sur la France pour demander à l'Allemagne de "se réveiller" et non pour lui faire d'incessants reproches. Estimant que "ceux qui disent qu'il n'y a pas d'alternative renient la démocratie", il a tenu à rappeler que "l'abolition de l'euro n'est pas un remède universel".

 

Quoi qu'il en soit, après ce débat, un constat fait l'unanimité : la zone euro, dans sa configuration actuelle, semble condamnée...

Publié dans D.L.R.

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